Blind [Eskil Vogt]

Par le Bison le 2 décembre 2015

Ingrid, grande blonde norvégienne, un visage rare au cinéma. Cette Ellen Dorrit Petersen n’est pas vraiment une belle femme, mais elle me parait étrangement mystérieuse. Une femme qui interpelle, troublante oserai-je dire même. Mais en quoi, son regard peut-être ? ou l’étrange blondeur de ses sourcils.

Depuis qu’elle est atteinte de cécité, Ingrid vit recluse chez elle. De temps en temps, elle ouvre la fenêtre pour sentir le bruit de la ville, respirer quelques secondes la vie du dehors. Mais une fois qu’elle retrouve son fauteuil à la lumière, juste près de la fenêtre, une tasse de thé à portée de main, elle imagine.

Elle rêve, elle se fait des films, elle se raconte des histoires. De drôles d’histoires mêmes, teintées de désir, de pornographie ou de sensualité. Des envies crues, même. Eskil Vogt, habituel scénariste des films de Joachim Trier, signe un étrange film au pouvoir envoûtant et sensoriel. Tous les sens sont en émois. L’ouïe, bien entendu, est présente, quelques vinyles dans cette pièce d’une rare luminosité, les chuchotements ou les bruits que l’on entend dans une cuisine, une porte qui s’ouvre, ou un courant d’air que l’on perçoit alors que toute les fenêtres semblaient fermées. Le toucher, froid sur une table de cuisine à chercher sa tasse de thé. Chaud, sur son corps brûlant de désir et d’ardeur. La vue, presque du voyeurisme sur les fenêtres voisines, sur cet appartement incroyablement lumineux pour une aveugle qu’il en faudrait des lunettes de soleil. Et Ingrid qui passe son temps à s’écrire des histoires.

Elle imagine que son mari l’observe, sans un bruit, comme un voyeur. Que fait-il quand la porte se ferme derrière lui ? Va-t-il réellement au bureau ? Non, il doit avoir une liaison avec la jeune femme blonde qui habite la fenêtre en face de cet appartement. Il regarde des films pornos sur internet, se masturbant jusqu’à 5 fois par jours ? Il boit une bière avec un ancien camarade de fac, avant d’aller voir le dernier Star Wars ?

Et moi, dans cette histoire, encore plus voyeur et malsain, que ce mari que cette voisine que ce copain ? Je m’installe sur mon fidèle canapé marron, j’ouvre le cellophane du DVD convoité édité par KMBO éditions, sorti le 13 octobre 2015 et sort une Carlsberg du frigo. J’observe Ingrid se déshabiller, se mettre à nue devant moi et devant la fenêtre sans vis-à-vis. A moins que j’imagine tout, cette femme, cette passion, cette blondeur, parce que tout est à prendre au conditionnel. Je me perds dans la fiction ou la réalité. Impossible de faire la différence. Un film étrange comme Ingrid, et surprenant par conséquent. Car il me perturbe, il me pousse dans les retranchements de mon esprit laissé perplexe. Car entre ce que je crois et ce qui est réel, il y a deux mondes sans frontière, deux univers où je me balade sans m’apercevoir dans lequel je suis. Et c’est en cela que le film, certes difficile d’accès, devient une grande réussite. Parce que lorsque l’image d’Ingrid nue s’estompe dans un fondu noir signe de « the end », j’ai simplement envie d’appuyer de nouveau sur la touche « play » pour redécouvrir un nouveau film : un nouveau visionnage et ce qui était fictif devient réel, ce qui était réel devient fictif, l’imagination emporte l’esprit, je deviens encore plus perturbé par l’étrangeté des sens, une Ingrid jeune, une Ingrid actuelle, un mari, une voisine ou est-ce l’image d’elle-même qu’elle se projette, un ami ou est-ce l’image de son mari qu’elle renvoie à ses désirs… Ingrid est aveugle et perturbée… et moi donc… Heureusement, il me reste la vue de ce corps nue de ce visage de cette blondeur norvégienne…

« Blind » [2015], une expérience sensorielle.

Merci à KMBO éditions et CineTrafic pour cette nouvelle opération DVDtrafic !

16 commentaires
  1. 3 décembre 2015 , 8 h 15 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Question rose !
    Tu sais à qui fait référence cette photo ? A quel photographe et quelle star ?
    You loose ??? :D

    Voilà un film que j’aimerai beaucoup voir, et puis ta façon de nous en parler est carrément une prise d’otages !
    A la fois délicieux et délicat ! Comme si on regardait par le trou de la serrure !
    Je ne connais pas le cinéma norvégien.

    Et puis tu à raison, cette blondeur norvégienne est hypnotique !

    • 3 décembre 2015 , 8 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je ne connais pas le cinéma norvégien.

      Je m’y connais autant en cinéma norvégien qu’en musique norvégienne, c’est à dire pas grand-chose.

      Question rose !

      Je ne fais pas les questions roses !

      cette blondeur norvégienne est hypnotique !

      Hypnotique et et dérangeante et captivante et étrange.

    • 3 décembre 2015 , 14 h 35 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Sinon… après deux bouteilles de rhums, bien meilleures que la Carlsberg, tu ne penserais pas à cette photo de Bert Stern ? :)

    • 3 décembre 2015 , 18 h 21 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Oui c’est exactement ça… finalement tu as de la culture en question rose ;-)

      Tu me fais trop rire :D

    • 25 février 2016 , 17 h 23 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Quand j’ai vu ce CD je me suis souvenue de ton billet et j’ai sauté dessus.
      Wahou !
      Tu vois c’est exactement ce que j’aime dans le cinéma.
      Une ambiance lourde et parfois de malaise
      On ne sait pas où l’histoire va nous mener.
      Un vrai kaléidoscope à la fois érotique, dramatique, Romantique … ique … où se mêle suspens…
      J’ai adoré !
      J’étais carrément dans sa tête et j’arrivai presque à ressentir son mal être, sa profonde solitude.

      Un peu comme toi (je viens de relire ce billet) je me perdais entre SA fiction et Sa réalité et puis Hop elle revenait me pêcher pour que je puisse reprendre le fil de son l’histoire et de sa vie.

      J’en veux encore du cinéma comme ça.

      4 étoiles pffffffttt, je rajoute la 5ème !

    • 26 février 2016 , 9 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Kaléidoscope, c’est joli pour définir un film. Voilà, j’ai été voir un film kaléidoscopique. Ce film a quelque chose, une ambiance et je ne regrette pas ce choix chez CineTrafic, l’occasion de partir à la découverte d’autres horizons cinématographiques. Bon je t’accorde une demi-étoile supplémentaire. 4.5, cela te convient ?!

  2. 3 décembre 2015 , 8 h 27 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Là tu me donnes des idées…d’essayer de voir ce film. Beaucoup aimé Oslo,31 août, de Joachim Trier.

    • 3 décembre 2015 , 8 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il est vrai que ce Oslo, 31 août fut un sacrée bon film.

  3. 3 décembre 2015 , 8 h 54 min - Goran prend la parole ( permalien )

    Tu m’as donné envie…

    • 3 décembre 2015 , 9 h 51 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      La Carlsberg n’est pas la meilleure bière mais c’est la seule blonde norvégienne qui me venait à l’esprit.

  4. 3 décembre 2015 , 15 h 10 min - manU prend la parole ( permalien )

    « Il regarde des films pornos sur internet, se masturbant jusqu’à 5 fois par jours ? Il boit une bière avec un ancien camarade de fac, avant d’aller voir le dernier Star Wars ? »

    Ça sent le vécu !! :D

    • 3 décembre 2015 , 15 h 23 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je crois que je n’ai jamais du aller voir un Star Wars au ciné !
      Cela te va comme réponse ? :)

  5. 3 décembre 2015 , 17 h 28 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    « The » canapé marron en a du milage hostie d’câlisse! Il en est certainement pas à la première rousse, blonde, brune à s’allonger dessus! Et dis-moi pas que c’est une Norvégienne, aveugle ou non, qui t’empêchera d’user de ton imagination et de ton majeur pour lire le braille sur son corps nu… tabarnak!

    • 3 décembre 2015 , 22 h 23 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Peut-être que the canapé en a vu, mais ce fut ses premières fesses blondes d’une norvégienne troublante :)

  6. 3 décembre 2015 , 18 h 05 min - princecranoir prend la parole ( permalien )

    Le Bison vire au blond scandinave. Cette prose inspirée fait affleurer ce que le clip de Ought laisse entrevoir. J’ai bien failli moi-aussi aller tester la norvégienne à tâtons. J’ai finalement opté pour d’autres tentations.

    • 3 décembre 2015 , 22 h 05 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Les tentations étaient grandes et un bison ne résiste pas longtemps aux blondes norvégiennes :)

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