Le Facteur Sonne Toujours Deux fois [James M.Cain]

Par le Bison le 29 mars 2016

« - Je vous répète que je suis aussi blanche que vous.

- Mais, voyons, vous n’avez rien d’une Mexicaine. Elles ont toutes de grosses lèvres, des jambes énormes, des seins sous le menton, une peau jaune, des cheveux gras. Vous n’êtes pas comme ça : vous êtes mince, vous avez une jolie peau blanche et vos cheveux sont fins et bouclés. La seule chose que vous ayez comme les Mexicaines, ce sont les dents. Elles ont toutes des dents blanches, il faut le reconnaître ! »

STOP. Je rembobine le film. REPLAY. Jessica Lange sur la table de la cuisine couverte de farine – une tarte aux pommes ? la reine des pommes – et moi la prenant dessus par devant ou derrière, mes souvenirs restent vagues sur le sujet. (oui, je sais, avant il y a eu Lana Turner, mais je ne l’ai pas vu ; d’ailleurs petit aparté, qui a revu Jessica Lange depuis qu’elle s’est faite violer par King Kong ?). Pas de quoi la confondre avec une mexicaine pourtant. Peu importe. Penelope Cruz peut bien venir la remplacer aussi, ça me fera aussi bien l’affaire. Parce que c’est l’histoire d’un paumé, dans un trou perdu d’une Californie poussiéreuse. Elle fait du pain perdu dans son restaurant du bord de route. Avec le grec, Demis Roussos, Papadiamandis ou Nick Papadakis (peu importe, les grecs se ressemblent tous, poilus comme des grizzlys. Nouvel aparté, de tout façon t’es pas pressé, Nana Mouskouri est née la même année que le roman, ça te donne une idée du siècle dont l’histoire se découle). Sauf que le Nick, un peu macho, il n’est pas franchement à la bonne pour satisfaire les pulsions de la belle Cora (qui ne travaille pas dans un supermarché – puisque je t’ai déjà dit qu’elle cuisinait dans ce petit routier du bord de route au milieu de la poussière et des cactus). Et moi, Cora, elle me botte un max. Surtout depuis que j’ai vu que King-Kong voulait se la faire.

« – Oh ! oui, Frank, oui.

J’étais étendu sur elle, nous nous regardions dans les yeux. Nous étions serrés l’un contre l’autre, essayant d’être plus unis encore. L’enfer aurait pu s’ouvrir devant moi alors, je n’en aurais pas bougé. Il fallait que je l’aie, même si on devait me pendre pour cela. Je l’ai eue. »

Oui, ce soir, appelle-moi Frank.

2 mecs, 1 nana 1 bison. Y’en a un de trop. Et c’est pas le Bison. Ni même Cora. Non. Faut se débarrasser du grec (de toute façon, à part nous apporter des kebabs ou des migrants, à quoi ils servent – note d’humour parce qu’en fait j’aime bien leurs yaourts). Une baignoire, une clé anglaise, un escabeau, une corniche, j’ai que l’embarras du choix. Parce que Cora, je l’ai dans la peau. Une putain d’envie de la baiser sur la table de la cuisine et de la couvrir de farine à m’en prendre pour Jack Nicholson (tu ne trouves pas que j’ai le même physique ? Non, tant pis). L’amour fou, l’amour sauvage, l’amour bestial. Comme je l’aime.

« - Bouscule-moi, Frank, comme l’autre nuit.

Je lui ai arraché ses vêtements. Elle s’est tournée un peu pour qu’ils glissent mieux. Puis ils sont tombés, elle a fermé les yeux et elle est restée étendue la tête sur l’oreiller. Ses cheveux roulaient sur ses épaules, en boucles pareilles à des serpents. Ses yeux étaient sombres et ses seins n’étaient pas durcis, les pointes dressées vers moi, mais tout doux, et leurs bouts étaient étalés en deux larges taches roses. Elles semblaient être l’ancêtre de toutes les putains du monde. Le diable en eut pour son argent, cette nuit-là. »

Et peu importe, si j’ai pas un drachme, encore moins de dollars, je te l’emmènerai bien vagabonder à travers les routes poussiéreuses de Californie ou du Nouveau Mexique. California Dreamin’. Avec Cora, la vie ressemble à ce putain de rêve où cette putain de nana me suivrait jusqu’au bout du monde ou en Enfer, là où le diable en comparaison serait un saint face à ma dévotion sexuelle à lui procurer du plaisir. Je suis comme ça, moi, face à une bonne nana, totalement altruiste.

Mais bon, tu n’es pas là pour lire mes divagations orientées, ce roman est un vieux parchemin à lire et à savourer. Il glisse tout seul comme un bon whisky ou une bonne bière du mardi (parce que la bière coule mieux le mardi, surtout son parfum qui embaume plus mes sens). Une vraie et putain de bonne surprise dans la tradition classique des romans noirs, deux hommes une femme un homme de trop et l’amour dans tout ça qui dérègle le comportement échaudé des hommes et la femme dans tout ça une pure chaudasse belle et manipulatrice je comprends que King Kong en soit tombé amoureux. Sur cette constatation, je te laisse, je me refais la scène de Jessica Lange (appelle-moi Jack ce soir) donnant le dernier mot au cannibal lecteur pour sa conclusion implacable : « Décidément, dans les polars noirs, les hommes tombent à cause du fait qu’ils ont été tremper leurs biscuits dans des tasses de café dans lesquelles ils n’avaient pas à aller touiller. »

On sonne à la porte. Je prends le temps de finir ma bière, le majeur entre les cuisses de Cora. Ça doit être le facteur qui vient pour me vendre les invendus de ses calendriers de l’année dernière. Il peut attendre, je ne vais pas laisser éventer ma bière, encore moins refroidir les cuisses de Cora. De toute façon, « le facteur sonne toujours deux fois ».

24 commentaires
  1. 30 mars 2016 , 8 h 04 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Drong! Dring!Je viens sonner chez toi. J’ai entendu dire que Cora la diablesse était de retour. Un putain de bon bouquin noir et plusieurs chouettes films où l’on ne coupe pas les cheveux en quatre, mais où l’on essaie de se débarrasser des gêneurs. La vie, quoi! Super article cher Bison. Je rajoute un seul mot, la version de Visconti en 45, de mémoire, est excellente aussi (Ossessione).

    • 30 mars 2016 , 8 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je laisse parler le cinéphile, je n’oserai pas le contrarier sur ce point cinématographique.

  2. 30 mars 2016 , 9 h 48 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je n’ai pas lu le bouquin mais j’ai vu le film avec Jessica Lange !
    Ah, Jessica Lange… ;)
    Même King Kong a craqué pour elle, c’est dire ! :D

    Lana Turner, Jessica Lange, bel hommage pour le personnage de Cora que ces deux magnifiques actrices !

    • 30 mars 2016 , 11 h 51 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je ne doutais pas que tu sois porté aussi sur Jessica. Et même King Kong !

      Mais le livre devrait te plaire. Il a ce parfum des vieux films policiers.

  3. 30 mars 2016 , 10 h 06 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Super article comme toujours pour un livre que je n’ai pas lu, mais dont j’ai vu toutes les adaptations cinématographiques et il est vrai que celle de Visconti est très bien… Chez moi le facteur a arrêté de sonner, il fait comme chez lui surtout quand je ne suis pas chez moi :-)

    • 30 mars 2016 , 22 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un petit livre qui se lit aussi facilement que de regarder Jessica Lange en redemander sur la table de la cuisine. Il mérite le détour et ses adaptations cinématographiques.

  4. 30 mars 2016 , 15 h 15 min - princecranoir prend la parole ( permalien )

    Je n’ai pas encore ouvert la porte à ce Cain mais j’ai goûté les tartes de sa Mildred Pierce. Toujours inspiré par les bonnes blondes cher Bison. ;-)

    ps : je crois que Jessica a ensuite changé les langes d’un p’tit Kong.

    • 30 mars 2016 , 22 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Les bonnes blondes m’inspirent toujours. Mais les brunes aussi. Je ne voudrais pas faire de jalouses !

  5. 30 mars 2016 , 21 h 05 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    « et moi la prenant dessus par devant ou derrière »… tu as réussi à choisir par quel côté tu la prenais ?? :D

    Quand à celle qui s’était violer par King Kong, elle coule des jours heureux avec lui mais elle a mal au cul…

    Aimé le roman aussi, mais tu le savais déjà… Quant au facteur qui sonne toujours deux fois…

    C’est un bon vieux facteur qui passe en début d’année

    Avec ses calendriers de la poste.

    Il sonne à la dernière maison de la rue, une petite vieille

    Qui est à la fenêtre de l’étage lui demande: C’est pour quoi?

    Le facteur répond : C’est pour le calendrier de la poste.

    La p’tite vieille répond : Non j’veux pas de compost.

    Le facteur lui dit : Ce n’est pas du compost, c’est le calendrier de la poste !! hurle-t-il en perdant un peu patience.

    La petite vieille dit à nouveau : Non, je ne veux pas de compost.

    Le facteur excédé lui répond : Oh, va te faire foutre avec ton compost

    Et la p’tite vieille lui répond : Et toi va te faire foutre avec ton calendrier de la poste.

    • 30 mars 2016 , 22 h 10 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Peu importe par où la prendre, Jessica je la retourne dans tous les sens, et peu importe si la petite vieille nous mate de sa fenêtre en souvenir de sa jeunesse perdue.

  6. 30 mars 2016 , 22 h 14 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Toc toc … :)

    Bien trouvé ta conclusion de fin… J’adore trop …
    C’est dingue ce qu’elle a pu marquer La Jessica dans le creux de la main de King Kong à se faire sécher avec son haleine de macaque.

    J’ai vu le film il y a bien longtemps mais franchement je ne me souviens plus de la fin, du coup le livre me tente bien.
    Pas le même physique que Jack Nicholson… HEUREUSEMENT ! Depuis que je l’ai vu dans …… zut j’ai oulié le titre….. avec une hache ….. rohhhh … ben il me fait très peur le Jack… même sur une table avec beaucoup de farine !

    « El cartero siempre llama dos veces » Que j’aime cette langue …

    Appelle moi Frank… Appelle moi Jack … C’est pas fini oui !!!

    Toc toc ;-)

    • 30 mars 2016 , 22 h 43 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pas le même physique que Jack Nicholson…

      J’aimerai bien… Mais je crois que je ne porte pas aussi bien la hache que lui. Mais il a un regard à me foutre les jetons, et c’est ce que j’aime en lui. Qu’avec ce regard, il puisse faire peur aux femmes mais les attirer aussi sur une table de la cuisine pendant qu’elles sont en train de préparer des tartes aux pommes.

      Appelle moi Frank… Appelle moi Jack … C’est pas fini oui !!!

      Toi, tu peux m’appeler comme tu veux…
      Surtout au bord de la jouissance !

  7. 30 mars 2016 , 23 h 31 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    J’admire vraiment ton « altruisme » ptdrrrrrrrr quel sens du sacrifice ce Bison Tabarnak!

    Attention quand même de n’pas perdre ton majeur entre les cuisses de Cora et surtout oublies-pas de mettre d’la farine en masse avant de « t’tremper le biscuit » (ah Belette comme finale c’est number one! J’ adoooooooore ^^)

    • 31 mars 2016 , 8 h 35 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et heureusement que je ne bois pas beaucoup de café (du moins rarement dans une tasse) ! :D

  8. 31 mars 2016 , 9 h 17 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    Il faut que je le lise c’est sûr :D

    • 31 mars 2016 , 13 h 21 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et malgré ses 80 ans, elle se lit encore à merveille (je parle de l’histoire, pas de Jessica Lange)

  9. 31 mars 2016 , 12 h 10 min - Alex-Mot-à-Mots prend la parole ( permalien )

    Un parchemin qui a pris le temps de vieillir, comme le bon whisky.

  10. 31 mars 2016 , 16 h 41 min - phil prend la parole ( permalien )

    C’est Thérèse Raquin de Zola avec une belle Jessica avant que ne passe le gorille ou un bibison alléchant !

    • 31 mars 2016 , 22 h 35 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      quand bibi zolate, gare au gorille, et m’en vais lécher la belle Jessica.

  11. 1 avril 2016 , 20 h 52 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonsoir le Bison, j’ai pensé à ce roman aujourd’hui car étant à Quai du Polar à Lyon, j’ai pu obtenir un autographe de M. Indridason. Son roman Betty est beaucoup inspiré du roman de James M. Cain sauf qu’il s’agit de deux femmes qui veulent se débarasser du mari génant. Côté cinéma, j’aime beaucoup la version avec Lana Turner. Bonne soirée.

    • 1 avril 2016 , 22 h 10 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Deux femmes qui veulent se débarrasser du mari gênant… J’en ferai bien un film. Mais qui pour jouer les rôles féminins ? :D

  12. 2 avril 2016 , 16 h 40 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

    J’ai dû voir le film à la fin de l’adolescence… J’étais trop jeune, même si je pétais de maturité.
    Je me dois de lire ce livre sulfureux! Merci du rappel!

    • 2 avril 2016 , 19 h 48 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Sulfureux peut-être pour les années 30. Moins maintenant, mais il y a cette ambiance…

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