Kokoro [Delphine Roux]

Par le Bison le 14 avril 2016

Catégorie : 4 étoiles, Europe

A la question peut-on écrire un roman japonais lorsque l’on est née à Amiens, Delphine Roux décline la plus belle des réponses sous sa plume digne d’une nouvelle nippone. Kokoro est une minuscule œuvre qui parle de cœur et d’âme sœur. [Kokoro] c’est les battements de ton [cœur], mais c’est aussi les reflets de mon [esprit]. Et vice-versa, recto-verso, ainsi ton esprit est relié à mon cœur, comme une dépendance orchestrée par un doudou ou une poupée vaudou.

Koichi et Seki ont vécu une partie de leur enfance avec leur grand-mère, suite au décès de leurs parents brûlés par les flammes de la passion et d’un théâtre. Depuis ce drame, Koichi s’enferme dans sa solitude, Seki s’éloigne de son humeur joyeuse. Les années passent, Seki coupent les liens, la grand-mère est internée en maison de retraite, et Koichi végète dans sa solitude.

[omocha, jouet]

Mon salon est un terrain de souvenirs.

Sur les étagères, le canapé, la table basse, cohabitent train électrique, kokeshis anciennes, boîtes à musique, peluches.

Ces jouets sont ceux du passé, je n’en ai acheté aucun.

Ils m’appartenaient, appartenaient à ma sœur, à mes parents.

Tous gardent trace de récits oniriques, de doigts enfiévrés, de corps en mouvement. J’ai tout gardé. Seki voulait tout jeter. J’ai tout gardé.

Ce petit volume digne des plus beaux moments des éditions Picquier se présente comme un abécédaire où à partir d’un mot, une pensée de Koichi s’élève. Il va ainsi parler de son enfance, de ses souvenirs, de sa grand-mère ou de sa sœur. De son courage ou de ses peurs. De ses peines, de ses souhaits, de ses envies. De sa vie, tout simplement. Une vie de cœur et d’esprit. [Kokoro].

[negai, vœu le plus cher]

Un jour, alors que nous allions pique-niquer pour fêter Hanami, grand-mère m’offrit un Daruma. Suivant la tradition, je dessinai en noir une première pupille sur cette figure de papier mâché et fis le vœu de voir à nouveau sur le visage de ma grande sœur le sourire plein d’Okame.

Le Daruma est aujourd’hui sur ma table de nuit. Toujours malvoyant.

Mon souhait s’est perdu dans le vent des cyclones et les ondées d’orage.

Le déclic. Koichi comprend le sens de sa vie. Un nouvel élan l’intime de renouer les liens intimes avec sa sœur, avec sa grand-mère. De se réunir à nouveau ensemble, comme au temps de leur enfance, et de retrouver le goût à la vie, d’entendre de nouveau les battements de son cœur se mêler à celui de Seki. Comme lorsque qu’il jouait ensemble, comme lorsqu’elle le baladait sur son vélo, comme lorsqu’ils s’arrêtaient sous ce grand érable pour regarder la vie.

[warabi, fougère]

Parfois, en pensée, une femme à l’allure botticellienne s’invite dans mon lit. Je me vois alors lui caressant le sexe, les seins, l’ondulé de ses cheveux d’ambre. Je lui raconte l’école en bas. La nuit dans l’école en bas, Les murs aux poèmes, aux dessins assoupis.

Je lui dis mon corps qui se tend pour elle. Ses beaux yeux vert fougère, son odeur de sauge, ses ongles comme de petits coquillages polis.

Et elle fond ma bienheureuse, dans le chaud obscur de ma couche.

Pendant que Jostein déguste sur la route des kit-kat au wasabi, Cristina se ballade à la recherche d’une âme çœur. Je souligne ce fabuleux jeu de mot, une nouvelle pièce à l’édifice de cet abécédaire du Kokoro.

[chikara, force]

Il a gelé cette nuit.

L’étang du jardin public est une glace dépolie sous laquelle résistent des algues. Sous laquelle fraient peut-être des carpes plus fortes que le froid. J’aime à le croire en cet après-midi de semaine sans enfants jouant sur le tas de sable.

« [Kokoro] », une histoire de [Cœur] et d’[Esprit]

24 commentaires
  1. 15 avril 2016 , 8 h 54 min - Jostein prend la parole ( permalien )

    Piquant et doux à la fois les kitkat au wasabi. Un très bon premier roman

    • 15 avril 2016 , 15 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’ai tendance à prendre des kitkat nature.

  2. 15 avril 2016 , 12 h 13 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Très belles les citations…

    • 15 avril 2016 , 15 h 57 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Une belle histoire qui prend tout son sens dans la seconde partie du roman. Le temps de comprendre le cheminement de toutes ces belles citations et de cet abécédaire particulier.

  3. 15 avril 2016 , 23 h 05 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Ton billet est très [délicat] Bison, et il a touché mon [cœur] Bravo !

    Et tu m’as convaincu : pas besoin d’être né au Japon pour écrire avec une [âme) nippone.

    Cet abécédaire m’a beaucoup interpellé tout au long de ce petit roman, un peu comme un haïku.

    Une très belle histoire pleine de sensibilité qui a su toucher ton cœur.

    [chet]

    • 16 avril 2016 , 14 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      si j’ai touché ton c.. je suis heureux…

  4. 16 avril 2016 , 16 h 37 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Un livre qui parle de cœur et d’âme sœur, mautadine, ça ne peut qu’être tout en tendresse. Renouer les liens intimes avec ses proches, dans mon cœur et mon âme il n’y a pas plus bel élan d’amour..

    • 16 avril 2016 , 20 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      mais mes lectures ne sont faites que de tendresse et de liens intimes !

  5. 17 avril 2016 , 11 h 26 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    J’aime la cuisine asiatique, mais je ne peux pas lire tout, alors, je passe ! Mais je veux bien goûter un p’tit verre !

    • 17 avril 2016 , 22 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Si tu fais un petit effort, tu peux tout lire. Surtout celui-là qui se consomme aussi vite qu’une verre de Togouchi.

  6. 17 avril 2016 , 18 h 50 min - Alex-Mot-à-Mots prend la parole ( permalien )

    Une belle histoire que j’avais beaucoup aimé lire, et qui m’est restée en mémoire.

    • 17 avril 2016 , 22 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Oui, une très belle histoire qu’on pourrait relire plusieurs fois dans sa tête…

  7. 18 avril 2016 , 13 h 49 min - jerome prend la parole ( permalien )

    Un très joli texte, tout en pudeur et en retenue. J’aime quand autant de délicatesse ne tourne pas au gnangnan.

    • 18 avril 2016 , 17 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      merci, ça me va droit au cœur.
      ha, tu parlais peut-être du texte de Delphine Roux ? Délicat, effectivement, c’est pas écrit au sabot.

  8. 19 avril 2016 , 18 h 36 min - phil prend la parole ( permalien )

    A boire et à lire sans modération.
    Delphine a bien capter l’âme nippone et la notre en lisant ce court roman.
    Un bémol cependant, la tristesse en lisant la dernière page …
    c’est fini ….

    • 19 avril 2016 , 22 h 43 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quand c’est fini… ben tu décapsules une nouvelle bière.
      Et quand c’est à nouveau fini… ben tu décapsules encore une nouvelle bière.

    • 20 avril 2016 , 20 h 45 min - phil prend la parole ( permalien )

      ben tu n as pas change le rythme etudiant toi !

    • 21 avril 2016 , 8 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je ne faisais que suivre le rythme des autres. Esprit de corps et d’équipe.

  9. 22 avril 2016 , 20 h 23 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Quand on lit ta première phrase on a envie de sourire puis on se rend compte que ce livre a l’air d’être une pépite.

    • 23 avril 2016 , 13 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et je n’ai pourtant rien contre les amiénoises. Mais c’est pas gagné d’avance de nous faire croire au Japon en partant d’Amiens. Et pourtant…

  10. 29 avril 2016 , 13 h 01 min - Guillome prend la parole ( permalien )

    tu en parles super bien ! j’ai beaucoup aimé moi aussi.

  11. 1 août 2016 , 17 h 40 min - Myra Lee prend la parole ( permalien )

    Je rebondis tardivement mais : oui, j’ai beaucoup aimé moi aussi, c’est délicat, beau et sans rien de trop.

    et j’espère bien que tu n’as rien contre les amiénoises ;) !

    • 2 août 2016 , 8 h 38 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Mieux vaut rebondir tard que pas du tout. Par contre pour les amiénoises, n’ayant jamais rencontré cette espèce, je ne me prononcerai pas :)

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