La Femme Insecte [Shohei Imamura]

Par le Bison le 21 décembre 2015

De la campagne à la ville, Shohei Imamura filme le Japon du siècle dernier. Tous les grands évènements y passent, de la famine à la guerre, des révolutions étudiantes au déclin de l’empire du soleil levant. Une reconstruction qui défile sous mes yeux, presque sous l’indifférence totale de ses protagonistes.

De la campagne à la ville, Shohei Imamura filme la vie d’une jeune femme, en noir et blanc, en version restaurée. La vie n’est pas aussi mouvementée qu’un tremblement de terre dans la région ou qu’une vague déferlant sur les côtes encore sauvages, mais elle reste un témoignage important de cette époque. Ce n’est presque plus du cinéma, mais de la réalité filmée.

Cette jeune femme, née bâtarde et qui engendrera un autre bâtard, comme une malédiction ou un morceau d’ADN ancré dans les gênes familiales. Le père est absent, la mère tout autant. Délivrée à elle-même depuis son plus jeune âge, elle ne verra comme image paternelle qu’un paysan légèrement handicapé mental se substituant au père et au mari. Où est la frontière entre l’amour et le rapport incestueux, d’ailleurs avec cet être humilié des hommes et des autres femmes.

Un but, quitter la campagne pour gagner de l’argent. Elle travaillera dans une usine sous la guerre, deviendra un bon petit soldat. Mais tout a une fin, et verra rapidement que par la prostitution elle pourra gagner nettement plus. C’est le temps où les maisons de plaisir existaient encore et étaient même un lieu convivial pour les hommes qui se sentent seules et les américains démobilisés. Ah, la prostitution, une affaire en or… Fais-moi chauffer ce flacon de saké et ouvre-moi ce kimono.

Au-delà du scénario de cette jeune femme évoluant de paysanne à maquerelle, le film d’Imamura raconte une vie du siècle dernier, et du changement de sa société : l’appât de l’argent, la levée des tabous sexuels, la prise en charge de la femme qui ne compte plus sur l’homme pour vivre et qui s’élèvera socialement même sans lui, avec ses atouts et ses charmes. Un grand témoignage, donc, parfois – souvent même – austère, mais avec de nombreux bonus proposés dans cette nouvelle version du DVD, coffret de deux disques, sortie le 3 novembre 2015 et distribuée par Elephant Films.

« La Femme Insecte » [1963], un classique d’un grand réalisateur japonais, mais dont le titre me laisse perplexe. Peut-être son regard entre ethnographie et entomologie.

Merci à Elephant Films et CineTrafic pour cette nouvelle opération DVDtrafic !

14 commentaires
  1. 21 décembre 2015 , 23 h 02 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Malgré ton bémol je reste très conquise par le cinéma asiatique. Il me reste beaucoup à découvrir fort heureusement vu mon très jeune âge :D mais j’adore dans le cinéma japonais en l’occurrence leurs plans caméra. Comme ton image du haut. L’Art de ne rien montrer, ne rien dire… juste une goûte de sueur en gros plan et tout est dit.

    C’est ce que j’aime dans le cinéma.

    • 23 décembre 2015 , 12 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      le bémol vient de fait que j’aime ce cinéma asiatique mais que ce film n’est plus tout à fait du cinéma mais ressemble plus à un document filmé ethnographique :)
      Une goutte de sueur en gros plan… magnifique !

  2. 22 décembre 2015 , 0 h 24 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Je trouve que les films du Soleil-levant ont un charme incroyable. Souvent tout en pudeurs et délicatesses en opposant les sentiments ou les éléments entre douceur et brutalité. J’aime ton image de tremblement de terre justement. Aussi, j’serais curieuse de découvrir les changements de cette société, les tabous sexuels, la place des femmes comme tu dis…

    Je vois qu’il en a réalisé beaucoup! Dont « Zegen, le seigneur des bordels ». Avec un titre pareil… Faut le louer Bison! :D

    • 23 décembre 2015 , 12 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le seigneur des bordels ! Un sérieux concurrent :)

  3. 22 décembre 2015 , 8 h 38 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Je n’ai pas vu ce film de Shohei Imamura, mais j’avais beaucoup aimé :

    La Ballade de Narayama,
    Pluie noire,
    L’Anguille,
    De l’eau tiède sous un pont rouge

    • 23 décembre 2015 , 12 h 32 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’ai vu également ceux-là, ses films récents donc. Et je reste encore sous le charme de l’Anguille ou de L’eau tiède sous un pont rouge.
      Deux films magnifiques.

  4. 22 décembre 2015 , 20 h 49 min - villaseurat prend la parole ( permalien )

    Je ne connais pas ce film. Ta chronique donne envie et ce réalisateur ne m’a jamais déçu alors … J’ai dû voir tous ses derniers films. Je dirais que mes préférés sont Eijanaika et La vengeance est à moi qui contient la plus belle scène érotique du cinéma ( bien sûr, selon moi ).

    • 23 décembre 2015 , 12 h 34 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Son cinéma des années 80…
      Bizarre, le réalisateur n’a rien fait dans les années soixante-dix.
      Il est vrai que pour ma part, je l’ai découvert à la fin des années 90 avec son « Anguille » primée à Cannes.

  5. 25 décembre 2015 , 18 h 53 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je ne connais ni ce réalisateur ni ce film qui m’a l’air pour le moins…spécial ! :D

    • 26 décembre 2015 , 9 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      le réalisateur a fait de jolis films ces dernières années. Pas forcément « spécial » comme tu le dis, son « anguille » est une version policier différent de ce que l’occident peut proposer.

  6. 31 décembre 2015 , 8 h 41 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Rebonjour le Bison, je n’ai jamais entendu parler de ce film, merci pour l’info. A voir par curiosité si j’ai bien lu. Bonne journée.

    • 31 décembre 2015 , 9 h 20 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      par curiosité et intérêt ethnographique.

  7. 31 décembre 2015 , 15 h 31 min - phil prend la parole ( permalien )

    oui le titre laisse songeur. Mais quand tu vois le film, tu peux le comprendre.
    Il disseque la femme. Il nous la met sous une loupe binoculaire pour mieux l’observer. Et sa caméra est neutre voir froide.
    Et l’héroïne porte finalement une belle carapace non pour se protéger de sa vie?

    • 31 décembre 2015 , 16 h 19 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      moi je ne dissèque pas les femmes, je les déshabille juste ! :)

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