Comment j’ai raté mes vacances [Geoff Nicholson]

Par le Bison le 23 octobre 2011

Catégorie : 4 étoiles, Europe

Il est déjà grand temps de [re]penser aux prochaines vacances, histoire de ne pas me retrouver au dépourvu. Avec de la préparation et un petit guide signé Geoff Nicholson, je vais mettre toutes les chances de mon coté pour… bien rater mes vacances.

En suivant les bons conseils de mon coach spirituel – un nommé Éric, je suis paré à toutes éventualités et c’est l’esprit serein que je pourrais organiser autour de ma petite famille chérie mes prochaines vacances au camping.

Mais avant tout, laissez-moi vous présenter ma femme, lors d’une conversation privée…

« Quand je suis rentré au camping caravaning Centre de loisirs Tralee, je suis tombé sur Kathleen plongée dans un livre. Pensant que c’était l’occasion de lancer une petite conversation littéraire, je lui ai demandé ce qu’elle lisait. Elle a tendu le volume. Il s’intitulait Orgasme canin et je n’ai eu qu’à le feuilleter pour m’ôter toute illusion sur son contenu lubrique.

« C’est de la pornographie !

- Non, c’est de l’érotisme.

- Toutes mes excuses. Voudrais-tu m’éclairer sur la différence subtile entre l’un et l’autre ?

- Sans problème. La pornographie et l’érotisme visent tous deux à exciter le lecteur mais la pornographie est masturbation alors que l’érotisme est célébration.

- Tu as la bouche pleine de grands mots.

- Oui, et j’ai envie de célébrer. »

Kathleen, c’est ma charmante épouse qui semble devenue au fil des années une obsédée sexuelle. Au départ, ses vacances idéales auraient consisté en un camp de naturistes pour célébrer la beauté de la nudité – et de son corps parfait. Moi, je n’y vois rien contre, Éric par contre ne semble pas trop apprécié. Surtout, il a l’impression qu’elle est devenue incontrôlable. Suis-je encore capable de remettre le couvert 5 fois de suite dans la nuit sans craindre un rapide épuisement ? Si je vous raconte que son principal fantasme serait de se faire prendre en même temps par deux nains, et que le lendemain de cette confession, une caravane avec 2 nains de cirques s’installent juste en face de la notre… pas la peine que je vous fasse un dessin, vous risqueriez d’être choqué.

Vraiment, par moment je ne comprends plus ma femme. Et je ne me comprends plus moi-même. Quel mâle ne souhaiterait pas avoir comme épouse une nymphomane sans tabou qui ne pense que sexe, amour et viol. Quel homme, digne de ce nom, ne serait pas honoré de satisfaire les jeux sexuels les plus extravagants de sa femelle… Quoique, par moment, le doute m’habite ; ma femme a des idées surprenantes que je qualifierai de bizarres, voir de loufoques…

Nous sommes restés longtemps sans rien dire. Entre nous, les mots sont inutiles. Nous nous comprenons.  » Et tu sais quoi ? s’est-elle exclamée après ce silence.

- Non.

- J’adorerais me faire mettre par-derrière par un Arabe bien membré qui saurait bien manier son engin. « 

Ma fille. Quelle charmante fille en pleine crise de mysticisme. Bien entendu, pour elle, les vacances idéales auraient été de partir à l’aventure dans un âshram du Népal, de communier à longueur de journée dans une longue toge orange, le crane rasé… Dois-je m’inquiéter lorsque cette dernière semble avoir été kidnappée par une bande de motards, blousons de cuir et blasons Hell’s Angels ? Une vierge pure au milieu de voyous chevauchant leurs montures, bides proéminents et canettes de bières sur le front… Le doute m’habite. Non, décidément, je ne comprend plus ma femme ni ma fille… En tant qu’homme normal, chevaucher une Harley une bière à la main avant de chevaucher une nymphette une bière à la main a tout pour me plaire, mais imaginer que la nymphette en question pourrait être ma fille et que le gars en Harley a le crane rasé une barbe rousse dégoulinante de mousse blanche avec son blouson Son’s of Anarchy et un tatouage « Je t’aime Maman » sur le biceps droit, ça devrait me faire peur…

Comme ma charmante fille a un tempérament d’artiste, je n’ai pas été surpris de la trouver sur le transat, un cahier d’esquisses sur les genoux. J’ai regardé son dessin par-dessus son épaule. Je me pique d’être amateur d’art mais je l’ai bien examiné, et longtemps, et que je sois pendu si j’ai pu deviner ce dont il s’agissait !

 » Qu’est-ce que tu as dessiné là, ma fille ? (J’avais pris exprès ce que je pensais être un ton paternel.) C’est de l’art abstrait ou quoi ?

- Ça représente l’embrasement de l’univers et les puissances rédemptrices de la souffrance. Tu ne peux pas comprendre.

- Et c’est tant mieux !  » J’avais répliqué du tac au tac mais, en le disant, j’ai regretté que le contact passe aussi mal entre nous. pourquoi blesse-t-on toujours ceux qu’on aime ?

Je n’oublie pas mon fils, en pleine crise d’adolescence. Pour lui, les vacances idéales semblent être un rapprochement vers la nature. Une activité louable, en somme… Aller à la pèche, cueillir des champignons hallucinogènes, chasser le caribou, voilà le genre de complicité entre un père et un fils que je recherche. Sauf que pour ce dernier, le retour à la nature signifie se balader dans la forêt à quatre pattes, user de grognements en guise de langage évolué, chasser et manger de la viande crue – en somme redevenir un sauvage couvert de boue et qui défèque un peu partout pour marquer son territoire… Désolé, mais c’est au-dessus de moi…

Tard le soir, j’ai rencontré mon fiston, Max, à l’autre bout du camping. Il avait tué un lapin avec une vieille catapulte à l’aspect redoutable et il était en train de le dépiauter. Il avait l’air de bien se débrouiller.

Lorsqu’il a eu fini, je lui ai parlé à cœur ouvert :  » Tu sais où tu vas, Max ? Tu aimes ce que la vie t’apporte ?

- Pas beaucoup, non.  »

J’ai songé : bon, j’ai enfin trouvé un point commun entre Max et moi.

Et je ne lui ai dit :  » Tel père, tel fils. Je suppose que tu te dis que la vie devrait t’offrir davantage.

- Exact.

- Et, comme moi, tu éprouves sans doute quelque difficulté à savoir exactement ce que ce « plus » pourrait être ?

- Pas vraiment.

- Ah bon ?

- Je veux retourner à l’état sauvage et primitif, entrer en contact direct avec mon anima.

- Je crois que j’ai du mal à te suivre, Max mon fils.

- L’atavisme, la mémoire du sang et des ossements, la connaissance du mal, le caractère inéluctable de la mort… »

Et moi, crise de la quarantaine oblige, qui voulait simplement passer une dernière fois des vacances conviviales autour d’une caravane, comme une famille dite normale, une famille qui s’aime, s’entraide et prend plaisir à se retrouver ensemble pour des jeux de société style Scrabble, des discussions futiles sur qui va faire la vaisselle ou qui a utilisé le dernier rouleau de papier toilette. Au lieu de ça, je ne perçois que haine et incompréhension de la part de mon entourage. Tous semble s’être liguer contre moi et ne parait pas apprécier à leurs justes valeurs, cette semaine de vacances en camping. Si je vous dit qu’en plus, je me suis fait agressé par une brute de flic, me suis fait violer par deux vieilles et grosses jeannettes, ai vu ma femme se faire prendre par deux nains (je sais, je l’ai déjà dit, mais c’est le genre d’image qui marque), me suis fait virer à cause d’un collègue qui n’est pas ce qu’on appellerait communément un collègue, me suis fait cambrioler et ai vu ma maison partir en fumée à cause d’un voisin trop zélé… Sacré Eric ! Il n’est pas près d’oublier de telles vacances et ce roman de Geoff NicholsonComment j’ai raté mes vacances -, totalement futile et déjanté représente une bouffée d’oxygène et de fou-rire (d’un rire souvent caustique et sarcastique). Alors, oui, par moment, le délire va un peu trop loin, et le livre pèche par ces excès, mais après tout, c’est aussi le roman idéal pour quelques jours de vacances, sans se prendre la tête, juste pour déconner, s’amuser et simplement rire de ses (més)aventures. Surtout, qui ne rêverait pas d’avoir comme épouse cette parfaite nymphomane de Kathleen…

A en mourir de rire, signé VinVin :

C’est grinçant, absurde, burlesque, exagéré, fin, délirant.

Petit aparté : Je ne sais pas encore si mes prochaines vacances seront ratées, si je partirai dans un camping 3 étoiles du Lincolnshire. Néanmoins une chose est sûre, j’ai raté mon apéro. Plus jamais de Cantillon au ranch. J’ai eu un moment de faiblesse lors d’un achat impulsif, j’avais oublié à quel point cette gueuze servie en bouteille pouvait être autant acide. Une acidité à se donner la chaire de poule et pour faire référence à la lecture du jour à se demander qui a terminé le dernier rouleau de papier toilette ? (je sais, je fais dans la finesse aujourd’hui) Alors, oui, une gueuze, pourquoi pas mais dans ce cas je préfèrerai aller la boire directement à la Grand-Place de Bruxelles, A La Mort Subite ou A La Bécasse !

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