Little Bird [Craig Johnson]

Par le Bison le 31 janvier 2016

Et me voilà une nouvelle fois accoudé au bout de ce zinc. Le verre est vide, évaporation naturelle de mes instants de solitude avant que la serveuse me fasse glisser une nouvelle bouteille. Le sourire enjôleur, elle devance souvent mes attentes sans un mot de ma part. Le silence s’est installé dans cette fin d’après-midi, le ciel lourd et noir chargé de nuages aussi sombres que ne laissent augurer mes pensées. Walt, à l’autre bout du comptoir. Il y a passé sa matinée et ce qui fut en ma compagnie silencieuse son après-midi. Un corps a été retrouvé. Mes rêves se sont envolés sur cette impression que la violence est partout même dans les grandes espaces ou les petites contrées. Comté d’Absaroka, aussi grand que ton trou du cul, c’est dire le peu de monde qui y passe. Et même s’il est situé dans le Wyoming, là ou paressent autant d’écrivains que de vaches ne paissent.

« - A quoi tu penses ?

- Je pense à ressortir cette bouteille de bourbon. »

Brûler l’intérieur pour mieux purifier mon âme. C’est à cela que je tends lorsque je finis une bouteille ? Ou ne serait-ce pas pour oublier la bestialité du monde qui nous entoure. Que les contrées restent sauvages, mais pas les hommes. Je ne devrais pas autant boire même pour oublier qu’il y a quelques années une petite cheyenne a été violée sur la réserve indienne par quatre jeunes blancs qui, eux s’en sont sortis libres comme l’air de s’envoler au gré du vent –est-ce qu’il ne souffle pas dehors – insufflant ainsi un air aussi tendu que du fil de barbelés entre les deux communautés. D’ailleurs, dehors un blizzard à décoiffer les corbeaux ; mieux vaut rester au chaud dans cette taverne. Et attendre. Attendre que le liquide glisse le long de ma trachée.

« Je n’aimais pas le bourbon, en général, mais ça, j’aimais bien. Je ne pourrais pas décrire le nombre de saveurs douces, onctueuses, qu’il laissait dans ma bouche, mais j’avais l’impression que je devais mâcher. Je trouvais la sensation de brûlure dans ma gorge purifiante, comme si mes soucis se consumaient au contact du breuvage. »

La serveuse ramène ses fesses, comme une apparition divine dans son jean si moulant que mon regard s’évertue à déterminer la couleur de son string. Elle remplit mon verre, laisse traîner la bouteille. J’en propose à Walt, sheriff Longmire de ce comté que rien jusqu’à présent n’exposait à une telle violence. Il me parle de sa première enquête, de Little Bird, et pendant que dans un demi-sommeil, l’esprit embrumé par l’alcool ou par la haine, je finis la bouteille en me demandant comment Walt fait pour survivre dans une contrée où l’âme humaine est aussi sauvage que la nature. Pourtant qui ne rêve pas des terres de ce Wyoming, ou des strings d’une serveuse esseulée ?

« Les rides sur son visage étaient plus apparentes aujourd’hui, à la lumière crue, mais elles lui donnaient une fragilité touchante qui évoquait une délicate et magnifique tapisserie. Le fait de la revoir me troublait autant que de retrouver avec émotion une carte de bibliothèque d’autrefois et de se rendre compte qu’on a oublié de rendre plein de livres. »

Cri de jouissance ou de surprise signe La Belette.

« Little Bird », chasseur de crimes dans le Wyoming.

10 ans de Gallmeister, les bouteilles dans la cave de Lea Touch Book

26 commentaires
  1. 31 janvier 2016 , 20 h 05 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Dis-donc ! Tu m’as communiqué ton enthousiasme. J’irais bien me paumer là-bas mais sans pour autant avoir envie de tomber sur un cadavre. A choisir, je préfère une vache ou mieux, un écrivain :-)

    • 31 janvier 2016 , 22 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Là-bas, tu as autant de chance de tomber sur un écrivain que sur un bison :)

  2. 31 janvier 2016 , 20 h 08 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    J’adore cet auteur et je suis contente que tu aies aimé ta plongée chez Johnson ;) Super article !

    Je vais recenser ta chronique parmi les avis pour le challenge Gallmeister sur le groupe Facebook :) (je rassemble tous les avis au même endroit pour tout retrouver au moment du bilan de fin d’année ^^)

    • 31 janvier 2016 , 22 h 32 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ça tombe bien, j’ai pas Facebook :) C’est pas encore arrivé dans le Wyoming, le ranch n’a pas la fibre ni le cable.

  3. 31 janvier 2016 , 20 h 21 min - sido de errances immobiles prend la parole ( permalien )

    Je suis fan de Longmire. Peut être même un peu amoureuse. Les hommes taiseux et forts, moi, j’aime ! Et le savais tu ? Je l’ai même rencontré. Et oui, il est venu se perdre à Metz, il doit y avoir quelques photos sur mon blog…l’impression d’avoir rencontré une légende, un monument….

    • 31 janvier 2016 , 22 h 34 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Moi aussi, j’ai des photos de lui. Je connais même sa bière préféré, et j’ai aussi sa dédicace. Je peux me la jouer ! mais ce n’est pas moi qui ai croisé son steston, j’ai préféré envoyé un plus joli sourire pour obtenir sa signature.

  4. 31 janvier 2016 , 20 h 41 min - manU prend la parole ( permalien )

    Un billet comme je les aime, autrement dit un billet bisonesque à souhait !! :)
    Un moment que je veux le lire celui-ci mais ce n’est pas encore fait… Il attend, patiemment…

    • 31 janvier 2016 , 22 h 35 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      L’ardente patience sera venir à bout de ta patience ardente quand le jour sera venu.

  5. 31 janvier 2016 , 20 h 43 min - princecranoir prend la parole ( permalien )

    Le Bison une fois de plus sur la réserve. Grâce à son flair proverbial, il y déniche une bouteille de Bourbon. Pas le meilleur des tord-boyaux mais assez puissant pour vous remettre les idées en place. Voilà que surgit alors la dégaine du sheriff, un gaillard que ma moitié a récemment suivi sur son « Steamboat ». M’est avis que je ferais bien de suivre vos conseils conjugués qui disent le plus grand bien de ce voyage au Wyoming.

    • 31 janvier 2016 , 22 h 36 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est donc que ta moitié a bon goût ! Tu devrais prendre conseil sur elle. Peut-être même qu’un jour elle te conseillera des films de Dolan ! :)

  6. 1 février 2016 , 4 h 46 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

    Calisse, tu l’as l’affaire, toé. J’ai vu le titre, le bouquin est sur mes tablettes, j’ai prévu de le lire bientôt.
    En voyant ta chronique, je me suis dit: «Lis pas ça tu suite. Tu r’viendras quand t’auras lu le bouquin». Penses-tu que j’ai pu résister?
    Je rêve des terres du Wyoming, beaucoup moins des strings d’une serveuse esseulée.

    • 1 février 2016 , 21 h 55 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu pourras revenir parler des strings de la serveuse esseulée quand tu auras lu le bouquin, toé.

  7. 1 février 2016 , 11 h 11 min - Alex-Mot-à-Mots prend la parole ( permalien )

    Une lecture qui ne m’avait pas transcendée. je n’ai d’ailleurs pas continué avec l’auteur.

    • 1 février 2016 , 11 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Transcender ne serait pas le mot non plus pour moi mais furieusement l’envie de poursuivre avec l’auteur certainement.

  8. 1 février 2016 , 11 h 51 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Aaaah, mon cri de jouissance !! Mais quand je lis « Attendre que le liquide glisse le long de ma trachée », ça me fait penser aux mémoires d’une certaine madame Claude… :lol:

    • 1 février 2016 , 21 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’aurais pensé des mémoires d’une belette dans le Wyoming…

  9. 1 février 2016 , 12 h 57 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Je n’ai jamais lu Craig Johnson, mais il est peut-être temps…

    • 1 février 2016 , 21 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Chausse tes santiags si ça ne te gêne pas de marcher dans la boue…

  10. 1 février 2016 , 21 h 52 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Tu es vraiment dans ton élément dés que sa touche à la poussière, la terre, le bourbon, les indiens, les femmes esseulées dans un jean moulant …

    Il y a pas à dire, le Wyoming te va comme un gant Bibison !

    • 1 février 2016 , 21 h 55 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      le Wyoming et les femmes esseulées dans un jean moulant :)

  11. 2 février 2016 , 0 h 36 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Tabarnak il a l’air bon ce Little Bird, ils sont forts chez Gallmeister!

    Pour oublier la bestialité du monde et purifier ton âme, faut brouter les grosses touffes d’herbe sauvages du Wyoming et te désaltérer après d’une binouze fraîche à te faire dresser les poils, hostie d’câlisse…..

    • 2 février 2016 , 8 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Grosses touffes ou petites herbes, je broute tout !

  12. 8 février 2016 , 16 h 57 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonjour le Bison, pas encore lu Little bird mais tu donnes envie. Le seul que j’ai lu et aimé, c’est Dark horse: très bien. Un écrivain intéressant. Bonne après-midi.

    • 8 février 2016 , 22 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’ai voulu commencer justement par le premier de la série. Après, j’ai tellement de retard que je ne ferai certainement pas toute l’épopée du shérif Longmire, mais au grès du vent et des bouteilles, je piocherai quelques envies de Craig Johnson.

  13. 15 février 2016 , 23 h 13 min - chinouk prend la parole ( permalien )

    MA decouverte de Craig Jonhson est prévu pour le mois prochain Yuouhou !

    • 16 février 2016 , 9 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’ai commencé par la premier, j’ai son avant-dernier en stock. Ensuite, je piocherai au grès des occasions abouties ou manquées.

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