Alternative Rock

Par le Bison le 12 novembre 2015

J’ai remis à plat mon existence. Aujourd’hui, j’arrête les clopes. Demain, j’arrête l’alcool. Après-demain, j’arrête les clopes. Oublie l’alcool, le réveil sonne la tête dans le cul, la bringue de la veille à te foutre la nausée. Tout avait pourtant bien commencé dans cette piaule abandonnée. Des caisses de bières laissées pour mon compte, une vieille platine disque. Un vinyle sous la poussière. Je souffle dessus, lâche le diamant, la musique abonde dans la moiteur exigüe et la puanteur de cette chambre. Quatre garçons dans le vent. Mais… mais… ce ne sont pas les accords originaux. Un album qui ressemble à deux gouttes de whisky à « Let it Be », sauf qu’aucun Islay ne ressemble à un autre Islay, aucun Speyside à un autre Speyside… Mais d’où sort cet album, d’une autre dimension. Musique de générique, si fidèle à mon enfance, les images en noir et blanc. Je rentre dans la quatrième dimension. Une dimension où les albums des Beatles ne sont pas tout à fait les mêmes albums que ceux de mon habituelle dimension. Faut-il vraiment que j’arrête la tourbe dans mon verre.

Le temps de m’en resservir un, de mettre un caleçon propre, et descendre dans la rue pour aller m’acheter un paquet de Marlboro, le cowboy solitaire qui chevauche les plaines à la recherche de sa propre solitude et de son profond bien-être. Personne, pas un chat, noir ou gris, dans les rues, ni même dans la laverie automatique. Deux pièces dans la machine, mon caleçon à laver, programme délicat. Un bus s’arrête, un type plus vieux et plus gros, dans un costume presque grotesque, blanc avec des franges, une banane à la Dick Rivers. Je reconnais ce gars-là, il s’appelle Elvis dans mon inconscient, mais que fait-il ici, dans ce trou du cul du monde et du Minnesota. Un congrès sans fan. Tristesse d’un déchu devenu vieux et gros. C’est la vie, ma putain de vie. Un homme qui vieillit, même avec une guitare, cela change la vision du rock’n’roll. Et quand je rencontre Janis et Jim en coulisses, je me dis qu’il est temps que je change de dimension.

« Le temps d’atteindre la station de métro la plus proche puis d’aller jusqu’à Ladbroke Grove, Mo n’en pouvait plus. Trop d’images l’assaillaient : Jimi jouant Hey, Joe ! la première fois qu’il l’avait vu à la télé (il allait encore à l’école, à l’époque) ; Jimi à Woodstock, à des festivals et des concerts dans tout le pays ; Jimi avec ses grands chapeaux à plumes, ses chemises multicolores extravagantes, ses doigts lesté de bagues, qui martyrisait sa Strato blanche, la levait au-dessus de sa tête, pinçait les cordes avec ses dents, la fourrait entre ses jambes écartées, la faisait pleurer, vagir et palpiter, obtenant bien plus d’une guitare que personne avant lui. Lui seul pouvait leur donner vie, les transformer en créatures organiques, à la fois pénis, femme, cheval et serpent.  Mo jeta un coup d’œil à ses bras, mais les reptiles se tenaient tranquilles. Le soleil se couchait quand il prit Lancaster Road, plus par habitude que dans une but précis. Il avait à présent une autre image à l’esprit, celle de Jimi en voleur d’âme qui s’alimentait de la force vitale des spectateurs. De martyr, Jimi se métamorphosa en vampire. Mo sut qu’il devenait complètement parano et qu’il devait se trouver des amphés au plus vite. »

La peau grisâtre, comme sorti d’un tombeau de Toutankhamon. Les bandelettes qui pendent encore de sa veste à franges. Le regard perdu, l’œil droit hagard, le gauche je ne t’en parle même pas. Un trou perdu de la campagne anglaise, mon Westfalia naviguant de pubs en distilleries. J’hésite à m’arrêter sur le bord de la route et prendre ce zombi, pouce levé, guitare dans le dos. Après-tout, il pourra me décapsuler les canettes lorsque je serai au volant. Derrière ce type, pourtant, une nuée de serpents qui glissent entre ses jambes. Putain d’hallucinations morbides. Il s’installe à l’arrière, à deux doigts de chialer comme une madeleine ou pire une gonzesse romantique. Pourtant, il n’est pas seul, j’ai la vision d’une nuée de groupies suivies par une nuée de roadies déambulant dans la fraicheur brumeuse londonienne d’une nuit parsemée d’étoiles. Arrêt dans un bar, je demande un verre d’anis étoilé au comptoir. Les serpents glissent entre les tabourets et les flaques de bière éventée. Je vais aux chiottes, une piqure, je respire, les serpents fuient dans leur nid, je reprends la route, sans zombi. Juste une musique dans la tête, ou dans le haut-parleur de ma caisse, une vieille cassette de Jimi.

Noctenbule avoue avoir une furieuse envie d’écouter à fond Jimi Hendrix, de chanter yaourt sur les Beatles et de se déhancher sur la voie d’Elvis Presley… Cela mérite donc qu’on appuie sur Play le lecteur CD, disque rock’n’roll et volume à fond, comme dans le temps où j’étais jeune et une certaine insouciance pour le bien-être de mes tympans. Des grands noms de la SF anglo-saxonne, des spécialistes de la dystopie ou autre fantasy fantastique comme Michael Moorcock, Walter Jon Williams, Michael Swanwick, Ian R. MacLeod ou autre Stephen Baxter. Le déhanché n’est pas mon fort, les Beatles pas trop mon truc, mais c’était avec une certaine curiosité de voir se mélanger la SF avec le bon vieux rock’n’roll que j’ai entamé ce recueil de nouvelles dans un monde qui n’est pas tout à fait le mien. Et s’il ne faut pas avoir de connaissances ardues dans la SF pour partager ces mondes-là proposés par de grands auteurs fictionnels, il vaut mieux avoir une bonne base en matière de scarabées ou de garçons dans le vent. Ce qui m’a profondément manqué, notamment dans la première histoire, le 12ème album des Beatles qui n’aurait jamais été produit dans notre monde à nous, moi qui ne pensait que les Beatles n’étaient l’auteur que d’un seul album, le Sergent Pepper’s Lonely Heart Club Band, seul album à survivre dans ma dimension propre. Par contre, le Elvis perdu dans un bled perdu du Minnesota ou le Jimi Hendrix revenu des morts, là ça en jette plus à mes yeux et mes esgourdes.

«Alternative Rock », Et si John Lennon avait quitté le groupe avant la folie des Beatles ?

12 commentaires
  1. 13 novembre 2015 , 1 h 25 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Jimi à Woodstock, le rêve! C’était les belles années de la musique, j’en aurais fait des kilomètres dans mon Westfalia chaussée de mes gougounes pour l’entendre chanter Voodoo Child, Dolly Dagger ou Freedom au festival de Woodstock!

    M’a l’air assez « fucké » ce livre! Il semble t’avoir fait quand même voyager dans un univers musical de haut niveau, c’est déjà beaucoup. Je retiens que si j’le lis un jour, il me faudra un paquet de Marlboro, des bobettes propres, un Islay ou Speyside, selon l’humeur et l’envie et des trucs assez forts pour halluciner. C’est pas une mince affaire, tabarnak!

    C’est toujours bon d’écouter ce Voodoo Child de 69. 69, année érotique… :D

    • 13 novembre 2015 , 9 h 02 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quand on croise la route des Hendrix, Joplin, Morrison, The King même bouffi, cela impose un parcours musical hallucinant. Mais il faut quand même être assez pointu en scarabées pour rentrer à fond dans certaines de leurs histoires.

  2. 13 novembre 2015 , 8 h 18 min - Noctenbule prend la parole ( permalien )

    et oui pas besoin d’être adepte de la SF pour aimer ce livre :)
    Je suis contente qu’il t’a donné envie d’écouter de la musique et qu’il t’a fait voyager dans des ailleurs musical :)

    • 13 novembre 2015 , 9 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Musicalement, j’en connais un peu plus sur les quatre garçons dans le vent qui était cinq. Mais j’ai préféré nettement plus les nouvelles du King dans le Minnesota ou Jimi revenu des morts.

  3. 13 novembre 2015 , 17 h 37 min - phil prend la parole ( permalien )

    Les Beat-Beat c’est pas ma cam
    Mais le Laphroaig oui !!!

    • 13 novembre 2015 , 22 h 25 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un verre de Laphroaig et Jimi, même mort, surtout mort, à la guitare, ça doit quand même bien le faire.

  4. 13 novembre 2015 , 21 h 46 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Les Beatles ne m’ont jamais fait rêver !
    Quand à Hendrix, je peux plus me le voir en peinture après l’avoir eu en poster dans ma chambre (imposé par ma sœur) !!!!!!!
    Rahhhhhhh j’en ai des boutons dès que j’entends sa guitare.

    Et puis j’ai jamais bu de Laphroaig non plus !

    Décidément j’suis pas une bonne cliente ce soir !

    :(

    Love me tender, love me sweet …

    • 13 novembre 2015 , 22 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Une sale soirée pour toi. :-( ;-)
      Faudra remédier à ça, pas les Beatles, ni même un Hendrix, mais pour le Laphroaig, il reste un petit espoir.

  5. 14 novembre 2015 , 14 h 03 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    J’suis contente que t’aies enfilé un slip propre, moi… :P

    • 14 novembre 2015 , 15 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quand il tient tout seul, c’est qu’il est temps de le laver.

    • 15 novembre 2015 , 18 h 47 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

      Et je suppose que pour l’enfiler, tu mets les taches jaune devant et les taches brunes derrière… :lol:

    • 15 novembre 2015 , 20 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      camouflage jungle !

Ajouter un commentaire

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS