Demande, et tu recevras [Sam Lipsyte]

Par le Bison le 1 juillet 2016

Il y a des romans qui te mettent tout de suite en confiance, non pas à cause d’un super flic aux dents longues, d’un super héros à la carrure carrée, d’un baiseur fou à la bite grosse. Ici, pas de superlatif, un type comme toi ou moi dans un boulot de merde – comprendre pas très valorisant, dans une université de merde – sans relief et sans prestige. Et en plus, le gars trouve le moyen de se faire virer. Je l’adore, ce type il me ressemble. Milo Burke.

« J’étais le crétin qui s’apitoyait sur son sort, celui qui avait toujours un train de retard. »

Alors, oui, il déprime, un peu paumé tout de même. Mais c’est à l’image de son Amérique. Elle a perdu depuis bien longtemps sa luminescence d’antan. Qui rêve encore de cette Amérique. Ça ne fait plus bander l’Amérique ! Et ces pauvres types qui plantent un drapeau américain sur leur porte dès qu’un avion se crashe ou qu’une tour s’effondre… Mais qu’on me laisse baiser tranquille, qu’on me laisse chier tranquille. Merde ! Ici, c’est le coin des paumés, alors si tu veux boire un verre avec moi, paye ta tournée, l’ami !

Pourtant, Milo, c’est un bon père de famille. Un papa poule pas très virile avec sa bedaine mais qui ferait tout pour son fils. Il manque d’ambition ? Si l’ambition, c’est juste devenir plus riche que son voisin et l’écraser comme une merde… A quoi bon, en fait. Il ne pourra jamais se taper cette nana, aussi belle qu’un mannequin, aussi plantureuse qu’une marchande de melons sur le bord de la route, aussi bonne suceuse qu’une pute dans les films d’Almodovar. D’ailleurs, est-ce qu’il en a réellement envie, tout au fond de lui-même. Je te l’ai dit, c’est un paumé et ce genre de paumé ne se pose même pas cette question tant la réponse parait évidente.

« Je passai la matinée à rêvasser, alternant entre pauses-café et pause caca. »

La vie de Milo est remplie de satire sociale et d’ironie mordante. Du genre à mordre dans un wrap dégoulinant de mayonnaise ou dans le cul de sa patronne avec des seins qui débordent de son soutien-gorge en dentelles bordeaux. Si elle avait des origines espagnoles, je saurai quoi faire de ma bite et de ses miches mais ma décence m’interdit d’évoquer devant des inconnus mes fantasmes les plus purs. Mais où va donc l’Amérique si toute action se réduit à la baise et si ses habitants ne sont que des putes ou des cirrhosés.

Et après tout, si tu as juste envie de te gratter le cul pendant que tu lis mon intimité, ou mes déblatérations, je suis qui pour te juger. Fais-toi plaisir, renifle tes doigts et savoure ce parfum littéraire aux relents de bile et d’eau sauvage. Fais-moi confiance, oublie la grandeur de l’Amérique et vote pour la déchéance humaine, seule fin acceptable avant d’atteindre le nirvana jouissif d’une mort annoncée dans l’anonymat le plus complet et le crachat de ses collègues.

« L’Amérique n’était plus qu’une vieille mère maquerelle en fin de vie. Qu’était donc devenue cette grande nation qui avait pris d’assaut les plages de Normandie, fait la nique aux Soviets et inondé les marchés émergents d’une génération pleine de promesses ? A présent cirrhotique et édentée, la grand-mère patrie sifflait sa pinte de Mad Dog seule au fond du bar, fixant le vide de ses yeux jaunâtres et humides. »

« Demande, et tu recevras » une giclée de sperme entre tes fesses, une coulée de Bud entre tes seins.

14 commentaires
  1. 1 juillet 2016 , 23 h 31 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

    Vote pour la déchéance humaine! Un roman que je ne veux pas manquer. Et une maison d’édition d’une valeur inestimable.
    J’ignorai qu’il y avait de la Bud par chez vous!

    • 2 juillet 2016 , 12 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Malheureusement, il y a de la Bud partout !

  2. 2 juillet 2016 , 7 h 55 min - manU prend la parole ( permalien )

    Tiens, ça me rappelle Alcoolique, publié aussi chez Monsieur Toussaint Louverture…

    • 2 juillet 2016 , 12 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Alcoolique ? Je ne le connais pas. Je ne sais pas si c’est mon genre de littérature…

  3. 2 juillet 2016 , 12 h 49 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je parle au niveau de l’ambiance mais c’est un roman graphique par contre :

    http://bouquins-de-poches-en-poches.blogspot.fr/2016/01/alcoolique-jonathan-ames-dean-haspiel.html

    • 2 juillet 2016 , 14 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      mais je n’ai toujours pas investi dans la dodge !
      :)

  4. 3 juillet 2016 , 11 h 35 min - pirouette prend la parole ( permalien )

    Un livre à lire quand on est en forme bison, pas quand on est triste, ou bien ?

  5. 3 juillet 2016 , 19 h 52 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Oh mon dieu, comment tu résume le roman… Une coulée de sperme entre tes fesses… On devrait l’imprimer sur un bandeau-titre !

    Si le mec a une grosse bite, en plus. Bon, je vais essayer de me procurer ce roman. Il y a des illustrations, sinon ?? :roll:

    • 4 juillet 2016 , 9 h 23 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pas besoin d’illustrations, tu pratiques, point final !

  6. 4 juillet 2016 , 12 h 16 min - jerome prend la parole ( permalien )

    Toujours pas lu mais forcément, il passera par moi un jour ou l’autre celui-là !

    • 4 juillet 2016 , 22 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Forcément, une évidence, un livre comme ça.

  7. 5 juillet 2016 , 0 h 09 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    J’me dis que ce Milo il doit tous un peu nous ressembler. Il y a d’quoi se noyer avec le rêve américain au fond d’une Bud, une énorme pierre attachée à la cheville pour s’assurer de couler à pic… Un livre puissant en tabarrnak, j’en suis certaine…

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