Sur l’eau [H. M. van den Brink]

Par le Bison le 21 mars 2016

Catégorie : 4 étoiles, Europe

Un été 1939, dans le port d’Amsterdam. Alors que l’Europe se prépare à un grand chamboulement, que les esprits s’échauffent et échafaudent des plans, dans la banlieue d’Amsterdam, Anton et David rament. Un deux sans barreur. Je te parle d’aviron. Un sport qui demande entrainement sueur persévérance sueur discipline sueur. Mais un sport d’une beauté envoutante à voir ces deux jeunes hommes ramer à l’unisson, en parfaite harmonie, jusque dans les déplacements de leurs corps sur le bateau, jusque dans ces coups de pelles si majestueuses pour fouetter l’eau ou l’air, jusque dans leurs respirations communes.

« Un silence peu naturel régnait autour de nous. Nous n’entendions que le bruit pénétrant de la pluie et à travers lui, au premier plan, le tchak violent de nos pelles qui saisissent l’eau et le bruit profond, un peu creux, qu’elles faisaient en sortant de l’eau dans une synchronie parfaite. Ou était-ce mon propre sang, nos respirations qui bruissaient et non la pluie. Je n’entendais pas David haleter derrière moi. Ce qui devait signifier que nous respirions à la même cadence, que les battements de son cœur se confondaient avec les miens »

« Sur l’eau », c’est l’histoire simple d’une amitié entre deux jeunes hollandais qui en oublient les considérations politiques pour se consacrer exclusivement à naviguer leur aviron sur l’Amstel. De séances d’entraînements en compétitions de plus en plus relevées, un entraîneur aux méthodes qui dénotent dans le courant actuel, Doktor Schneiderhahn, et n’a qu’un mot à la bouche « DICZIPLIN ! », qu’il vente, qu’il pleuve qu’il neige ou qu’il brûle, ils seront sur le ponton chaque matin pour assouvir ce besoin de chair, de muscle, de bois et d’eau. Et rêver des jeux olympiques.

Les mots sont simples mais d’une telle fluidité qu’ils glissent sur la page comme le ferait une feuille prise sur le courant, comme le font Anton et David dans leur aviron le long des canaux d’Amsterdam. L’Europe peut exploser dans ce courant 39, ce trinôme ne dérogera à aucune règle, dicziplin, disziplin, leur amitié sera plus forte que la perspective d’une Allemagne nazie.

« Il y a un moment, il doit y avoir un moment, juste avant le degré zéro, où l’eau ne coule plus mais est encore fluide. Une fraction de seconde avant que le premier cristal ne se forme et ne se propage dans l’espace avec un craquement inaudible, se divisant, se réfléchissant, se dédoublant, s’élargissant à une vitesse vertigineuse dans toutes les variantes possibles de l’arithmétique, jusqu’au moindre recoin de la masse aqueuse qui se fige en formant un dessin splendide, une grimace glaciale. Une vague peut geler en plein mouvement, avec son écume, ses bulles d’air et tout. Mais avant, l’espace d’un court instant, j’imagine que tout est silencieux dans l’eau montante. Le silence avant que tout ne se fige. C’est le genre de silence que je sens en ce moment. »

« Sur l’eau », parce que dans le port d’Amsterdam il n’y a pas que des marins qui dansent, qui chantent qui boivent. Il y a aussi des jeunes, aux corps sveltes et musclées, aux sueurs salines, qui battent l’eau en rêvant de putains d’Amsterdam et en buvant de la bière d’Amsterdam.

Une histoire poignante qui en oublie la politique pour se consacrer à la beauté de l’âme et de ce sport, l’aviron. Et à la beauté du silence dans une histoire d’amitié.

16 commentaires
  1. 21 mars 2016 , 22 h 25 min - Sido de Errances immobiles prend la parole ( permalien )

    Moi, pour des jeunes au corps sveltes et musclés et aux sueurs salines, je pourrais faire n’importe quoi !

    • 21 mars 2016 , 22 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il y en a deux beaux spécimens dans ce roman. Tout en muscle et en sueur à lécher. :D

  2. 21 mars 2016 , 22 h 35 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Quelle fluidité dans ton billet Bisison, c’est beau, c’est lisse, ça coule de source !

    C’est vrai maintenant que tu le soulignes que ce sport est très beau, c’est tellement synchro … les gestes, les mouvements, les respirations … le calme.

    Et ils pissent comme ils pleurent sur les femmes infidèles… sur le port d’Amsterdam
    :)

    Un magnifique billet au fil de l’eau …

    • 23 mars 2016 , 11 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Les fluides, c’est mon truc ! J’aime quand c’est beau, quant c’est lisse, quand ça glisse…

  3. 22 mars 2016 , 8 h 01 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Le Bison si enthousiaste pour de l’eau est plutôt rare mais tant qu’il n’y a pas d’eau minérale sur la photo. Plus sérieux ce bouquin me plairait sûrement et ce sport ne manque pas de noblesse.J’embarque.

    • 22 mars 2016 , 8 h 59 min - Goran prend la parole ( permalien )

      J’allais dire la même chose ;-)

    • 23 mars 2016 , 11 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      un bouquin qui pourrait te plaire l’ami Eeguab. Même si tu vas me ressortir que tu n’as pas le profil pour pratiquer l’aviron, je pense que côté littérature, tu as ce profil pour apprécier ce roman. Parce que tu as cette noblesse.

      L’eau minérale n’est utile que pour le 51 ou le Ricard ou le Henri Bardouin !

  4. 22 mars 2016 , 9 h 51 min - Alex-Mot-à-Mots prend la parole ( permalien )

    Un livre très beau, on dirait.

    • 23 mars 2016 , 11 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un petit livre qui ne manque pas de charme.

  5. 22 mars 2016 , 12 h 01 min - manU prend la parole ( permalien )

    Ah, ce cher vieux Bison ! Toujours aussi poète et toujours aussi convaincant… ;)

  6. 22 mars 2016 , 12 h 16 min - jerome prend la parole ( permalien )

    Svelte et musclé, j’ai du mal, mais je sue plutôt bien quand je m’y mets (à quoi ? Je te laisse imaginer ;) )

    • 23 mars 2016 , 11 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Allons, allons, avec de l’imagination, on est toujours svelte et musclé ! :D

  7. 23 mars 2016 , 0 h 24 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Quand tu nous fais des billets douceur comme ça, plein de poésie qui « glissent sur la page », c’est tellement émouvant tabarnak! Y’a plein de douceur dans tes mots et dans le mouvement des rames qui font corps avec l’eau, malgré toute la sueur, l’effort, c’est beau à regarder, on dirait un corps de danseurs tellement les gestes sont synchronisés…
    Super billet Bison! :-)

    • 23 mars 2016 , 11 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Waouh, j’emballe un max avec ce petit billet et ce petit livre sur l’aviron.

      Si j’avais su que plus de gens se passionnaient pour les corps sveltes et musclés en sueur, je me serais affiché plus tôt :D

  8. 24 mars 2016 , 15 h 08 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    Je prends note de suite !! :)

Ajouter un commentaire

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS