Flash [Charles Duchaussois]

Par le Bison le 22 novembre 2015

Catégorie : 5 étoiles, Europe

« Flash, en anglais, cela veut dire : éclair.

Pour un drogué, cela veut dire : spasme.

Le flash, c’est ce qui se passe dans le corps d’un drogué quand, poussée par le piston de la seringue, la drogue entre dans ses veines.

Ça a la violence de l’éclair et l’intensité du spasme amoureux. »

1969. Une éternité, une autre époque. Le pouvoir des fleurs sur tous les sourires, le temps des hippies et de l’amour libre, le sac-à-dos à l’aventure et la découverte d’un nouveau voyage, intérieur celui-là. Les pages jaunies par le temps, le soleil et la fumée du haschich. Charles Duchaussois et son autobiographie, après son retour en enfer. FLASH !

D’enfer, à posteriori ; Katmandou c’est avant tout le paradis, un lieu de rencontres et d’échanges où la drogue se prend en toute légalité. Petit loubard de pacotille, quelques chèques en bois et arnaques en tout genre, voilà notre Charles qui s’en va en vadrouille pour le Liban. Le soleil brunit sa peau et il découvre le haschisch, sa culture et ses effets. Il s’en fait expert même et tente de monter sa petite affaire. Et puis, la traversée de la Turquie, de l’Iran, du Pakistan, il veut faire son tour du monde en découvrant en plus toutes les espèces de haschichs. Et plus il s’enfonce vers l’Orient, plus il découvre la qualité. Si au début, il vouait les mérites de la libanaise, il changera vite d’idée avec la pakistanaise. Et puis, une fille, et le voilà en route vers le Népal et sa capitale où fleurissent autant les hippies que les nombreuses variétés de cannabis. Loin d’être hippie, il s’accommode pourtant si bien de cet esprit libertaire, de cette envie de partage, de ces shiloms qui tournent dans une pièce noire, sale et enfumée. Il a trouvé son lieu de repos. Il s’allonge au milieu de la crasse et des rats et découvre les premiers junkies, des êtres qui ont perdus jusqu’à leur âme dans le regard.

« Le haschisch, à côté de l’opium, c’est du bouillon de légumes à côté du cognac. »

Il est si bien là-bas, roi du monde, maître de son destin. Il fume, il fume et l’atmosphère est si enchanteresse au pied de la grandeur de ces montagnes, apologie du haschich, les éléphants sont roses et il est temps de gouter à l’opium, ce parfum si délicat de l’Orient. L’envie de ne rien faire, ni l’amour ni la sieste, juste respirer cet air, à plein poumon. Il n’entre même pas en communion avec les âmes des ancêtres, non, il est juste là, dans cette arrière-boutique ; allongé, il fume…

« Le garrot étrangle mon biceps et sa dure poigne m’est délicieuse.

Je vois l’aiguille s’avancer. Elle entre dans mes chairs. La pointe fouaille un peu la veine gonflée. Que cette petite douleur aigüe est douce ! J’en tremble de bonheur. »

Et puis après l’opium vint la seringue. Fatidique, il sait à l’avance la tournure des évènements, mais ne peut pas lutter. Ce n’est pas un manque de volonté mais une évidence. Parce qu’il en connait la dépendance et sait ce qu’adviendra sa vie une fois que la seringue rentre au contact de sa veine gonflée, que le liquide se dilue dans son sang, qu’une petite étincelle jaillit du feu de ses pupilles. Le bonheur éclate au rythme de ses veines. Intensité jouissive mentale. Les éléphants deviennent roses quand flotte une atmosphère légère d’insouciance et de perdition. Une mort à petits feux. Loin de l’apologie de la drogue, au final. Dépendance extrême, image crue de mort et d’absence totale d’espoir. Rester allongé, se piquer, allongé, piqué, allongé. Je deviens loque humaine. Je parce que je suis si pris par le récit que je me substitue à Charles, Charlie ou Charlot. Je sens cette mort survenir. Je sens cette envie de monter vers les neiges éternelles et d’en finir. Une dernière dose, massive dans les veines. Pour la beauté du geste. Pour la beauté du lieu. Mais il s’en sort. Il redescend. Il survit. Il écrit. Il s’en est sorti là où tant en sont morts. Un livre est sorti, carnets de bord sur la route du haschisch, de l’opium et de la cocaïne. Carnets de route vers Katmandou, paradis terrestre de 1969. Le flash d’une vie. Qu’es-tu devenu, Charles Duchaussoy ? Que lire après cette expérience entre douleur et fascination ? Un grand voyage où l’appareil photo sert à refourguer contre une dose, et où il est impossible de ressortir indemne. Flash, le grand voyage vers la déchéance.

« La moitié de la seringue est à peine vidée dans ma veine que déjà le flash est en moi, que quelque chose de très étrange se produit.

Un énorme, un délectable pincement envahit tous les nerfs de mon corps.

En même temps, des picotements m’ont pris. Aux extrémités et aux muqueuses.

Mes doigts de pieds, mes doigts de mains se mettent à me piquer, ainsi que ma bouche et mon anus.

En même temps, j’ai subitement chaud, très chaud.

Cela a duré quelques secondes, une vingtaine peut-être, mais cela me laisse pantelant, la tête qui tourne, une lassitude merveilleuse dans tous le corps. »

« Flash » ou le grand delirium tremens.

8 commentaires
  1. 23 novembre 2015 , 0 h 05 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    J’aime beaucoup les autobiographies surtout quand elles racontent des chemins de vie à la dure. Je me dis que de l’écrire ce doit être déjà une façon de s’en affranchir. Un grand voyage autour du monde jusqu’au centre de soi-même, c’est beau et fort…

    Pouahhhhhh 1969, « une éternité, une autre époque » mdrrrrrrr

    Focus de Pink Floyd, un tabarnak de choix musical que j’imagine bien pour accompagner cette lecture! :D

    • 23 novembre 2015 , 13 h 45 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      69, une autre époque ? Non pour moi, 69 c’est encore maintenant !

  2. 23 novembre 2015 , 11 h 51 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Un très grand souvenir de lecture pour mes 20 ans c’est te dire si c’est vieux. Mais je me souviens d’avoir été happé par son histoire et être vraiment rentrée dans son FLASH et de comprendre le vertige sans fond de cette addiction.

    Pink Floyd tu ne pouvais choisir mieux… Une Epoque !

    • 23 novembre 2015 , 13 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est sur que même 15 ans après sa lecture, on ne peut oublier cet univers-là. Les images et les tripes y sont gravées presque à tout jamais…

  3. 26 novembre 2015 , 10 h 10 min - manU prend la parole ( permalien )

    Encore un qu’il faut que je fasse remonter des profondeurs abyssales de ma PAL si je comprends bien !!

    • 26 novembre 2015 , 10 h 50 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ça s’impose même ! Et n’oublie pas de remplir ta seringue de cognac !

  4. 29 novembre 2015 , 21 h 19 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Je me souviens l’avoir lu il y a très longtemps. J’avais beaucoup aimé. Je l’ai prêté à quelqu’un qui ne me l’a jamais rendu !
    Bonne semaine.

    • 29 novembre 2015 , 22 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il a peut-être bien fait. C’est des romans qui marquent et qu’il est difficile de s’en séparer :-)

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