La Ville des Prodiges [Eduardo Mendoza]

Par le Bison le 14 mars 2016

Catégorie : 3 étoiles, Europe

Onofre Bouvila très tôt quitte sa campagne et ses brebis pour le rêve de la grande ville, synonyme de grande vie. Barcelone, le rêve d’un gamin de 13 ans venu chercher gloire et fortune, à défaut de faire du fromage de brebis et de patauger en culotte courte dans la boue. Et en cette année 1888, c’est l’effervescence en Catalogne avec la première exposition universelle, l’occasion pour Barcelone de devenir grande, populaire, magique et de montrer à ses chiens qui gouvernent à Madrid que même sans le fric proposé, Barcelone sera naître – quitte à s’endetter pendant des décennies.

« aussi avait surgi, […], un quartier du plus mauvais aloi, le plus mal famé de Barcelone. On y trouvait des théâtres offrant des spectacles osés et sans esprit, des tavernes crasseuses et agitées, une fumerie d’opium de bas étage, à quatre sous (les bonnes étaient dans la ville haute, près de Vallcarca), et des bordels sinistres. Là se rendaient seulement des prostituées, des proxénètes, des rufians, des contrebandiers, des délinquants. Pour trois sous, on pouvait passer contrat avec un voyou et pour un peu plus avec un assassin. La police n’entrait dans la zone qu’en plein jour et uniquement pour parlementer ou proposer un échange. C’était comme un Etat indépendant ; on en était venu à émettre des billets à ordre qui circulaient comme de l’authentique papier-monnaie ; il y avait aussi un code particulier, très strict ; on rendait une justice sommaire et très efficace : on ne s’étonnait pas de rencontrer de temps en temps un pendu se balançant au linteau de la porte d’un lieu de plaisir. »

Le roman s’achève 900 pages après (pour mon édition mini-format, 500 pour les autres) avec une nouvelle effervescence en Catalogne pour sa seconde exposition universelle de 1929. Entre ses deux évènements majeurs qui transformèrent Barcelone, je suis le parcours d’Onofre, du gamin paysan au riche mafieux qu’il est devenu. Mais ce héros qui n’en est pas vraiment un, tant il parait avoir des mœurs douteux, un caractère arriviste et n’hésitant pas à tuer, sans scrupule ni remord, qui se mettra en travers de son chemin est si exécrable qu’en fait la véritable héroïne de ce roman foisonnant de richesses et de découvertes historiques est Barcelone.

Alors, oui, il y a beaucoup de digressions historiques dans l’histoire de ce livre. Elles cassent peut-être le rythme mais elles n’ennuient jamais, tant la plume d’Eduardo Mendoza glisse le long du temps et des grands moments de l’Histoire. Ces apartés foisonnent de détails sur ces deux expositions universelles, mais aussi sur le début du cinéma, de l’électricité, des hélicoptères, bref tout ce qui fait de notre vie celle qu’elle est actuellement. Le progrès ne s’arrête pas et ce n’est pas Onofre Bouvila qui ira à son encontre. Bien au contraire, il le porte à bout de bras et de pesetas, toujours prêt à magouiller pour le faire avancer, pour peu qu’il y sente son intérêt et perçois quelques revenus supplémentaires, même mafieux.

En fait, je destine ce livre à toutes celles et ceux qui veulent découvrir la capitale catalane, qui naquit réellement de ses fondements à cette première exposition universelle. Toute son architecture, tout son caractère, toute sa vie, découlent de ces deux évènements majeurs et « la ville des prodiges » est ainsi un vibrant hommage à Barcelone, le thème principal essentiel et incontournable de ce roman. Tu verras ainsi l’ébauche de son architecture actuelle, tu visiteras aussi bien les bas-fonds, que les quartiers haut-bourgeois, tu comprendras son caractère et quand tu boiras quelques cervezas à la terrasse des cafés barcelonais cette été, tu imagineras le Bison assis à la table d’à côté, une bière fraiche, les jambes croisées et le regard matant les épices catalanes virevoltant de leurs jupes d’été sur le chemin de la plage… D’ailleurs, est-il Real de Madrid ou FC Barcelone, je crois qu’il se pose toujours la question, et que tant que la réponse ne lui viendra pas à l’esprit, il continuera de mater les catalanes en buvant des bières à l’ombre des terrasses de cafés.

« La nuit, chez lui, enfermé dans sa bibliothèque, entouré de centaines de livres qu’il n’avait pas l’intention de lire jamais, il fumait des havanes et se souvenait avec nostalgie de ces nuits déjà lointaines passées à faire la bringue, quand lui et Odon Mostaza, dont il regrettait désormais la mort, voyaient l’aube pointer à travers les fenêtre embuées d’une maison close, entourés de bouteilles vides, de reste de nourriture, de jeux de cartes et de dés, de femmes nues qui dormaient pelotonnées contre les murs et de vêtements épais dans toute la pièce, épuisés et heureux, avec l’innocente griserie de la jeunesse. »

« La Ville des Prodiges », une Histoire d’exposition universelle.

18 commentaires
  1. 15 mars 2016 , 10 h 13 min - Violette prend la parole ( permalien )

    ah oui! J’ai eu la chance de lire ce roman à Barcelone… Mendoza, c’est un peu le Zola espagnol :)

    • 15 mars 2016 , 11 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le lire à Barcelone est une évidence tant il permet de s’imprégner de cette cité et de trouver ses fondements historiques. Je n’ai jamais lu le Zola français, alors je ne me permettrais pas une telle comparaison :D

  2. 15 mars 2016 , 12 h 06 min - jerome prend la parole ( permalien )

    Pas certain d’accrocher aux longues digressions historiques moi.

    • 15 mars 2016 , 13 h 41 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ces digressions, longues par moment, n’en restent pourtant jamais ennuyeuses, mais je reconnais que par moment il faille s’y accrocher, d’où mon avis mitigé sur ce roman pourtant fabuleux à qui s’y accroche et veut découvrir les faubourgs de Barcelone.

  3. 15 mars 2016 , 14 h 41 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Le Zola espagnol, cela ne peut que m’intéresser…

    • 15 mars 2016 , 15 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ce qui m’a intéressé le plus, à part son coté Zola, c’est la bière qui m’a accompagné ce jour-là, une douceur pleine de passion et de désir.

  4. 15 mars 2016 , 17 h 27 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Tabarnak, il a l’air fort ce roman ne serait-ce que pour le voyage, cette ville si magnifique avec laquelle on n’peut que tomber amoureux! Gaudi, la Rambla, le quartier gothique, ses ruelles sombres et ses petits cafés, musiciens itinérants, flamenco et tapas, tout un programme MAIS SURTOUT les BEAUX ESPAGNOLS (on parle de prodige non dans ce roman?) :P hummmmmmmmmmmmmmmmmmmm………………………………… hostie d’câlisse, j’mettrais bien des glaçons dans leur sangria avant d’me porter volontaire pour leur étendre d’la crème solaire partout partout (c’est mon excès de dévouement…)
    Tabarnacos! :D

    Une bière des ours pour accompagner cette lecture….. n’oublies pas ton sifflet quand même! :-)

    • 15 mars 2016 , 21 h 46 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      MAIS SURTOUT les BEAUX ESPAGNOLS

      Là, c’est ton côté j’aime-les-ours-poilus qui ressort :)

      j’mettrais bien des glaçons dans leur sangria

      Moi je les laisse fondre entre les seins d’une danseuse de flamenco. Chacun ses trucs.

  5. 16 mars 2016 , 11 h 14 min - Alex-Mot-à-Mots prend la parole ( permalien )

    Mieux qu’un guide touristique !

  6. 16 mars 2016 , 13 h 16 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Punaise ! si toi aussi tu te mets à sortir des chroniques tous les jours comment veux tu que je te suive. Rahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ;-)

    J’ai envie de le découvrir mais en même temps tes 3 étoiles me freinent un peu…

    Moi j’aime pas les espagnols, ils sont trop poilus mdr :)
    En revanche j’ai une recette de Sangria à tomber le cul par terre mais Por Dios pas de glaçon dans la sangria !!!!!!

    Comme une envie de me promener sur Las Ramblas et longer la mer …

    • 17 mars 2016 , 11 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      comment veux tu que je te suive.

      un pas devant l’autre, tu me suis où tu veux, babe !

      tes 3 étoiles

      « Après la corrida, ils allaient boire de la bière ou du vin rouge avec de l’eau gazeuse dans les bars autour des arènes. »
      Quand tu lis ça, c’est pas possible de mettre plus de 3 étoiles à un gars qui met de l’eau gazeuse dans son vin rouge !!

    • 17 mars 2016 , 12 h 48 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Je te rajoute une précision :

      Plus tu descends vers le sud de l’Espagne et l’eau pétillante qui noie ton vin se transforme en eau gazeuze à l’orange (genre oasis) et cette boisson à un nom :
      Un Tinto de Verano

      Soit la jolie traduction de : « Rouge d’été » ! Ca vaut bien une étoile en plus ça non ?

      Un Tinto de Verano para el bisonte por favor ;-)

      Avec cette boisson en terrasse et en bordure de mer et toutes les danseuses de flamenco sont à tes pieds … Olé :D

      Retiens cette boisson : Un Tinto de Verano :)

    • 17 mars 2016 , 14 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Si toutes les danseuses de flamenco sont à mes pieds…
      Et si je demande un double Tinto de Verano, elles se mettent à genoux ?

  7. 16 mars 2016 , 20 h 04 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Non merci, très peu pour moi ! :D

    Mais dis-moi, ta Binchoise, elle est de la ville de Binche, en Belgique, là ouski il y a les Gilles ???

    • 17 mars 2016 , 11 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tout à fait. De la bonne bière de chez Binche !!!

  8. 17 mars 2016 , 22 h 12 min - manU prend la parole ( permalien )

    Un livre qui me transporte à Barcelone, il pourrait bien me plaire…
    Et découvrir l’exposition universelle aussi ! Je n’ai connu que celle de Séville moi ! ;)
    Pas trop chiant à lire ce format ??

    • 18 mars 2016 , 9 h 21 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le format se lit très bien dans le métro. Peut-être moins sur un tracteur :D
      Je suis encore jeune alors j’arrive à lire les petits caractères, mais le plus dur peut-être de tourner les pages, des feuilles aussi fines que du papier à cigarette.

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