Ecoute le chant du vent / Flipper, 1973 [Haruki Murakami]

Par le Bison le 21 mai 2016

Catégorie : 5 étoiles, Asie

« Pourquoi est-ce que tu lis des livres ?

- Pourquoi est-ce que tu bois des bières, répliquai-je, sans même lui accorder un regard, après avoir avalé une bouchée de chinchard au vinaigre et une autre de salade de légumes. Le Rat s’absorba dans ses pensées, puis finit par me répondre au bout de quelques minutes.

- Avec la bière, ce qu’il y a de bien, c’est qu’elle ressort entièrement sous forme de pisse. »

Combien d’années attendais-je ce moment ? Attendre. Rêver. Fantasmer même. Plusieurs années, facilement. Décennies même. Je me souviens encore de ce premier achat murakamiesque avant de m’enfermer dans une salle pour faire zazen. Non pas de kyosaku ce soir. C’était un titre plus qu’intrigant, une histoire de mouton sauvage, une course à travers le Japon, avec en toile de fond les sommets du mont Fuji. J’ai relu « la course au mouton sauvage » trois fois. A minima. Je le relirai, encore. Assurément, même. Alors c’est peu dire de mon attente et mon impatience à lire, à découvrir, les deux premiers volets de la trilogie dite du « Rat ». Et à me décapsuler une bière. Tous ces souvenirs m’ont donné soif. Tiens, et si je prenais une bière du Trièves.

« Tout au long de l’été, de manière obsessionnelle, nous avions éclusé en bière l’équivalent d’une piscine de vingt-cinq mètres et les coques de nos cacahuètes auraient pu tapisser le sol du J’s Bar sur une hauteur de cinq bons centimètres. Sans ces beuveries, l’ennui de cet été aurait été impossible. »

Je ne parlerai pas de premiers romans pour cette histoire mais d’un premier pied à mettre dans l’univers de Haruki Murakami. Deux nouvelles, que certains trouveront sans intérêt. C’est vrai ça, quel intérêt peut-on trouver à lire les histoires de cul d’un gars avec deux sœurs jumelles ensemble dans un même lit. Et cette passion pour le flipper – pour les plus jeunes d’entre vous, il s’agit d’une grosse machine qui fait un bruit dingue et que l’on s’évertue de remuer dans tous les sens pour pas que la boule d’acier ne tombe dans le trou. Aucun intérêt. Sauf pour un bison.

I wish they all could be California

I wish they all could be California

I wish they all could be California girls

« Sous son sein, il y avait une tache de la grosseur d’une pièce de dix yens environ, qui évoquait de la sauce renversée. Sur son bas-ventre, les poils légers de sa toison jaillissaient joyeusement comme les herbes aquatiques d’un ruisseau après une crue. Enfin, elle n’avait que quatre doigts à la main gauche. »

Je suis du genre à tout lire de Haruki Murakami (comme de Paul Auster). Et le pire, c’est que je prends mon pied à chacune de mes lectures. Et si j’écoute le chant du flipper au milieu du vent n’a pas la force et la puissance de ses écrits futurs, il a déjà la base onirique si chère à l’écrivain. J’ai lu, j’ai adoré, et je le lirai de nouveau. Pourquoi ? Je ne sais pas. Pourquoi est-ce que je bois des bières aussi ?

« J’ai toujours quelque part sur une étagère le disque avec « California Girls ». Chaque été, je le ressors et je l’écoute encore et encore. Et je bois de la bière en songeant à la Californie. »

N’as-tu jamais rêvé de te trouver au pieu au milieu de deux jumelles, aussi belles que semblables, et que tu ne peux donc nommer de peur de te tromper. N’as-tu jamais rêvé de te trouver dans un hangar froid et blafard, l’œil hagard et la main fébrile à caresser la cuirasse de ce flipper. Moi si. Cela doit être donc pour cette raison que je tournai furieusement les pages avant de ne faire TILT.

Mais entre les jumelles et ce flipper, tu te demandes ce que tu pourras bien y trouver ? En fait pas grand-chose d’autres, juste des coques de cacahuètes, des verres de bières, des shots de whisky. Et de la musique, un juke-box composé de jazz et de rock, de la fumée de cigarettes s’échappant dans les vapeurs d’une marmite de riz.

« Jusqu’où irai-je ainsi ? Je me sentais perdu, avec pour seul bagage des cartes dépareillées, disparates. J’avais surtout affreusement envie de rentrer chez moi. Prendre un bain chaud, boire une bière. Me blottir dans mon lit douillet avec une cigarette et Kant. »

Ce livre est un rêve ouvert dans lequel mes pensées peuvent s’évader ; et moi quand on me sert une bière à chaque page, mon esprit s’évade dans des hauteurs abyssales de plaisir et de volupté, même littéraires. Pour peu que je croise le cul de deux sœurs jumelles, ce n’est plus mon âme qui s’élève mais mon sexe qui se dresse. Cela dit, comme tout est relié chez moi, j’atteins le nirvana.

Goran s’interroge sur la plume surréaliste de Murakami, alors que Nounours36 succombe à l’atmosphère suffocante de l’écrivain japonais le plus américanisé de l’est.

« La troisième fille avec qui j’ai couché disait de mon pénis qu’il était « ma raison d’être. »

« Ecoute le chant du flipper au vent », biérophilie.

J’ai toujours quelque part sur une étagère le disque avec « California Girls ». Chaque été, je le ressors et je l’écoute encore et encore. Et je bois de la bière en songeant à la Californie.

21 commentaires
  1. 22 mai 2016 , 11 h 29 min - Goran prend la parole ( permalien )

    « C’est vrai ça, quel intérêt peut-on trouver à lire les histoires de cul d’un gars avec deux sœurs jumelles ensemble dans un même lit. » hehe tu rigoles j’espère :-) oui, mais la fin de ton billet me rassure :-)

    Et merci de me citer !

    • 22 mai 2016 , 14 h 26 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je vois que je ne suis pas le seul à vouloir boire une bière avec deux sœurs jumelles dans un même lit…

  2. 22 mai 2016 , 19 h 02 min - phil prend la parole ( permalien )

    Saleté de Bibison, il les a déjà !
    Et merci à Haruki pour nous livrer en Français ce fameux prix Gunzo !
    Des inédits sans la touche fantastique qui viendra après !

    Et si y ‘a une tite place entre les 2 jumelles …

    • 22 mai 2016 , 22 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Désolé, mon petit bibi, mais la place entre les jumelles est déjà prise.
      Contente-toi de me décapsuler trois binouzes !

  3. 22 mai 2016 , 21 h 19 min - manU prend la parole ( permalien )

    Et quand on est jus de tomatophile, tu crois qu’on peut aussi prendre son pied ( ou sa patte pour une grenouille… )
    avec ce livre ?? ;)

    • 22 mai 2016 , 22 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu peux prendre ta patte avec n’importe quelle jumelle :D

  4. 22 mai 2016 , 21 h 19 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Tu paris combien que je te mets minable au Fliper et je ne parle pas du Babyfoot, ma spécialité…

    ;-)

    Une bière, un babyfoot, une bière, un fliper, une pièce dans le jukebox… Je choisis Dire straits

    Le pied non ? :D

    • 22 mai 2016 , 22 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le pied, sauf pour le babyfoot.

      Par contre, certains flippers, je me défendais quand j’étais jeune. Mais au juke-box, j’étais le meilleur ! Je pouvais te sortir des trucs que personne ne connaissais :D

  5. 22 mai 2016 , 21 h 20 min - manU prend la parole ( permalien )

    De préférence avec un jus de tomate de 1973, une grande année…

    • 22 mai 2016 , 22 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tiens je CROAyais que tu aromatisais ta vodka au jus de melon, charentais…

  6. 27 mai 2016 , 18 h 07 min - potzina prend la parole ( permalien )

    Je préfère les jumeaux aux jumelles mais je m’en contenterai ;) Je n’ai lu que 1Q84 que j’ai beaucoup aimé aussi tu me tentes vraiment.

    • 27 mai 2016 , 22 h 34 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Deux jumelles et Potzina… et en plus elle est tentée… je ne vais pas réussir à trouver le sommeil avec de telles émotions

  7. 27 mai 2016 , 23 h 03 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    C’est toujours un plaisir de te lire sur Murakami!

    « La troisième fille avec qui j’ai couché disait de mon pénis qu’il était « ma raison d’être. » – Eh ben… ptdrrrrr la « raison d’être » est au sexe ce qu’un pénis est à l’existence… plus rien ne pourra m’étonner ^^

    J’vais aller faire zazen en méditant là-dessus!………….. :D

    Sans oublier de me rappeler de lire cette course au mouton sauvage…

    • 28 mai 2016 , 9 h 55 min - phil prend la parole ( permalien )

      Non mais comment ?!!!!
      Tu n’as pas lu la course au mouton sauvage ….
      Ralala ….

    • 28 mai 2016 , 11 h 44 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Au lieu de passer ton temps libre à boire de la bière québecoise et à pelleter la neige devant ton igloo…

    • 28 mai 2016 , 15 h 35 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      Non mais chut avec vos moutons sauvages!!!
      Je médite sur « ma raison d’être » et le sens de l’existence…………………..
      Câlisse………….. ^^

    • 28 mai 2016 , 16 h 48 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Arrête de compter les moutons, même sauvages, vu le nombre de bouteilles de Chambly vides, tu n’auras pas de mal à méditer dans ton sommeil…

    • 30 mai 2016 , 18 h 19 min - phil prend la parole ( permalien )

      Et tu as trouvé ton Igikai ???
      Evite trop de Chambly parceque si tu comptes des élans pour des moutons on est mal barré pour donner sens à ton existence ici et maintenant hihihi

    • 30 mai 2016 , 23 h 28 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      J’ai trouvé ma raison d’être dans l’mouton sauvage qui broute ses herbes folles……….

  8. 5 juin 2016 , 21 h 47 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Un auteur que je n’ai pas encore découvert ! Il y m’en reste encore quelques-uns !
    Bonne semaine.

    • 6 juin 2016 , 15 h 42 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je pense qu’on aime ou on n’aime pas. Mais si on aime Murakami, on en devient accroc.

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