No End [Keith Jarrett]

Par le Bison le 31 mai 2016

Catégorie : 4 étoiles, Jazz & Silence

Keith Jarrett est la référence du label ECM. L’état de grâce même conféré par une pureté propre à cette maison de disque. Sauf pour ce « No End » qui a été enregistré dans le propre home-studio du pianiste, loin des silences et de la réverbération acoustique du studio allemand. Keith Jarrett enregistrant son piano dans une grange, c’est un peu comme si moi je chantais nu dans ma salle de bain. Cela crée une autre atmosphère, un sentiment différent de liberté, une aura de mystère et d’étrangeté.

Du Keith en solo, j’avais pris une certaine habitude, mais le voir renouer avec d’autres instruments que son Fender ou son Steinway, cela apporte un vent de fraîcheur. Fraîcheur toute relative puisque si le disque est sorti en 2013, l’enregistrement lui date bien de 1986. Multi-instrumentiste, Keith tâte ici du piano, des percussions, de la basse, des tablas, de la batterie et de la guitare électrique, une Gibson rouge rutilante.

Le disque respire l’improvisation, entre vent de folie et introspection répétitive. Je le découvre, enfin, lui qui a longtemps traîné sur mon iPod (là, je sens tes cheveux s’hérisser, à te défriser même par temps de pluie ; le gars se dit mélomane et il écoute simplement un mélange de bits).

Un esprit envoûtant m’attire, il n’y a pas de fin entre les morceaux qui s’enchainent à leur propre rythme comme des âmes reliées entre elles par une alchimie complice. Des mélodies, des danses tribales, des esprits souriants, des rencontres d’un jour, des rencontres de toujours, la musique me transperce. Comme souvent, comme toujours, comme ce jour.

La musique de Keith Jarrett peut être parfois belle, bandante, émouvante. Elle me laisse rarement indifférente. Elle donne envie de s’isoler dans un coin sombre de mon ranch, de s’allonger sur l’herbe mouillée à regarder défiler les nuages, de composer des haïkus :

Mardi de printemps

Souvenir

De ta main chaude.

J’imagine les mains de Keith défiler sur ton corps au féminin, comme je ressens les mains de Grimaud s’aventurer sur mon corps au masculin. Un piano, des mains, et le ciel pour seul compagnon de ce soir.

« No End » [2013], parce qu’il n’y a pas de fin entre nous, juste un au revoir, mais pas d’adieu, jusqu’à la prochaine rencontre avec un de tes disques. N’oublie pas, Keith, tu fais partie de moi, depuis les caresses de ton Köln Concert jusqu’à notre prochain regard. Ou notre prochaine Paulaner. L’âme de Keith m’a pénétré. Qu’en ferai-je au cours de ma vie ? Un jour, peut-être. Un jour, pas. Mais un jour sans fin avec l’âme de Keith en moi. Cet album sans fin, ni début, reste néanmoins une belle parenthèse dans sa carrière. Du genre à marquer au fer rouge mon écoute et mon âme. Je ne serai jamais pianiste mais je peux sentir les vibrations de tes cordes et les comprendre même. Et vivre avec une parcelle de cette âme ancrée dans mon cœur.

9 commentaires
  1. 1 juin 2016 , 20 h 52 min - manU prend la parole ( permalien )

    J’ai écouté le morceau et je n’ai RIEN ressenti ! :(
    Tu crois que je suis insensible ???… :D

    • 1 juin 2016 , 22 h 07 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Je confirme manU ! Tu es insensible !!!! tsssss ^^

    • 1 juin 2016 , 22 h 20 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      A sa décharge, ce n’est pas le meilleur morceau de l’album. Mais c’est le seul que j’ai trouvé…

  2. 1 juin 2016 , 22 h 09 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Quand j’écoute du Keith Jarett j’ai cette impression d’être seule au monde, comme dans une bulle…

    C’est très beau ce que tu as écrit …
    J’en suis presque émue :)

    • 1 juin 2016 , 22 h 26 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je sais pas si c’est beau. Mais les premiers Keith me font rentrer dans une bulle. J’ai un peu plus de mal avec ses derniers. La magie du Koln Concert étant passé par là, j’ai du mal à retrouver cette intensité ailleurs.

  3. 2 juin 2016 , 21 h 34 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Et quand tu chantes nu dans ta salle de bain, tu utilises quoi comme micro ?? :lol:

    Je suis plus en transe en imaginant la chose qu’en écoutant le truc qui ne me fait qu’un seul effet : envie de couper le son ! :/

  4. 3 juin 2016 , 16 h 32 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Câlisse ça t’inspire des mots plein de poésie cette musique!

    En tout cas moi j’irais bien voyager dans le bush australien de ta vidéo avec le tabarnak de beau blond à cirer sa planche de surf, ou autre, si affinité…. ^^

    • 3 juin 2016 , 16 h 40 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pfff si ça se trouve, c’est même pas un vrai blond ! :D

Ajouter un commentaire

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS