Des Vies et des Poussières [Louis Chedid]

Par le Bison le 6 avril 2016

Catégorie : 3 étoiles, Europe

« Les larmes qui coulent sont amères, mais plus amères encore celles qui ne coulent pas. »

J’ai toujours un peu d’appréhension à ouvrir un recueil de nouvelles. D’autant plus si l’auteur est français, puisque les nouvelles ne font pas vraiment recette, comme si ce mode succinct était devenu indigne du monde littéraire contemporain. Pourtant, quel meilleur exercice pour démarrer une carrière d’écrivain, pour se faire un nom dans la littérature ou même pour exercer son talent de chute que de scribouiller quelques nouvelles au fil de sa vie ou de sa carrière. Raconter « Des vies et des Poussières » c’est comme tremper ses lèvres dans son verre de bière. Toujours une petite crainte qu’elle soit amère, trop sucrée ou pas assez houblonnée. Qu’il lui manque je ne sais qu’elle grain pour qu’elle ne te paraisse moins fade. Alors, je commence la première nouvelle comme la première gorgée de bière. Il faut la savourer et ne pas la boire d’un trait, comme si j’étais assoiffé ou en manque de littérature. La première sensation qui me vient à l’esprit : « pas mal, pas mal du tout même ». Elle a une certaine fraicheur et pourtant elle m’évoque des souvenirs anciens, ceux d’un Brautigan par exemple. Ah… Richard Brautigan, le gars qui excelle dans l’art de la nouvelle, le maître incontesté même. Attention, ne t’emballe pas non plus. Je ne dis pas que Louis Chedid est de la trempe du nouvelliste américain, mais certaines de ses chutes, parfois incongrues, parfois saugrenues, me font dire que le père Chedid a un certain talent pour cet art, car il est oh combien difficile de finir une nouvelle.

« Le mensonge, c’est comme la cigarette, le café, l’alcool, le sexe ou la drogue. Quand on y a pris goût, on ne peut plus s’en passer. »

Des vies, des poussières, les petits travers humains passés sous la lorgnette et la plume du troubadour musicien et poète. Tantôt joyeuses, tantôt cyniques, un peu d’ironie par ci par là, la mort s’invite à la prochaine page, et la suivante t’apportera la surprise. Cela se lit vite, peut-être un peu trop, pris dans mon élan comme si la bière que je m’étais fixé pour étancher ma soif devait laver toute la poussière de la vie qui me reste en travers de la gorge. Alors lorsque j’ai finis mon verre, ou mon livre, je me demande si je dois m’en resservir une autre, relire le livre ou changer de sujet. Parce qu’au final, j’ai déjà oublié, tout ou presque, de ces vies et de ces poussières. Mais est-ce pas là le but de ces nouvelles que de vouloir t’y faire replonger quelques temps après, et redécouvrir, comme la première fois, ces instants fantaisistes « des vies et des poussières ».

« Mise en bière, veillée funèbre, habits noirs, mines grises, sermon dithyrambique. Un cimetière de banlieue en automne. Le ciel pleurniche, tandis que Valentin l’ectoplasme, léger comme une plume, vole, danse, rit au-dessus de l’assistance endeuillée en chantant : « Liberté, liberté chérie ! »

Et avec Louis Chedid, si je terminais par un hold-up… avant de tremper mes lèvres dans cette Leffe Rituel au caractère très 9.

« des Vies et des Poussières », et si je finissais avec un disque de M pour une reprise de ce hold-up…

12 commentaires
  1. 7 avril 2016 , 0 h 56 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    J’regarde sa biographie et j’me dis qu’entre la musique de films, les nouvelles et ses albums cd il doit pas avoir beaucoup de temps Tabarnak pour boire sa bière sur son canapé marron!

    J’ai toujours un peu d’appréhension aussi avec les nouvelles, j’ai souvent l’impression d’avoir à repartir à zéro alors que je viens à peine de découvrir les personnages et de m’imprégner de l’atmosphère..

    « comme si la bière que je m’étais fixé pour étancher ma soif devait laver toute la poussière de la vie qui me reste en travers de la gorge », wow si ça c’est pas d’la poésie hostie d’câlisse…….

    • 7 avril 2016 , 9 h 26 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est effectivement moins ma choppe de bière, les nouvelles et Louis Chedid. Je suis plus amateur du fiston, M ! Alors je n’ai pas vraiment suivi sa carrière, j’en suis resté au soldat rose et pis c’est tout… Autant dire, une goutte d’eau dans un verre de bière…

  2. 7 avril 2016 , 1 h 47 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

    Tentant, mais peut-être un peu trop poétique à mon goût? Par contre, tu me donnes le goût de relire Brautigan. Moi, les nouvelles, j’adore! Depuis quelques excellentes pioches lues dans l’année, mes réticences sont tombées.

    • 7 avril 2016 , 9 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Brautigan, voilà un grand. Qu’on ne se lasse et mais se prélasse avec.

  3. 7 avril 2016 , 9 h 41 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je lirai d’abord Brautigan alors mais je note ce recueil dans un coin…

    • 7 avril 2016 , 10 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Vaut toujours mieux lire Brautigan, avant. Mais après Brautigan restera toujours dans un coin et un recoin de ta mémoire.

  4. 7 avril 2016 , 18 h 32 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Plus amateur de la leffe que des Cheedid…

    • 7 avril 2016 , 19 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un bon M avec une Leffe, ça passe bien. Même sans Leffe, M ça passe bien d’ailleurs. Après, il est vrai que pour écouter les disques du père – qui n’est pas trop ma tasse de thé sans mépris aucun pour son travail depuis des années, il me faudrait plusieurs bouteilles de Leffe.

  5. 7 avril 2016 , 21 h 59 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    « Un privé à Babylone » est sur ma liste, si je n’écorche pas son titre… paraît que oui, c’est space !

    Bon, je te choppe (mdr) ta Leffe, confisquée pour importation illégale de patrimoine Belge en France ! :P

    Et je passe ce recueil de nouvelles ;)

    • 7 avril 2016 , 22 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Stop, on n’arrête tout. On ne choppe pas ma Leffe. Elle est mienne et elle se déguste plus lentement que les nouvelles de Brautigan. Mais bon, je retournerai bien voir ce privé à Babylone. Excellent. Culte. Indispensable. Comme la bière, quoi. Ou le sexe.

  6. 9 avril 2016 , 8 h 36 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Moi je suis sans conteste plus « L » que « M » … ahhh oui ! et tu me touches en plein cœur de me rappeler mon enfance avec Louis Chedid. Qu’est ce que j’ai pu aimer ses chansons, ses textes, sa douce voix … c’est tellement doux.

    Quand à la radio … bon ok sur radionostalgie j’entends le mot

    -Moteur !

    Je suis comme une petite fille dans la voiture « l’action se déroule dans la ville, un hélicoptère au plus haut d’un building » … c’est simple mais j’aime trop! En fait je pense que j’aime ce quelle évoque en moi… cette douce enfance… mais n’empêche que ça me fait du bien et c’est l’essentiel non ? :) et puis il y a cette chanson écrite pour Dewaere… rahhhh tu m’as donné envie de réécouter son album. Et si j’allais à la médiathèque ?

    « Ainsi va la vie,
    Ceux qui restent ont toujours raison,
    Ainsi va la mort,
    Les absents ont toujours tort »

    C’est trop beeeeeau …. et maintenant j’ai envie de découvrir l’écrivain <3

    Merci ;-)

    • 9 avril 2016 , 14 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je suis sans contexte plus Dewaere que Chedid ! Mais je crois que j’aurais du mal avec un album de L en entier. et puis Radio Nostalgie, j’écoute pas… Est-ce qu’il passe sur Cherie FM ?

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