Narcisse et Goldmund [Hermann Hesse]

Par le Bison le 13 janvier 2016

Catégorie : 4 étoiles, Europe

« L’amour et la volupté lui semblaient les seules choses capables de donner à la vie chaleur et prix. »

Après bien des années d’errance et de spiritualité douteuse, il fut un temps où mon âme et mon corps eut besoin de se recueillir dans un monastère. A l’ombre d’un grand châtaigner, les saisons défilent dans une quiétude toute particulière. Les moines prient, les enseignants enseignent et les moinillons font le mur pour se taper la gueuze au village d’à côté. C’était il y a bien longtemps, genre ère moyenâgeuse. Mais l’esprit n’ayant que faire de ces considérations  temporelles ou mystiques, il tourne les pages de ce divin bouquin, d’un auteur qu’il a appris à aimer avec parcimonie. C’est donc en m’enfermant dans ce monastère, loin de toute tentation divine, pour la boisson on utilise les vieilles méthodes à savoir soigner le mal par le vin c’est divin, que je compte me ressourcer et entretenir une discussion intime et engagée avec mon esprit. Quel état d’âme que de vouloir ainsi se flageller pour essayer de s’élever spirituellement. La tentation spiritueuse est bien trop grande, les blondes allemandes bien trop tentantes. Alors mon esprit s’égarera volontiers avec Goldmund et Narcisse. L’un sera futur moine, futur abbé, futur pape peut-être, l’autre juste un étudiant abandonné aux portes de ce monastère pour lui permettre de rentrer dans les ordres.

Mais, le vouloir ne suffit pas. Il faut y être destiné. Et Goldmund a visiblement, avec ses boucles blondes aussi dorées qu’une pinte de Paulaner, d’autres desseins. Narcisse, son maître, petit scarabée un jour tu deviendras grand, le révèle à lui. Il n’est pas fait pour les ordres. S’ensuit alors une longue errance de pauvreté, de marche, et de baise. Oui, tu as bien lu, ton esprit ne s’égare pas dans de vils fantasmes. Goldmund a la passion, celle des femmes, des grosses, des belles, des laides et des paysannes, des vierges et des peu farouches. Il les aime toutes, à part égale, et ne s’égare pas dans les détails des mensurations. Il prend son pied, avant de reprendre la route. Les seins son dessein.

« L’expérience lui apprenait que toute femme est belle et sait dispenser des joies, que la plus insignifiante, la plus méprisée, peut cacher en elle une ardeur et un dévouement inouïs, que celle dont la fraîcheur est fanée vous réserve une tendresse maternelle, mélancolique et délicieuse, que chacune a son secret et sa magie dont la découverte fait vos délices. Toutes les femmes se trouvaient ainsi égales. Quelque charme personnel compensait la jeunesse et la beauté absentes. »

Quoi ? Ce ne serait pas ça la morale de l’histoire immorale. Désolé mais je ne philosophe qu’après la seconde pinte, et comme j’ai cassé ma bouteille dans le frigo de ma cellule de méditation, je me laisse plus guidé par le cheminement de Goldmund que par la compréhension de son patrimoine familiale, à savoir que la conduite de Goldmund est due à l’absence de figure maternelle dans ses souvenirs d’enfance. Comme tout Hemann Hesse, derrière l’histoire romancée, se cache de quoi méditer sur sa propre condition et sur ses errements et ceux de ses semblables.

Parce que lorsque Goldmund multiplie les frasques sexuelles dans les étables, les chambres de domestiques ou les suites de châtelaines pubères et encore vierges pas pour longtemps, il découvre l’art. La sculpture en particulier d’une statue d’un saint dont j’ai oublié son nom entre deux seins qui illuminera son chemin. Goldmund deviendra sculpteur pour reproduire ainsi l’aura et la lumière que Narcisse a su illuminer dans sa vie et sa voie. Les seins son dessin.

« Souvent il rêvait d’un jardin, un jardin enchanté, planté d’arbres comme ceux des contes, avec des fleurs immenses, des grottes bleuâtres et profondes ; parmi les herbes brillaient les yeux étincelants de bêtes inconnues, aux branches glissaient des serpents lisses et nerveux, aux vignes et aux buissons pendaient des baies énormes, humides et brillantes, elles s’enflaient dans sa main qui les cueillaient et versaient un jus pareil à du sang, ou bien prenaient des yeux et se déplaçaient avec des mouvements langoureux et perfides ; sa main cherchait-elle une branche pour s’appuyer à un arbre, il voyait et sentait entre le tronc et la branche une touffe épaisse de cheveux emmêlés comme les poils au creux des aisselles. Une fois, il rêva de lui-même ou de son saint patron, de Goldmund-Crysostome ; il avait une bouche d’or, et de sa bouche d’or sortaient des mots et ces mots étaient une foule de petits oiseaux qui s’en allaient en voltigeant. »

Sa tâche achevée, se pose l’éternelle question du recommencement. Le chef d’œuvre terminée doit-il le pousser à s’abaisser vers d’autres basses besognes ou reprendre la route. Une question que chaque être humain se pose. Se contenter de ce que l’on a ou partir découvrir de nouveaux horizons, de nouveaux culs ou de nouvelles raisons d’aimer. La longue errance reprend son chemin, et avec elle les horreurs de la peste, de la mort, des massacres, d’une vie de bison. Ainsi va la vie humaine et ses errements bestiaux. Mais si Goldmund peut compter sur la présence de Narcisse, sur qui moi puis-je compter pour trouver ma voie ?

« Narcisse et Goldmund » ou pourquoi ne se contenter que d’une Paulaner…

Challenge Lire sous la Contrainte – Session 25, d’un livre à l’autre.

18 commentaires
  1. 14 janvier 2016 , 10 h 58 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Ha sacré Goldmund ! Oui, sacré !

  2. 14 janvier 2016 , 11 h 46 min - phil prend la parole ( permalien )

    Ahhh des seins tu nous livres de quoi contenter notre âme.
    On s’approche de la sein tétés

    • 14 janvier 2016 , 14 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Les saints seins agrémentent notre âme, pauvres hommes ou bisons, d’une pure sainteté. Et caressez notre âme, mes dames, de vos seins, feront de nous, les hommes ou bisons les plus heureux des ranchs.

  3. 14 janvier 2016 , 18 h 22 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Mais dis moi tu as une âme bien poète ce soir …
    Ton auréole brille de mille feux ! :D

    Toi rentrer dans un monastère… est ce que j’ai le droit de rire un peu ?
    Roohhh sourire alors ?
    Je plains les Carmélites ;-)

    Aaahhhh Hermann Hesse, un joli souvenir de mon adolescence. Je suis passée d’une lecture à l’eau de rose à cet écrivain sans passerelle et ce fut d’une grande violence pour moi… tu peux imaginer !

    Hermann Hesse te va comme un gant !

    Saint Bison parmi les seins … ;-)

    Casser une bouteille de Paulaner !!!!!! Sacrilège ;-)

    • 14 janvier 2016 , 19 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ton auréole brille de mille feux

      Si je puis me permettre, il n’y a pas que de mon auréole que jaillit mille feux !

      Je plains les Carmélites

      Surtout la rouquine !

      Saint Bison parmi les seins …

      A quand les tiens ? :D

      Casser une bouteille de Paulaner !!!!!! Sacrilège

      Je sais, je sais et j’ai honte et j’enrage. J’ai voulu rentrer dans les ordres pour ma pénitence.

  4. 14 janvier 2016 , 20 h 41 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    et bien dis-donc il me tente drôlement celui-ci !! De quoi me rapprocher d’Hermann et de renouer avec lui.
    C’est un drôle de challenge que celui-ci :-) Pour moi ce ne serait pas lire sous la contrainte.

    • 14 janvier 2016 , 22 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      lire sous la contrainte, c’est surtout sortir des livres de sa pal de façon totalement irrationnelle, pas parce que tu as envie de le lire ici et maintenant, mais juste parce qu’il y a cette contrainte.

  5. 14 janvier 2016 , 21 h 41 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Merci pour ta participation à mon challenge, avec un livre que je ne connais pas du tout, et merci pour ta fidélité.
    Rendez-vous dimanche pour la nouvelle contrainte.
    Bonne fin de semaine.

    • 14 janvier 2016 , 22 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un livre que je recommande pour accompagner une Paulaner, histoire de corser la contrainte.

  6. 14 janvier 2016 , 21 h 51 min - manU prend la parole ( permalien )

    Le Bison dans un monastère ! Si on m’avait dit ça… :D

    • 14 janvier 2016 , 22 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Là où il y a des saints, je suis au paradis.

  7. 15 janvier 2016 , 1 h 11 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    « il fut un temps où mon âme et mon corps eut besoin de se recueillir dans un monastère » – ptdrrrrrrr :D

    Ah y’a pas à dire, en fait de « ressourcement » ça doit le faire en tabarnak!
    Mais pour ton « errance et ta spiritualité douteuse », mdrrrrrr t’es pas mal mieux de t’ouvrir la bouche au-dessous d’un nuage de Chambly, ou ben de t’envoyer en l’air comme Goldmund dans les étables :D

    « Se contenter de ce que l’on a ou partir découvrir de nouveaux horizons » – on se pose tous la question un jour ou l’autre…

    Sein-Bison priez pour nous… ^^

    • 15 janvier 2016 , 20 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Mais quand le nuage de Chambly ne verse pas sa pluie au-dessus de mes plaines, je suis bien obligé de me réfugié dans les étables et me nourrir des seins saints.

  8. 15 janvier 2016 , 16 h 42 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Sacré Bison. Aussi à l’aise dans le spirituel que dans le spiritueux. Moi j’en suis resté au Loup des steppes, et encore ,ce fut assez difficile. Prosit!

    • 15 janvier 2016 , 20 h 20 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Prosit ! signe ainsi l’occasion de découvrir d’autres univers que ce Loup des Steppes (que je n’ai pas encore lu bien que je le traîne depuis longtemps, parce qu’il me fait un peu peur). Damian, Siddhartha, Narcisse, Goldmund, Gertrude, il y a plein de rencontres à croiser en signe de Prosit !

  9. 17 janvier 2016 , 12 h 44 min - Violette prend la parole ( permalien )

    j’ai eu ma période Hermann Hesse avec des coups de cœur pour Siddhartha et Demian… il faudrait que je m’y remette, je n’ai pas lu celui-là !

    • 17 janvier 2016 , 13 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Siddhartha et Demian, deux moments de lecture extrêmement forts à deux instants différents de ma vie.

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