Une Histoire de Fou [Robert Guédiguian]

Par le Bison le 19 mai 2016

Une première partie, en noir et blanc, lumière magnifique sur Berlin, année 1921. Soghomon Tehlirian tue Talaat Pacha, principal responsable du génocide arménien. Un procès s’ensuit qui sera l’occasion de démontrer la cruauté de ces hommes tuant d’autres hommes, femmes et enfants compris. Le justicier devient héros pour tous les arméniens.

La couleur se fait avec l’accent du sud. Marseille, et les fins de phrases qui chantent. Une famille d’épicier arménienne, de nos jours. La mémoire de Soghomon Tehlirian est toujours dans le cœur des arméniens, et dans les chants de la grand-mère. Complainte de la douleur d’une blessure qui ne s’est jamais refermée. Mais le langage des années 2000 est bien différent. Les anciens ne veulent pas oublier, mais aussi pensent que la meilleure intégration est de se fondre dans le paysage local, en travaillant et en nourrissant sa famille chaque jour que Dieu crée. La nouvelle génération a un autre discours, en ces temps obscurs où le terrorisme est la nouvelle forme de revendication.

A Berlin en 1921, Soghomon Tehlirian tue Talaat Pacha, principal responsable du génocide arménien. Lors de son procès, il témoigne tant et si bien du premier génocide du XXe siècle que le jury populaire l’acquitte. Des années plus tard, à Marseille, le jeune Aram est un idéaliste qui veut que la Turquie reconnaisse les crimes commis. S’il est soutenu par Anouch, sa mère, Hovannes, son père, veut vivre en paix en France. Aram est impliqué dans un attentat visant l’ambassadeur de Turquie. Le diplomate est tué mais Gilles, un étudiant en médecine qui passait par là, écoutant France Gall, perd l’usage de ses jambes. Alors qu’Anouch est dévastée, Aram part pour le Liban en camp d’entraînement…

Alors que le père, Simon Abkarian (que j’admire, son regard et ses épaules qui semblent porter tout le poids de la misère du monde et du génocide arménien), est un modèle d’intégration. Il a son épicerie, ouvert 7 jour sur 7 depuis trente ans. Pas un jour de fermeture. Son épicerie, c’est son sacerdoce, c’est par elle qu’il revendique son appartenance à l’Arménie. La mère, Ariane Ascaride, se porte plus volontiers sur la revendication vindicative, trouvant presque une justification aux actes terroristes de ses frères arméniens; jusqu’au jour où son fils devienne un presque meurtrier.

De Marseille à Beyrouth, la grande Histoire se mêle avec les petites histoires de cette famille, les oppositions, les colères, les exaspérations. L’histoire que nous concocte Robert Guédiguian peut émouvoir, mais semble plutôt convenue dans sa seconde partie. Le fils qui part dans un camp d’entraînement au Liban, la mère qui s’éprend de la victime de son fils, la victime qui cherche à rencontrer son « assassin ». C’est une histoire de cinéma. C’est une histoire qui pose des questions. C’est une histoire qui fait réfléchir sur les valeurs que l’on donne à ses revendications et sur les moyens que l’on peut se donner pour affirmer ses revendications. Jusqu’où peut aller le terrorisme et quel dommage collatéral mérite sa cause ? Mais la première partie en noir et blanc, qui sert plus d’introduction au film, est si belle qu’elle en dessert la suite et qu’au final, je me suis senti légèrement déçu. Après le film de Fatih Akin, ‘The Cut’, cette histoire de fada à Marseille donne voix à une autre facette du génocide arménien. Oh Peuchère, tu tires ou tu pointes ? Moi je bois un pastis Janot.

Merci à CineTrafic pour cette nouvelle opération DVDtrafic !

Et à Diaphana (sortie du DVD le 5 avril 2016).

http://www.cinetrafic.fr/film-francais

http://www.cinetrafic.fr/film-2016

14 commentaires
  1. 20 mai 2016 , 12 h 38 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Voilà un film dont je n’ai pas entendu parler, mais qui sait, un jour j’aurais peut-être le temps de le voir ? ;)

    • 20 mai 2016 , 12 h 40 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Va chercher une bouteille de Pastis à Marseille avant… C’est indispensable pour attraper l’accent d’Ariane Ascaride.

  2. 20 mai 2016 , 15 h 49 min - phil prend la parole ( permalien )

    Et beh, depuis que tu ne prends plus de Casanis, tu deviens sacrément critique !
    Mr se sent légèrement déçu!
    Quand je vois Simon et Ariane, c’est du jeu d’acteur qu’on voit trop peu et avec Grégoire …
    Et puis, pour un réalisateur qui a une part arménienne en lui, comment transcrire ce génocide?
    La partie noir et blanc sert un peu d’explicatif et pour poser les choses comme tu poses les pièces sur un échiquier.
    alors non coupable ?

    • 20 mai 2016 , 16 h 38 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Coupable mais pour la bonne cause… Encore que si la cause est juste la vengeance, cela n’apporte pas grand chose. Si la cause est de faire découvrir aux yeux du monde le génocide, je plaide les circonstances atténuantes.

      Et puis, il faut savoir varier les plaisirs, Ricard, Casanis, Janot, Bardouin, Lapouge, 51… Un jaune pour chaque jour de la semaine, le dimanche c’est whisky :)

  3. 20 mai 2016 , 16 h 00 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Moi qui ai vu tous les films de ce réalisateur, j’ai été un peu déçu par ce film… Ce n’est pas mauvais, mais c’est loin de ses meilleures réalisations…

    • 20 mai 2016 , 16 h 39 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Mon premier film de Guédiguian, comme mon premier film d’Ascaride (cela dit, est-ce qu’elle tourne avec d’autres réalisateurs :) ) alors je peux difficilement comparer.

    • 20 mai 2016 , 17 h 46 min - Goran prend la parole ( permalien )

      Hehe bonne question :-)

    • 20 mai 2016 , 18 h 00 min - phil prend la parole ( permalien )

      dans Marius et Fanny c’est Auteuil
      dans Imposture c’est Bouchitey

  4. 22 mai 2016 , 21 h 31 min - manU prend la parole ( permalien )

    Pas bien joyeux tout ça… :(

    • 22 mai 2016 , 22 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le génocide même avec un pastaga, ça donne pas toujours le sourire :)

  5. 26 mai 2016 , 1 h 05 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Maudite marde notre société est déjà une histoire de fou! Les famines, les tueries, les génocides, la haine collective, le terrorisme actuel, ça n’a plus de fin bonyeux! Comme le jeune Aram, je serais facilement cette idéaliste qui revendiquerait les crimes commis, et si l’histoire de ce film permet déjà de réfléchir, une façon de ne jamais oublier, sans attendre de grands changements il y a au moins un pas de franchi à l’encontre de l’aveuglement.

    Ça s’regarde avec une FdM c’te film? En tout cas moi ça m’donne envie d’aller vivre entourée de phoque sur une banquise, Tabarnak!!! :D

    • 26 mai 2016 , 15 h 36 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Avec une FdM, on ne regarde pas de film ! On enlève sa tuque, on arrête de sucer la tire et on se titille le majeur. Tabarnak, une FdM, c’est un Don de Dieu, alors on en profite pour baiser avant, pendant, après, et on ne regarde surtout pas un film, encore moins sur le génocide arménien :D

  6. 27 mai 2016 , 18 h 12 min - potzina prend la parole ( permalien )

    Je n’ai pas été très enthousiasmée par ce film. J’ai vu Guédiguian plus inspiré. J’ai trouvé le film un peu trop scolaire et puis l’interprétation est parfois calamiteuse (les deux petits jeunes sont plutôt catastrophiques, à mon avis du moins).

    • 27 mai 2016 , 22 h 32 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      D’ailleurs, je ne l’ai connais pas ces deux petits jeunes. Par contre, j’admire Simon Abkarian que j’ai découvert sur le tard avec Pigalle, la nuit et les Beaux Mecs…

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