L’homme qui a vu l’homme [Marin Ledun]

Par le Bison le 7 décembre 2015

Catégorie : 4 étoiles, Europe

« Iban serre les dents et pense à l’angoisse d’Élea Viscaya, perdue au milieu de nulle part, à la merci de cinq types qui lui jettent de l’eau glacée sur l’entrejambe et menacent de la violer pour une guerre qui a commencé quand elle n’était même pas encore née. Une guerre bien trop sale pour elle. »

C’était dans un autre temps, je crois. Tu crois que c’est fini ? Je ne sais pas. Je me pose quelques questions. Une chose est sûre, avec les médias, rien n’est moins sûr, ils font la pluie et le beau temps suivant les commandes du gouvernement ou des tout-puissants. Je n’ai pas une confiance aveugle en ce qu’un journal, télévisé ou pas, me raconte. Certainement un peu de paranoïa. Alors qu’en est-il réellement de l’ETA de nos jours. La guerre sale est-elle vraiment terminée ? Les revendications indépendantistes abandonnées ? Les prisonniers oubliés ? Les meurtres passés sous silence ? Bref, voilà tout un tas de questions que je me pose après la lecture de ce polar estampillé prix SNCF du polar 2016. Parce qu’il est bien connu que la meilleure lecture dans un train reste le polar…

« Des hypothèses en forme de spirale se superposent dans son esprit par couches successives, avec pour point de départ un constat sans équivoque : tout le monde ment.
Pour se protéger.
Pour le fric.
Le pouvoir.
Ou les deux.
Par peur.
Par stratégie.
Pour que les baisés restent avec les baisés.
Et que l’ordre des choses ne s’inverse surtout pas. »

En quelques pages, je me retrouve plongé dans un Pays Basque noir couvert d’un rouge sang. Le prix à payer. Mais qui sont les coupables. Difficile à dire. Les membres de l’ETA, ces terroristes, les GAL, autres terroristes anti-terroristes, la Guardia Civil, la Police Française… Autant de coupables à chaque disparition suspecte, autant de rage à chaque veillée funèbre. Pour peu que le corps soit retrouvé et ne pourrisse pas dans une morgue anonymement.

Alors, pendant que la tempête Klaus dévaste la région, mobilisant toutes les forces médiatiques du Sud-Ouest, pendant qu’un trader vide les comptes des petits épargnants avec l’aval – bien entendu – de sa hiérarchie, monopolisant toutes les forces médiatiques de la France, je me prépare un cocktail fouettant ce mélange d’embruns et de montagnes à l’Izarra, un disque des Guns N’ Roses sur la platine, du temps où Axl Rose avait encore des revendications. Welcome to the Jungle. La jungle basque où les balles fusent, les explosions défigurent les voitures et les visages, les disparitions suspectes se transforment en séance de torture dans des masures abandonnés de l’arrière-pays. Prendre l’A10, sortie 21.

« Nuit blanche peuplée d’ombres noires.

Iban ne trouve le sommeil qu’au petit matin, à l’heure où l’esprit est trop las pour lutter contre les cauchemars éveillés.»

La peur se lit entre les lignes, comme si j’y étais. Se méfier de tout le monde. A qui profite le crime, la question primordiale avant de débuter toute enquête. Iban Urtiz paiera cher sa première expérience en solo de journalisme. Il pensait élever sa carrière, en sortant de l’ombre et de l’ambiance dévastatrice de cette tempête. Il ne travaille quand même pas pour France 3 région, mais sa quête va virer à l’obsession. Est-il prêt à en assumer toutes les conséquences, lorsque Jokin Sasko disparait sur une aire d’autoroute ?

La peur dans un roman. Mais encore plus froid et terrifiant de se dire que rien n’a été imaginé. Que derrière ces pages, on retrouvera le corps de Jon Anza abandonné dans une morgue toulousaine pendant des mois. Des mois de doutes, de pleurs et d’inquiétudes. Des mois où il est impossible de faire le deuil, des mois où les coupables restent libres, des mois où l’on se demande même qui sont les coupables. Mais d’ailleurs qui cela intéresse de connaître les coupables de la mort d’un membre de l’ETA de seconde zone ?

« Les paupières lourdes, il se traîne ensuite jusqu’à sa chambre et s’endort longtemps après, persuadé que des cagoulés sont planqués sous son lit pour l’égorger pendant son sommeil, mais trop crevé pour vérifier. »

De ce qui peut apparaitre à ma lorgnette non initiée au Pays Basque, Marin Ledun écrit un thriller palpitant, la violence d’un monde et d’une époque, la paranoïa dans tous les camps et les riffs électriques d’une guitare sortie de la jungle effervescente de Guns ’N Roses.

♫ Don’t you cry tonight ♪ There’s a heaven above you baby (Don’t Cry – Use Your Illusion I) et ♫ It’s a perfect crime ♪ Goddamn it it’s a perfect crime ♪ Motherfucker it’s a perfect crime ♫ (Perfect Crime – Use Your Illusion I) hurle The Cannibal Lecteur, une Despe entre les cuisses.

« L’homme qui a vu l’homme », et le Bison qui a vu l’homme qui a bu une Desperado Black.

Une opération Masse Critique du site Babelio

dans le cadre du Prix SNCF du Polar Sélection 2016.

14 commentaires
  1. 8 décembre 2015 , 7 h 53 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je l’ai repéré depuis longtemps celui-ci et j’ai lu de nombreux avis enthousiastes.
    Tu connais le Pays Basque ? C’est juste magnifique…

    • 8 décembre 2015 , 8 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je connais l’Izarra ! C’est déjà ça…

  2. 8 décembre 2015 , 10 h 29 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Je ne connais pas, mais comme toujours superbe critique…

    • 8 décembre 2015 , 10 h 36 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et la Despe Black toujours fidèle à elle-même :)

  3. 8 décembre 2015 , 11 h 11 min - Alex-Mot-à-Mots prend la parole ( permalien )

    Une lecture que j’ai trouvé éclairante sur un contexte politique particulier.

    • 8 décembre 2015 , 22 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Oui, une lecture qui permet de mieux comprendre l’ambiance dans ce Pays Basque de sang et de peur.

  4. 9 décembre 2015 , 0 h 41 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    C’est rare que je lis du thriller et coïncidence dernièrement j’en ai lu deux d’affilés dont l’un était justement un thriller politique (avec Frida Kahlo et Rivera). Mais pour revenir à ton livre de Martin Ledun, j’imagine que Welcome to the Jungle n’pouvait pas être mieux choisi par l’auteur pour représenter une jungle de sang et de violence. Je suis allée lire un peu sur cette Tempête Klaus, l’histoire de l’ETA et le contexte politique qui l’entoure, j’serais curieuse de lire ce thriller pour en apprendre plus…

    • 9 décembre 2015 , 9 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un thriller qui malgré ses enjeux politiques se lit extrêmement facilement parce qu’il parle à tout le monde et pas seulement aux initiés du Pays Basque. Mais la tempête Klaus traumatisa plus les médias et le sud-ouest que la disparition suspecte d’un membre de l’ETA…

  5. 9 décembre 2015 , 17 h 58 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Lu et apprécié !! L’homme qui a vu l’homme… et moi j’ai vu ta bière !

    • 9 décembre 2015 , 22 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je partage toujours mes bières entre 4 yeux ou 2 seins.

    • 11 décembre 2015 , 19 h 50 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

      Une bière coincée entre deux seins, c’est aussi une cravate de notaire (ou espagnole, tout dépend de l’expression) ??

    • 11 décembre 2015 , 22 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’aime bien ce coté espagnol… Pour peu qu’elle est préparée une tortilla avant…

  6. 9 décembre 2015 , 21 h 24 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Dis tu m’en veux pas si ton bouquin ne m’attire pas du tout, mais pas du tout, du tout :D

    Pas que tu racontes mal … bien au contraire… Mais les Thrillers, politico – toruturo – parano ben c’est pas mon truc ^^

    Et puis Guns N’Roses le riff est trop bruyant et la voix du chanteur trop criarde!

    Décidément je fais ma chieuse ce soir !

    En revanche je veux bien une Despé, mais tu vas me dire que la Black c’est pas pour les fillettes ^^

    ;-)

    • 9 décembre 2015 , 22 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Peur de la Guardia Civil… Tu as raison, effrayant. Mais coté thriller, un bon moment.

      La Despe Black, c’est pour les fillettes qui n’ont pas froid aux yeux. Et si tu n’aimes pas les riffs d’Axl Rose, je peux te mettre ceux de Josh Homme. Meilleurs moments en perspective…

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