En Noir et Blanc [Plume Latraverse]

Par le Bison le 3 mai 2016

Catégorie : 4 étoiles, Folk & Indie

J’m’appelle Léon, Léon le caméléon. Entre chanteur et clown pittoresque vu de ma lointaine contrée. Du genre à imiter le cri de la mouette en train de faire l’amour par -30°C. Avec le tabarnak d’accent en plus. Accent poutinien même où je ne comprends qu’un mot sur deux (c’est quand même deux fois plus que les chansons des amerloks).

Hostie de crisse de câlice, qui m’a bu ma blanche de Chambly… ? Voilà que j’écoute ses parlages et voilà qu’on me siffle ma bibine en douce. Faut dire que quand la Plume se met à causer, je l’écoute sacralement, à en oublier ma bière surtout quand il écrit un poème pour sa blonde, avant qu’elle ne le quitte pour un joueur de ballon-balai, une bière à la main. Et quel poème ! Très inspiré, un matin assis à sa table en formica de la cuisine… ça s’appelle « Assis », tout un programme rien que le titre…

A force de boire pis d’être assis…

« c’est Paul Gauguin qui parle…»

A force de boire pis d’être assis

et pis d’manger des cochonneries

On vient qu’le cul nous élargit

et pis qu’le brain nous ramollit

A force d’être là pis de rien faire,

la boite à lunch nous traîne à terre

On devient de plus en plus CAVE

pis on s’dit « ouain mais c’est pas grave »

Pis c’est comme ca que p’tit à p’tit un gars vieillit,

et pis une fille aussi… didididi…

A force d’entendre les mêmes chansons

on vient qu’on use nos pantalons

On met des patchs on change de spot

on s’maquille toute le fond d’culotte

Assis d’un club ou d’un bureau

tu finis par en avoir plein l’dos

Ca fait qu’après une couple d’années

té pu rien qu’bon qu’aller d’coucher

Pis c’est comme ça que p’tit à p’tit uuuunn gars vieillit,

et pis une fille aussi… didididi… Hou !

Assis d’un char ou d’un ski-doo

ou ben assis un peu partout

Dans un salon d’vant une tévé,

dans une cuisine d’vant un café

Assis cé g’noux de son patron,

sur l’assurance califourchon

Assis carré sa couenne des fesses,

assis s’a tête pendant ‘a grand messe

Assis toé là, donne ton trente sous

au pauvre doorman qui reste debout

Assis toé drette à coté d’moé

pis check ma place moé j’veux me l’ver

Ou bien assis au bien-être social,

assis en ligne à l’hopital

Assis sur ta sécurité plus que t’en à plus qu’té collé

Assis s’a barre de ton bicycle ou ben à ch’val su tes principes

Assis dans tes belles salopettes ou assis su l’bol de toilette

Assis d’un coin a’ec ton play-boy évache sur ton lazy-boy

Assis en bas, assis en haut, assis su l’bord d’un lavabo

Assis devant l’gouvernement a’ec des numéros su ton banc

Assis a’ec une aiguille dans l’bras comme un pick-up qui marche même pas…

« crick ! ein… crick ! crick ! ein… je t’ai rencontré simplement.»

Assis d’un parc, assis aux vues,

assis din marches, assis dans rue

Assis toé drette assis toé croche

dépendant d’combien qu’t'à din poches

Pis c’est comme ca que p’tit à p’tit un gars vieillit,

et pis une fille aussi… assis…hou ! !

A cours assis pour étudier, à cours assis pour travailler

A cours assis pour te reposer, encore assis pour voyager

Assis souvent, assis longtemps, assidûment, assis tout l’temps

Assis cé progrès d’la technique

tu finis s’a chaise électrique… doudoudoudoudoudoudoum…

Assis… Assis beaucoup…

Totalement barré, ce gars-là. Mais quelle jubilation. Je comprends que certaines attrapent des crampes au majeur devant les beaux parlages de cet ours aux cheveux longs. A faire fondre même la banquise de Churchill et inonder les plaines québécoises. La fonte des neiges, c’est tout aussi mauvais pour la planète qu’une grosse tempête de neige où il faut se vêtir de sa mini-jupe en peau de castor pour aller pelleter la neige devant son igloo si elle veut refaire le plein de bières unibrouesques en passant par la cabane à sucres récupérer la dernière cuvée de sirop d’érable pour s’en badigeonner le corps et le cul sur une peau de bison avec son chum.

Il est vrai qu’à part Garou ou la pauv’ Céline, je ne connaissais pas grand-chose de la chanson québécoise, Beau Dommage n’étant pas parvenu jusque chez moi non plus. C’est donc avec un vent de fraîcheur, pour un concert tout de même de 1976, que je me lèche un bonbon au sirop d’érable à défaut d’autre chose. Une chaleur m’envahit, celle d’un feu de cheminée, allongé nu sur une peau de bison ; celle d’un feu de camp où les bouteilles de Chambly se décapsulent plus vite que les frères Sister ne dégainent leurs colts ; celle où Céline Dion et Isabelle Boulay sont bâillonnées pour ne pas faire fuir les étoiles de leurs cris perçants la couche d’ozone. Le folk crépite, le blues enflamme, le rock illumine, quand la musique est bonne, les bons mots sonnent et le blues a la bêtise humaine.

Un ovni musical d’un autre temps, véritable show ambulant à lui tout seul lors de ses tournées entre musique et poésie et rire. Un troubadour, en somme, au milieu d’un vol de lagopèdes à queue blanche.

Tabarnak, j’ai pas vu l’heure passer. Sors la bibine de la glacière, m’en vais te botter, moi, ma cibouère ! Un kleenex ? Pas pour t’essuyer le coin des lèvres, mais les gouttes d’eau qui perlent autour de tes yeux, la faute à ce titre, à émouvoir plus d’un caribou en rut…

« en Noir et Blanc » [1976], le blues du tabernacle.

Et parce qu’en 2016, c’est l’année du tabernacle chez manU

avec son passeport québécois

11 commentaires
  1. 4 mai 2016 , 0 h 42 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

    Tu dépoussières un emblème québécois. Son classique, par ici, c’est «Bobépine».

    Je te laisse en bonne compagnie avec le «Câlisse-moi là» de Lisa Leblanc. Si tu veux de l’accent, tu vas en avoir!
    https://www.youtube.com/watch?v=rWKXizRzjw8

    Sans oublier Bernard Adamus:

    À ton dictionnaire québécois asteure!

    P.S. (Tu ne veux pas plutôt dire Beau Dommage? Beau Damage, je ne connais pas!)

    • 4 mai 2016 , 8 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Dommage, hostie de crisse de câlisse, quelle honte d’avoir américanisé le nom !

      Et merci pour ces liens que j’écouterais avec attention.

      Prochaine étape Richard Desjardins !

    • 4 mai 2016 , 22 h 40 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Fameux Bobépine. Je l’avais déjà repéré, et même failli le proposé. C’est maudatinement blues, ça me botte bien :D

      Mais hostie de crisse de câlisse, le lien de Lisa Leblanc est filtré dans ma contrée. Elle passe pas la frontière. Alors, je laisse quand même le lien, pour les visiteurs de Chambly. Tabarnak !

  2. 4 mai 2016 , 8 h 37 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Non, je ne note pas !!

  3. 4 mai 2016 , 12 h 51 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Il y avait quoi dans la canette de coca ? ;-)

  4. 4 mai 2016 , 14 h 47 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Tabarnak!!! L’bison qui est tombé dans le Plume! C’est jubilatoire!!!

    J’m’en vais t’sortir la dernière cuvée de Chambly pour l’occasion, directement de mon igloo (et glou et glou…) parce que pour écouter du Plume et arriver à le comprendre quand on n’a pas été élevé au biberon d’Unibroue, c’est pas une p’tite affaire bonyeux de Bonyenne!!!

    Plume en spectacle c’est divin!!! Un homme sacrément brillant qui se « crisse » ben de c’que le peuple pense de lui, en autant qu’il passe son message, tout un poète de la simplicité profonde, un ours, une bêeeete! Ahou ahouuuuuuuuuuuuuuuuuuuu

    Pour te dire, moi quand j’écoute du Plume ça m’donne envie de pelleter ma neige à moins 40 devant l’igloo, en mini jupe de poils de castor en rut avec des gougounes assorties. Pas trop l’choix, y’en a un qui s’décide pas à y mettre du sien….. pffffffff ça m’donne même envie de jouer du majeur avec les lagopèdes à queue blanche (ou à queue brune, pourquoi pas…), de sucer d’la tire à même le sirop d’poteau en chantant du Céline, de bouffer d’la poutine en buvant de l’EB, de m’allonger nue sur… sur un lagopède à queue blanche tiens, ça doit pas être banal….

    Arrêtes de brouter dans tes plaines pis sors ton Cooler mon cibouère, mets la bière au frette hostie d’câlisse, j’m’en viens te causer avec l’accent poutinien (mdrrrrrrrrrrrrrrr trop fort!), au fait……. quel accent??? :D

    Bon ben j’me sauve, j’ai rendez-vous avec les lagopèdes….

    • 4 mai 2016 , 22 h 34 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Crisse de Câlisse. Le point que l’on puisse dire, c’est que le Plume, il t’inspire. J’adore !! Ton commentaire à l’hostie d’câlisse, surtout quand tu te pares de ta mini-jupe en poils de castor !

      Merci pour cette découverte. Originale, même. Cela m’a fait penser aux premiers albums d’Higelin, un troubadour de par chez-nous.

      En tout cas, on sent que le Plume est une institution québécoise. Je suis encore fier de l’afficher ici, même si je comprends pas tout. Quand il mange sa poutine en chantant, j’ai parfois du mal à le suivre. :D

      Et arrête donc de sucer la tire, le lagopède à queue blanche va s’envoler…

  5. 9 mai 2016 , 21 h 10 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je me suis régalé à écouter l’autre jour et je n’ai même pas commenter, bravo !!
    En même temps, pour dire ça, ce n’était peut-être finalement pas indispensable… :D

    • 9 mai 2016 , 22 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tant que tu ramènes ta bouteille de pineau, t’es toujours le bienvenue même pour dire des finalités indispensables.

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