Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur [Harper Lee]

Par le Bison le 20 février 2016

- Tu lis le Harper Lee, ne tuez pas l’oiseau… un truc dans le genre…

- Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Madame.  Et oui, je lis ça. Pourquoi ?

Et pourquoi que je n’aurais pas le droit de le lire. Parce que tout le monde l’a déjà lu. Parce que cela parle de beaux sentiments, à faire chialer une ménagère épluchant les oignons pour la soupe de ce soir, et qu’il y a de l’âme dans les mots d’Harper Lee. Hein, pourquoi tu es si surpris ? Et parce que depuis que j’ai lu « De Sang-froid » de Truman Capote, j’avais furieusement envie de lire ce roman. Ma patience a tenu bon, j’ai inséré le « Harvest » de Neil Young sur la platine, respiré humblement mon verre de bière au doux parfum de céréales, le soleil s’est couché derrière les silos à grain.

« - On va gagner Atticus ?
- Non, ma chérie.
- Alors pourquoi…
- Ce n’est pas parce qu’on est battu d’avance qu’il ne faut pas essayer de gagner. Le courage, c’est savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. »

J’aurais pu moi aussi dire que c’est le seul et unique roman de Harper Lee, mais comme j’arrive après la bataille, voir que j’ai perdu la guerre, je peux faire mon malin en rectifiant le tir, puisque 2015 a vu apparaître dans les rayons des libraires un tant attendu second roman de l’auteure. Pourquoi tant d’années se sont écoulées entre ces deux romans. Je comprends que lorsque l’on écrit un premier bouquin, qu’il devient un succès immense, planétaire, voué au culte et à la bonne raison du peuple humain, qu’il en est même étudié dans les collèges et lycées et que le livre fait partie des dix chefs d’œuvres du siècle dernier, oui je comprends, que l’on soit paralysé à l’idée d’écrire une nouvelle histoire.

1930, Maycomb, Alabama. Je m’arrête là, tout est dit, dans la date et le lieu. Tu peux ressortir les cagoules blanches, mais n’aies pas peur, le méchant nègre est en taule, le salopard, et sera bientôt pendu. Comme une évidence, il ne peut en être autrement, dans ces années en Alabama. Un bon nègre est un nègre au bout d’une corde. Sweet Home Alabama, disait le gars aux cheveux longs et à la guitare. Pas si douce que ça quand même la vie là-bas quand tu as la peau si foncée que tu passerais incognito dans un tunnel la nuit. Disons qu’à cette époque-là, valait mieux être blanc si tu voulais te faire entendre, car la voix d’un nègre ne porte pas bien loin, sauf pour casser des cailloux sur la voie du chemin de fer. Disons qu’à cette époque-là, un chien errant n’avait peut-être pas plus de droit mais certainement plus de respect. C’est comme ça, c’est la vie en Alabama au temps de la ségrégation raciale.

« - Tu sais que le viol est un crime passible de la peine capitale, en Alabama, dit Atticus.

- Peut-être, mais le jury n’avait pas à le condamner à mort – ils avaient qu’à lui mettre vingt ans.

- Le condamner à vingt ans, rectifia Atticus. Tom Robinson est un homme de couleur, Jem. Aucun jury, dans cette partie du monde, ne dira : « Nous pensons que vous êtes coupable, mais pas trop » sur un tel chef d’accusation. C’était l’acquittement ou rien du tout. »

Mais dans ce monde pourri où l’argent et la couleur domine déjà le pouvoir, un homme s’élève, blanc, intègre, sans violence. Il parle, il est avocat. Il est juste et à juste conscience que c’est peine perdue mais il s’en fout un peu. Son métier est celui de plaidoyer, blanc, noir ou chien. Il le fait dans les règles de l’art, parce qu’il croit à la cause, celle de l’égalité des hommes quelques soient leurs couleurs de peau. Il se nomme Atticus Finch et ce gars-là est un homme. Un vrai avec des couilles qui n’hésitera pas à mouiller sa chemise contre l’ensemble de la population de cette minuscule contrée peuplée de sauvages à la peau blanche pour ce qui lui semble juste : l’honneur de l’humanité, le droit à être représenté en justice sans distinction de race.

Je ne te propose pas ce livre. Forcément, tu l’as déjà lu, alors viens gouter ma bière, tu l’as déjà bu, mais elle laisse en bouche un goût moins amer que le roman d’Harper Lee.

« Dans les tribunaux ça pue la corruption et c’est l’argent qui mène ce putain de Monde. Mais voilà que je m’emporte…. » Mais voilà que Cristina s’emballe de sa fougue et de sa verve pour sa toute première chronique. Nul doute qu’elle n’avait pas de bière à portée de lèvres. Un Rituel, pourtant, avant d’attaquer une lecture.

« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », sweet home alabama.

Challenge Lire sous la Contrainte – Session 26, d’un livre à l’autre.

40 points.

29 commentaires
  1. 20 février 2016 , 20 h 39 min - manU prend la parole ( permalien )

    Harper Lee et Truman Capote côte à côte sur ce blog, une belle idée…

  2. 20 février 2016 , 20 h 58 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Un super bon bouquin et un bon film (Du silence et des ombres) . Bel hommage à Harper Lee morte cette semaine.

    • 22 février 2016 , 8 h 51 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je crois bien que ce film, je ne l’ai pas vu non plus :(

  3. 20 février 2016 , 21 h 18 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Rahhhhhh quel bel hommage tu lui rends.

    Un très beau souvenir de lecture, j’avais adoré me retrouver dans ce tribunal. Un moment très fort à travers le regard d’un enfant !

    Bon j’ai droit à une bière maintenant ? ;-)

    • 22 février 2016 , 8 h 52 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      9°, tu as l’âge de boire si fort, sans te sentir abuser après ?

  4. 20 février 2016 , 21 h 47 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Je viens de lire que l’auteure est décédée hier.
    J’ai lu ce livre dont j’avais beaucoup entendu parler il y a peu de temps.
    J’ai maintenant oublié l’histoire. Elle ne m’a pas marquée.
    Bon dimanche.

    • 22 février 2016 , 8 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Lu il y a peu de temps avant sa mort,
      Chroniqué juste après…
      Toujours un train de retard…

  5. 20 février 2016 , 23 h 25 min - zarline prend la parole ( permalien )

    Et bien non, tout le monde ne l’a pas encore lu ;-) J’avais l’impression que c’était un livre qu’il fallait avoir lu à l’adolescence pour vraiment l’apprécier, mais ton billet semble indiquer le contraire. Peut-être qu’il serait temps pour moi de rattraper le coup, surtout après l’annonce de la mort de l’auteur.
    Par contre, je me trompe peut-être, mais je crois que le nouveau roman édité en 2015 avait en fait été écrit avant celui-ci mais jamais publié.

    • 22 février 2016 , 8 h 55 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      L’avantage de ce bouquin est de pouvoir être lu dès l’adolescence, mais comme il n’a pas de date de péremption, la DLC l’autorise à être lu à tout âge…

  6. 21 février 2016 , 0 h 04 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

    Magnifique billet, fort bien senti.
    Forcément, je l’ai déjà lu. Mais j’ai trouvé la suite indigeste. Pas possible d’aller au-delà de 50 pages. Ça goûtait le réchauffé.
    Je ne bois pas de bière, mais me saouler souvent avec la musique de Neil Young!

    • 22 février 2016 , 8 h 57 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Plus de 50 ans d’attente, alors forcément la suite… même avec Neil…

      Mais une question indiscrète : comment peut-on vivre sans bière ? Tu as de drôles de mœurs sur ta banquise…

    • 27 février 2016 , 22 h 00 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

      C’est simple, je ne digère pas le houblon! C’est le vin ou le fort!

  7. 21 février 2016 , 11 h 19 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Un livre magnifique, que j’ai enfin lu l’année dernière, parce que il trainait aussi sur mes étagères et que ça se fait pas… un coup de <3 véritable, un coup au coeur d'apprendre la mort de l'auteure, puis, le lendemain, celle d'Eco Umberto…

    Mais je n'ai pas envie de lire son dernier, car je ne voudrais pas avoir une mauvaise opinion d'Atticus… ;)

    Une Leffe, une bière de mon pays, bien vu l'artiste !

    • 22 février 2016 , 8 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      la Belgique, un rituel pour accompagner la lecture même non belge.

  8. 21 février 2016 , 15 h 33 min - Sido de Errances immobiles prend la parole ( permalien )

    Tu sais quoi ? Je ne l’ai pas encore lu… l faut que je m’y mette, j’en ai bien envie !

    • 22 février 2016 , 8 h 59 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Oui, je pense qu’il faudrait effectivement. C’est au moins à lire une fois dans sa vie.

  9. 21 février 2016 , 17 h 19 min - Valentyne prend la parole ( permalien )

    Magnifique livre dont tu parles très bien.

    La suite « va et poste une sentinelle »est effectivement légèrement « moins bien » (mais à peine)

    Elle vaut le détour
    Bon dimanche

    • 22 février 2016 , 9 h 01 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      La suite a généré tant d’attente auprès de lecteurs que forcément… Mais je ne dis pas non plus non à la suite…

  10. 21 février 2016 , 18 h 24 min - Alex-Mot-à-Mots prend la parole ( permalien )

    Il parait que la suite est beaucoup, beaucoup moins bien.

  11. 23 février 2016 , 1 h 11 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Les livres ou les films qui luttent contre la ségrégation des noirs ça m’a toujours attirée. Mets-en qu’il en avait des couilles Atticus Finch, surtout placé dans le contexte des années 30. J’avais tellement aimé Gregory Peck dans ce rôle-là! Et la merveilleuse petite Mary Badham dans celui de Scout. J’en garde un excellent souvenir de lecture…

    J’adore le premier extrait, tabarnak!

    • 23 février 2016 , 9 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est comme se battre contre un ours à Churchill. On sait pertinemment qu’on va perdre, mais il faut avoir le courage de lui rentrer dedans !

    • 24 février 2016 , 17 h 19 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      …pour en faire une peau douillette où s’étendre dans l’igloo et glou et glou et glou…. TABARNAK!

  12. 23 février 2016 , 21 h 29 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Oui, je l’ai lu et il n’y a pas très longtemps. Pourtant, j’ai complètement oublié l’histoire. Un chef-d’oeuvre oublié?
    L’auteure vient de mourir. Sa bibliographie s’arrêtera donc là.
    Merci pour ta participation à mon challenge. Un « z » et un « q », j’aurais cru que ce titre vaudrait plus cher…
    Bonne fin de soirée.

  13. 24 février 2016 , 13 h 20 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    C’est un de mes classiques américains préférés :) Il faut que je le relise en anglais !! :)

    • 24 février 2016 , 16 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Vu mon niveau, je me suis contenté de sa traduction française, mais je trouve formidable qu’un tel roman contemporain soit étudié dans les collèges et lycées américains. Si l’éducation nationale pouvait s’en inspirer un peu…

  14. 10 mars 2016 , 21 h 10 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Je ne l’ai pas encore lu. En fait la couverture est trompeuse ; ma fille l’avait lu mais en voyant la couverture j’ai cru qu’il s’agissait d’une histoire de blancs pauvres aux States donc je ne me suis pas décidée à le lire. Bien que le sujet risque de me donner la nausée, je vais peut-être m’y mettre.

    • 10 mars 2016 , 22 h 20 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Une couverture donc bien trompeuse, c’est pour ça que je les agrémente de bières ou de whiskys. Pour donner de la couleur aux écrits les plus sombres.

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