Etat d’Urgence [Bernard Lavilliers]

Par le Bison le 17 décembre 2015

Il se lève, c’est l’heure, écrase son mégot dans sa tasse de café, éteint la stéréo, éteint le lampadaire, éteint le plafonnier, éteint dans la cuisine, met la sécurité. Pour cette nuit, noire et sans lumière à force d’éteindre tous les interrupteurs de la vie, j’oublie les îles, les tropiques caribéennes sud-américaines. Ce soir, les danseuses brésiliennes peuvent se rhabiller, elles vont attraper une bronchite dans cet univers froid. Pas de danse sous la lueur étoilée de la nuit filtrée par les barreaux de ma cellule, cage noire et humide.

Un couloir, une porte, un lit, c’est la nuit. Paris est en « état d’Urgence » en cette année 1983 – comme quoi les années défilent dans cette société bestiale depuis la nuit des temps sans évoluer – et se plonge dans le noir, des idées sombres et noires qui inspirent le stéphanois. Le muscle saillant, sorti de la salle de musculation, le tee-shirt trempé de sueur, Bernard Lavilliers se la joue rock et bodybuildé et noir. Et il ne prend pas d’âge, le nanard et l’état d’Urgence.

Un store noir une porte un lit c’est l’ennui. Un monde de violence, où la mort côtoie le sexe, où  la solitude et l’univers carcéral se teintent de sueur et de violence. J’aime cette ambiance, noire, sombre où le rock coule sa sueur presqu’à chaque titre. En gros et en noir, sur les 8 titres mitonnés dans ce quartier de haute-sécurité, je prends mon pied, seul dans la lumière blanche, sur au moins 6 ou 7 titres enchainés et déchainés. C’est peu dire que le déchet est minime dans cet album, à peine une odeur de brûlée et de braise, un sax’ ténor à New-York. Je sors du taxi jaune, une femme qui avale mon sexe sans quitter le ciel, sa voix résonne dans mes veines, cette femme aux pensées verticales, aux orifices vibrants, Saignée.

Comme un hors-la-loi au gout de penthotal, j’attends l’heure sombre ou mon âme aura rendez-vous avec la lune, éclairant de son halo blafard la face de ce monde, si sombre si nique et cynique.  Es-tu prêt à mourir demain ? Cauchemar highway bad trip fumée noire. Une vamp tue au fond du couloir. La mort l’obsède, humeur funeste et triste d’un rock’n’roll pour les noctambules d’une vie d’une nuit.

Développé-couché. Les poids et les haltères valsent au-dessus des pectoraux gonflés à bloc, les biceps tirent leurs veines sur l’extérieur.  La sueur dégouline des tempes grisonnantes, parfum aigre de cette sueur sur une serviette blanche. Et des idées noires qui s’élèvent à chaque poussée. Et l’envie furieuse de crier « Je ne suis pas de votre race, je suis du clan mongol. J’ai forgé mon corps pour la casse, j’ai cassé ma voix pour le cri. ». Tout seul tu finiras. Seul avec ma musique, seul dans ma cellule intérieure, seul à New York. Seul avec Bernard et Nicoletta, la fumée de cigarette qui s’envole, les bouteilles de mezcal vides qui jonchent le sol. J’veux m’enfuir, j’veux partir, j’veux d’l'amour, du plaisir, d’la folie, du désir, j’veux pleurer et j’veux rire. Un taxi jaune, fumée bleue, sax’ ténor, la liberté saigne en vitrine. Les mots claquent, les images frappent, les accords sonnent. Plaisir incessant que de suivre les pérégrinations d’un stéphanois en Q.H.S.

Le Clan Mongol

Idées Noires

« Etat d’Urgence » [1983], seul dans la lumière blanche.

8 commentaires
  1. 18 décembre 2015 , 11 h 15 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    1983 L’année Lavilliers celle que je connais, le Lavilliers de maintenant m’est inconnu.
    J’ai récupéré 2 CD à ma médiathèque et je suis agréablement surprise de ses années américa-latina.

    Merci pour ce flash-Back …

    « Suite princière vue sur les chiottes, télé couleur… »
    De simples phrases qui me percutent en plein cœur.

    Etat d’urgence… plus que jamais !

    • 20 décembre 2015 , 10 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ses phrases percutent souvent, son phrasé aussi. C’est pour cette raison que je l’adore et que son discours reste toujours d’actualité.

  2. 18 décembre 2015 , 14 h 19 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Nostalgie, nostalgie…

    • 20 décembre 2015 , 10 h 25 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      j’aime ses anciens, nostalgie.
      j’aime ses récents, nostalgie.
      j’aime Bernard, des vieux aux nouveaux, plaisir sans nostalgie, plaisir intemporel.

  3. 20 décembre 2015 , 16 h 35 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Tabarnak! Entre ta Saignée de l’autre jour et ton État d’Urgence cinq étoiles, v’là que tu titilles mon majeur en mautadine!!! :D

    • 20 décembre 2015 , 21 h 01 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Bernard est le plus grand titilleur de majeur… moi je ne suis qu’un petit joueur à côté !

      Mautadine ! Excellent pour les oreilles chastes :) je ne connaissais pas. Tabarnak de Mautadine !!

  4. 31 décembre 2015 , 15 h 33 min - phil prend la parole ( permalien )

    j’en ai raye mon album !!!

    • 31 décembre 2015 , 16 h 24 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Laisse ton katana dans son fourreau :)

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