De Grâce et de Vérité [Jennifer Johnston]

Par le Bison le 1 octobre 2011

Catégorie : 4 étoiles, Europe

De Grâce et deux Guinness.

De Grâce et de Vérité.

Sally, de retour à Dublin d’une tournée triomphale, ressort épuisée, usée par ce rôle dont elle souhaite tourner la page au plus tôt. Elle retrouve ainsi son chez-soi, source inépuisable de bien-être et de chaleur. Sauf qu’à son retour, son compagnon Charly lui annonce son désir de la quitter. Et c’est ainsi que le monde autour de Sally s’écroule, en même temps que les flashs infos diffusent à la télévision les prémices d’une guerre en Irak en direct.

Sally alors ressent le besoin inexplicable de comprendre d’où elle vient, de retrouver ses racines et notamment l’identité de son père que sa mère (suicidée quand elle était plus jeune) a toujours refusé de lui révéler. Mais il y a peut-être des vérités qu’il vaudrait mieux continuer à cacher. Le seul à les connaître semble être son grand-père, un évêque acariâtre, enfermé dans sa solitude, pour lequel elle n’a eu très peu de contact depuis ces dernières années.

« Lorsque j’ai atteint l’âge de raison, si ce terme existe, entre seize et dix-sept ans, sans doute, je me suis rendu compte que non seulement il n’y avait pas de Dieu, mais que nous L’avions inventé pour donner un nouveau sens au monde de folie dans lequel nous vivions. Nous avions inventé cet échafaudage de mensonges. Créé, dirai-je, plutôt qu’inventé, parce que le souffle artistique était ce qui nous poussait à croire. Le souffle artistique donnait aux histoires leur gloire et leur pouvoir. »


Sally se rend compte qu’au cours de sa vie, elle n’a jamais réussi à trouver des moments de joie et de quiétude, à ressentir ne serait-ce qu’une once de bonheur. Elle a toujours perçu un manque sans jamais arriver à le définir. Se retrouvant seul, elle a besoin de cette vérité !

Mais que dire de ce vieil évêque qui n’a jamais eu la foi en son Créateur, qui n’est devenu ce qu’il est que parce qu’il n’a jamais eu le courage d’affronter ses parents, qui n’a jamais cru en Dieu… Quelle vérité cache-t-il derrière son personnage factice d’ecclésiastique ?

Une vie à Dublin, dans les romans, n’est jamais insignifiante. Un drame se cache toujours dans cette littérature irlandaise. Rarement le bonheur y est accessible. Toujours la tragédie se prépare. C’est un paysage littéraire totalement à part où il n’est pas simplement question de déboires d’ivrognes sortis d’un des nombreux pubs au milieu d’une terre tourbée. J’ai même presque honte lorsque la dernière page achevée du roman de Jennifer Johnston, je me précipite sur mon verre de bière à la mousse blanche débordante. Pour moi, l’Irlande, ce sont les pubs, les bières et la tourbe. Alors excusez du peu, si je tente de me cultiver un peu avec cette littérature où les drames familiaux s’enchainent et où le bonheur est un concept presque abstrait.

Au détour d’un pub, je fais un tour chez Clarabel :

Jennifer Johnston est une brillante romancière. Ce que j’apprécie dans ses livres repose dans son ambiance irlandaise, cette fois pas de pub, pas de pluie (ou très peu), pas de solitude avec acharnement du sort, mais bien évidemment une maison dont le charme opère comme un cocooning, un personnage féminin au caractère affirmé, une histoire pas folichonne et encore moins palpitante.

Nouveau pub, et je rencontre l’avis d’un nouvel internaute Eireann Yvon :

J’ai bien aimé l’hommage rendu au théâtre irlandais par l’auteur : John M.Synge et son « Baladin du Monde Occidental, Beckett pour « En attendant Goddot », G.B Shaw. Hommage également à Siobhan McKenna, actrice irlandaise de renom.

Contrairement à beaucoup où l’avis final reste mitigé, moi je me surprends à avoir été tant emballé par cette histoire de sombre secret de famille. Je terminerai par cet extrait du roman, plein de bon sens et de vérité crue, une pinte de Guinness (ou de Rince Cochon) à portée de main :

-          J’ai une foutue sale gueule de bois. Par ta faute.

-          Rien de meilleur que l’air marin.

-          Je ne comprends pas pourquoi tu ne l’as pas aussi.

-          Je suis un homme. Nous résistons mieux à l’alcool. C’est un fait scientifiquement prouvé.

-          Ha, ha.

L’Irlande, des romans à suivre… à vivre… à boire…

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