Seventeen [Kenzaburo Oé]

Par le Bison le 4 février 2016

Catégorie : 4 étoiles, Asie

Bonjour, aujourd’hui j’ai 17 ans. C’est mon anniversaire et tout le monde s’en fout royalement. Personne ne se souvient de cette date, pourtant 17 ans cela devrait compter, même pour mes parents. Mais bon tant pis, je ne vais pas chialer sur mon sort. Tiens, et si j’allais me branler dans la salle de bain en pensant à ma sœur.

« Je suis allé fermer à clé la porte de la salle de bains. On dirait que j’ai une érection chronique ; j’aime ça, parce que j’ai le sentiment que la force envahit tout mon corps et j’aime aussi regarder ma queue qui bande. Je me suis rassis : de nouveau, je me suis savonné jusque dans les moindres coins et je me suis branlé. C’est la première fois depuis que j’ai dix-sept ans. Avant, je croyais que la masturbation, c’était mauvais pour la santé. Mais, j’ai feuilleté dans une librairie un livre de sexologie qui expliquait que seule la culpabilité accompagnant l’onanisme était néfaste, et ça m’a complètement libéré. »

Il n’est jamais trop tard, ni trop tôt, comme il n’y a pas d’âge pour se branler. Des années de pratique qui se transforment en années d’expériences. De l’adolescence à la découverte de son corps, en passant par l’âge adulte, le plaisir solitaire fait partie de ma vie. Et de toi à moi qu’il est bon de se masturber et de voir les étoiles scintiller au moment d’éjaculer tout son potentiel.

« Je suis maintenant un branleur hors pair ; j’ai même inventé une technique qui consiste, au moment de l’éjaculation, à prendre le bout du prépuce, comme on resserre le haut d’un sac, pour conserver tout le sperme à l’intérieur du prépuce. Depuis, il suffit que je porte un pantalon avec une poche trouée pour que je me branle, même en classe. Ainsi, je me branle en me rappelant la confession d’un mari – que j’ai lue dans le cahier spécial en couleurs d’une revue féminine – qui a provoqué chez sa femme une péritonite la nuit de leurs noces, en perforant la paroi vaginale. En bandant, ma queue, enveloppée d’un prépuce souple et blanc bleuté, rayonne d’une beauté vigoureuse, comme une fusée, et le bras dont je me serre pour me caresser, je ne m’en aperçois que maintenant, commence à être musclé. »

Kenzaburo Oé met en scène ce jeune garçon, cet être frêle et solitaire, un être fait de chair et de sperme qui passe ses journées à se masturber et affranchir ainsi son plaisir d’un orgasme puissant. Le mal-être de l’adolescence, mal qui inonde la jeunesse de nos jours, terrible fléau d’une société trop bruyante et trop avide de pouvoir. Alors, ce plaisir solitaire le soulage, en même temps qu’il l’enferme dans un carcan. Toujours plus solitaire, toujours plus sombre.

« Ah, ah, oh, ah, je ferme les yeux, mon sexe brûlant et raide que je saisis se contracte instantanément, et en lui gicle le sperme dont je sens le flux à travers mes doigts. Pendant ce temps, je me rends compte que tout mon corps est une mer d’été, à midi, en plein soleil, où se baigne une grande foule dénudée, silencieuse et heureuse. Puis sur cet océan de mon corps passe la fraicheur d’un après-midi d’automne. J’ai tressailli et rouvert les yeux. Le sperme avait éclaboussé les carreaux au pied de la baignoire. Déjà ce n’était plus qu’un liquide blanchâtre, froid et distant : il ne donnait pas l’impression d’être mon sperme. J’ai versé de l’eau chaude en abondance pour l’évacuer. »

Jusqu’au jour, où sur un stade pour une compétition lycéenne, il croise le chemin d’un mouvement d’extrême-droite. L’esprit faible, il découvre ce nouveau monde. L’uniforme qui lui donne une autre stature, cette sensation de pouvoir qu’un brassard au bras lui donne. Subitement, il n’est plus transparent, les gens semblent le respecter, le craindre même. I’ve got the power, maudits envahisseurs du Pacifique. Il retrouve goût à la vie, la puissance en plus. Il devient fière, hautain, sûr de lui, il est d’extrême-droite ! Il n’a plus honte d’avoir la gaule !

« Je suis un misérable et triste seventeen. Bon anniversaire. Bon anniversaire. Touche-toi et branle-toi. Pressé par le besoin de fantasmer quelques obscénités, j’ai imaginé que mes parents le faisaient en gémissant : leurs culs nus à tous les deux étaient en contact direct avec l’air puante et moite sous la couette et en étaient ravis. Brusquement l’idée m’est venue que je n’étais pas né du sperme de mon père, mais que j’étais le fruit d’un adultère de ma mère ; puis, je me suis demandé si mon père ne le savait pas et si ce n’était pour ça qu’il était froid avec moi. Mais à l’approche de l’orgasme, les fleurs de pêcher se sont épanouies à foison, les sources chaudes ont jailli de tous côtés et les illuminations géantes de Las Vegas ont scintillé, tandis que peur, doute, angoisse, tristesse, et désolation se dissipaient. Ah, comme je serais heureux si toute ma vie n’était qu’orgasme. Ah, ah, ah, ah, j’ai giclé en me mouillant le bas-ventre. Mais, tout en râlant, j’ai dû retrouver mon misérable et lugubre anniversaire de seventeen dans l’obscurité de l’appentis, et, perdant toute énergie, j’ai éclaté en sanglots. »

Kenzaburo Oé a eu quelques problèmes avec ce court roman, qui se lit presque aussi rapidement qu’une branlette matinale. Apparemment, l’extrême-droite n’a pas aimé voir ainsi caricaturé une de leur jeune recrue. Ma foi, est-ce sa faute, si l’esprit abandonné peut facilement être embrigadé par de beaux discours politiques et y adhérer, corps et âme. Ma foi, est-ce sa faute, si à 17 ans, on pense aussi souvent à se masturber qu’à boire un whisky, et ce n’est certes pas l’apanage de l’extrême-droite de se branler dans une salle de bain. Et puis, putain, si tous les jeunes de 17 ans – et les moins jeunes même – qui se masturbent finissent dans l’extrême-droite, le monde serait franchement bien mal barré. Tiens, moi, est-ce que je suis de l’extrême-droite, et pourtant…

« Mon phallus était le rayon du soleil, mon phallus était une fleur. J’ai eu un violent orgasme et j’ai vu un homme surgir dans un ciel ténébreux. Ah, oh, Sa Majesté Impériale ! Sa Majesté Impériale qui est un soleil radieux, Ah, ah, oh ! Puis, comme guéris de leur anomalie visuelle de nature hystérique, mes yeux ont vu que mon sperme avait giclé sur les joues de la fille comme des larmes. Loin d’éprouver cette déception qui suivait habituellement la masturbation, je ressentais une joie triomphante. »

« Seventeen », masturbatoire, éjaculatoire.

24 commentaires
  1. 5 février 2016 , 0 h 42 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Si s’marturber (s’pogner la bizoune ou « la graine » pour les intimes) à longueur de journée peut apaiser le mal-être de l’adolescence, pourquoi pas. Le cri de rage sur la couverture du livre est poignante! Cette histoire est triste j’trouve, un jeune qui est mal dans sa peau, qui a juste envie d’exister, d’être aimé et reconnu, sans honte, sans fard et qui devient victime d’un mouvement d’extrême droite. Leurs réactions à la sortie du livre ne m’étonnent même pas! Le monde est tout de travers, après tout, masturbons-nous, Tabarnak…!
    L’histoire se passe dans quelles années au fait?

    So Bison, you’ve got the power??? :D

    • 5 février 2016 , 9 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      I’ve got the power. Toujours, avec la bizoune dressée ! Certains lève le bras, d’autres le poing, moi c’est la bizoune !

      L’histoire se déroule dans les années 60. Les japonais ne se sont pas encore remis de la défaite de 45 et la jeune génération a plus de mal à accepter l’occupation américaine.

      Le cri du cœur : « Masturbons-nous tous ensemble ! »

    • 5 février 2016 , 11 h 22 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Pour Nad :
      La Pogne dans ma région est une spécialité culinaire à base de fleur d’oranger.
      La vraie Pogne est succulente à te lécher les doigts et en redemander encore. Et avec des pralines… mama miaaaaaa ;-)

    • 5 février 2016 , 12 h 33 min - phil prend la parole ( permalien )

      La fameuse pogne de Romans
      hummmmm

    • 5 février 2016 , 14 h 02 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      mama miaaaaaa dé tabarnakos ma Rousse que ça doit être trop bon ça!!!

      He’s got the Power, hostie d’câlisse!!!!!!! :D

    • 5 février 2016 , 22 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ma pogne ou ma bizoune ? :D

  2. 5 février 2016 , 11 h 20 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Une belle masturbation cérébrale pour seulement 2 € !
    Pourquoi se priver !
    C’est vrai que la couverture du livre est aussi violente que l’histoire que tu nous racontes.
    Un livre lu il y a quelques temps et qui m’avait marqué par sa force et sa violence.

    « Tiens, moi, est-ce que je suis de l’extrême-droite, et pourtant… »
    J’adore !!!! Trop drôle cette façon de ne pas te prendre au sérieux …

    Au diable l’avarice Masturbons nous en chœur ! ;-)

    • 5 février 2016 , 22 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pour 2€, je peux me masturber tous les matins. Y’a franchement pas de quoi s’en priver.

  3. 5 février 2016 , 12 h 03 min - Jerome prend la parole ( permalien )

    Un auteur que je n’ai encore jamais pratiqué (pas comme la branlette…). Bref, ça me tente grandement !

    • 5 février 2016 , 22 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Continue la branlette, essaie d’ouvrir en même temps un Kanzaburo Oé. Ça fait autant de mal que de bien !

  4. 5 février 2016 , 12 h 45 min - phil prend la parole ( permalien )

    17 ans … l’âge rebelle, les pulsions souvent fortes et inassouvies, l’âge de la mutation. Alors quand tu te retrouves là à croiser le monde nationaliste d’après guerre souvent ultra, qui se trouve le seul à l’écouter c’est peut-être le moyen, l’échappatoire de se libérer de ces pulsions sexuelles.
    Une histoire courte qui ne te laisse pas de répits. On se sent piégé, isolé comme Seventeen. De quoi être inquiet pour son avenir, alors faites l’amour pas la guerre !

    • 5 février 2016 , 22 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      17 ans… T’avais encore des cheveux ?

    • 7 février 2016 , 18 h 54 min - phil prend la parole ( permalien )

      je les ai vite enleve afin de mieux developper mon chakra coronnal !

  5. 5 février 2016 , 15 h 55 min - Goran prend la parole ( permalien )

    C’est l’un de mes écrivains japonais préférés… Tous ces romans sont vraiment excellents. Il était venu au salon de la littérature à Paris, il y a quelques années. Malheureusement je n’ai pas pu y aller…

    • 5 février 2016 , 22 h 19 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un grand écrivain japonais ! Prix Nobel pas pour rien. Il était venu en France jusqu’après Fukushima, je crois. Très marqué par Hiroshima, il est le premier défenseur de l’anti-nucléaire.

  6. 5 février 2016 , 21 h 24 min - manU prend la parole ( permalien )

    Moi, je suis non pratiquant !
    Enfin, pas trop souvent… Enfin, pas plus d’une fois par jour… Enfin, ça dépend des jours… Mais jamais plus de 4 fois… ;)

    Sinon, j’ai un de ces mal au poignet moi, je me demande bien de quoi ça peut venir ?… :D

  7. 6 février 2016 , 11 h 10 min - Alex-Mot-à-Mots prend la parole ( permalien )

    Une lecture pour garçons, je me trompe ?

    • 6 février 2016 , 12 h 36 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Non, une lecture pour comprendre la société de nos jours, et la poussée vers l’extrémisme…

  8. 7 février 2016 , 9 h 13 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Il aurait dû se cantonner à la masturbation plutôt que d’obliquer vers l’extrême droite. Il a l’air bien rageur sur la couverture, un brin énervé.

  9. 15 février 2016 , 23 h 11 min - chinouk prend la parole ( permalien )

    j’aime beaucoup cet auteur, j’ai lu ce livre il y a quelques temps déjà, je ne m’en souvient pas trop ( trop vite lu surement ) juste une sensation de Mal être.

    • 16 février 2016 , 9 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Mal-être effectivement de cette nouvelle jeunesse nippone. Mais l’histoire peut tout à fait se transposer dans notre monde et notre époque.

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