L’amygdalite de Tarzan [Alfredo Bryce-Echenique]

Par le Bison le 9 novembre 2015

J’imagine qu’en lisant le titre tu t’attends à ce que je te parle de Tarzan, et de sa façon de se frapper le torse, aux pectoraux saillants et aux abdominaux sculptés par des années de pratique intensive du saut de lianes en lianes, en beuglant, à qui veut bien l’entendre, l’appel de la forêt à moins que cela soit quelques insanités sud-américaines à destinations des lionnes en chaleur. Mais pas ce soir. Tarzan a une amygdalite et au milieu de la forêt vierge d’Amazonie semble aussi perdu qu’un morpion dans la jungle pas si vierge d’une amazone. La faute aux femmes. A une femme en particulier, Fernanda Maria de la Trinidad des Monte Montes. Selon les humeurs de mon écriture ou de celles de l’auteur, Alfredo Bryce-Echenique, ou de celles du narrateur, Juan Manuel Carpio, cette jeune femme aussi belle que salvadorienne écourtera son nom en Fernanda Maria, Fernanda Mia, Fernanda Tuya ou encore plus simplement Mia ou Tuya. Suivant les envies de chacun.

« J’étais tombé amoureux d’elle, de sa peau de pêche bronzée toute l’année, de sa silhouette à vous réveiller un mort, de sa longue et rousse chevelure, de ses sourcils et de ses yeux très noirs à Lima, un soir où je chantais dans une fête de l’université catholique où elle était « Miss Faculté », ou quelque chose comme ça, et moi une sorte de Nat King Cole en espagnol, et à force de viens plus près de moi, plus près, plus près encore, je finis par tant la rapprocher de moi que je n’ai pas encore réussi à l’écarter complètement, bien que plus de mille ans, bien plus encore aient passé depuis ce temps-là, ce qui fait que je crois pouvoir répondre à l’auteur de ce boléro que oui, il semble bien que l’amour existe dans l’éternité. »

Un regard suffit à reconnaitre cet amour dans les yeux, tu sais ce pétillement du regard quand la femme baisse ses yeux sur le sexe de son homme ou celui de l’homme quand il retourne sa femme. Tarzan ou Tarzane, Juan ou Jane, faisons l’amour comme nous l’ont appris les singes. Un regard, donc, mais une destinée différente. Des impératifs, des voyages, que d’occasions manqués de se retrouver, de se serrer dans les bras, de se tenir la main sur un banc de la ciudad ou à l’écart. Que de rendez-vous perdus et de temps distillés à faire autre chose qu’à prodiguer leur amour sous les draps froissés d’une chambre d’hôtel à Lima, à Los Angeles, à Majorque ou à San Salvador. Si tu vas à San Salvador, va voir la femme qui sait lire entre les yeux du sort…

Donc au lieu de consommer leur amour, ces deux-là vont entamer une longue correspondance, très longue même, sur dix ans, sur vingt ans, sur une vie, sans jamais ou presque se retrouver, sans jamais ou presque s’assembler. Peur certainement de ce désir trop intense, peur de changer leurs histoires respectives.

« Juan Manuel Carpio, mon amour,

Fatiguée et sans entrain, j’ai marché dans les rues. Un musicien aveugle jouait ‘A kiss is just a kiss’. Le soleil a semblé vouloir se montrer. Et surtout on sent que les rues sont tristes. Ta présence si tendre, si attentive, si patiente me manque terriblement. Alors je suis entrée dans un café pour être avec toi, comme tu as toujours été, comme jamais tu n’as été, comme tu es et comme tu seras.

Ça me déplait de commencer cette correspondance, parce que la correspondance, c’est de la distance et que les mots sont des misérables qui dès qu’on n’y prend garde s’emparent de la situation. Des puissants de merde, qui nous enveloppent. Comme j’aimerais être plutôt enveloppée par ta belle et douce présence d’amour. Dans la simplicité et la gaucherie d’une tasse de café au petit matin.

Je t’aime, tu me manques, je me sens mal, je te serre dans mes bras, je t’adore,

Ta Fernanda. »

Des lettres qui feront le bonheur de l’aviation postale, Tarzan et sa Jane se retrouvent à des latitudes opposées, des heures de longitudes incalculables, et des envois incertains, d’une case à l’autre, d’une chambre à l’autre, d’une dictature aux autres. Comme l’Amérique du Sud aime ses dictatures… Elles foisonnent… Ces lettres aussi. Et cela me semble bien triste, non pas ses dictatures qui peuplent ces latitudes, mais cette incapacité à voir Mia ou Tuya former un vrai couple avec Juan. D’autant plus rageant même que Tarzan a une amygdalite.

« Et tu n’ignores pas tout ce qu’une amygdalite peut avoir comme conséquences pour Tarzan en pleine forêt vierge : de se faire dévorer par un lion jusqu’à perdre à tout jamais un honneur, une fierté et des convictions jusque-là très fermes. »

A lire la version grain de folie, nostalgie et exubérance d’un voyage au fil des pages.

« L’amygdalite de Tarzan », Ooooh Oooooooooooooh Ooooh Oooh.

23 commentaires
  1. 10 novembre 2015 , 7 h 17 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Olé ! Originale cette histoire. J’espère qu’ils ont fini pas se retrouver car c’est un peu frustrant sinon.

    • 10 novembre 2015 , 8 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ce roman n’est que frustration et Tarzan ne peut même pas le crier à cause de son amygdalite.

  2. 10 novembre 2015 , 18 h 35 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Malgré ton bémol (3 étoiles) il me tente bien ce livre … Deux êtres qui se croisent et se manquent. Hélas, la vie est pleines de rendez-vous manqués …

    Je ne sais pas si cela à une importance mais « Mia » en espagnol signifie « mienne » et Tuya signifie « tienne » .

    Et va te couvrir, il fait froid, tu vas attraper une amygdalite à crier tout nu dans la rue ;-)

    Moa Jane ;-)

    Rahhhhh j’étais fan de Johnny Weissmuller quand j’étais toute petite ! Le plus beau des tarzans de tous les temps !

    • 10 novembre 2015 , 22 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et moi qui croyais que c’était Christophe Lambert le plus beau de tous les tarzans !

      Et puis je suis pas tout nu, j’ai une feuille de bananier pour me couvrir.

    • 11 novembre 2015 , 2 h 30 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Une feuille de bananier ou une petite feuille de vigne ? ;-)

      :D

    • 11 novembre 2015 , 12 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Bananier, je maintiens ! :)

    • 11 novembre 2015 , 19 h 30 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Mdr :D

      Tu sais, moi je suis comme St Thomas ;-)

    • 11 novembre 2015 , 20 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu sais, moi j’y connais rien en apôtres. Je suis plus Sonny Rollins, alors range-moi ces lunettes, pas besoin de lire les petits caractères de la bible et prends ton pied avec le colosse.

  3. 10 novembre 2015 , 21 h 45 min - david&jonathan prend la parole ( permalien )

    Le cri de Tarzan dans la rue : à faire dresser les cheveux sur la tête, et pas que ;)

  4. 10 novembre 2015 , 22 h 10 min - david&jonathan prend la parole ( permalien )

    J’suis soprano en fait. Hé hé.

  5. 11 novembre 2015 , 21 h 27 min - manU prend la parole ( permalien )

    Johnny Weissmuller, le seul et unique Tarzan, n’aurait jamais une amygdalite !! :(
    Christophe Lambert, lui, par contre… :D

    • 11 novembre 2015 , 22 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Johnny, cela fait longtemps qu’il n’a pas poussé un cri, amygdalite ou pas !

  6. 11 novembre 2015 , 22 h 33 min - manU prend la parole ( permalien )

    Ben, on peut même dire qu’il n’en poussera plus !! Longtemps qu’il n’a plus mal aux côtes… :D

  7. 12 novembre 2015 , 21 h 05 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Coucou ou oioioioio comme le chantait Tarzan, le roi de la jungle.

    Pour la feuille de bananier, moi, je veux des photos parce que je suis comme l’autre apôtre, je ne crois que ce que je vois et moi aussi je veux mettre mes doigts dedans ! (oups ! je parlais des plaies de Jésus-Mais-Javalepas).

    Je passerai tarzan mais je connais l’origine de son premier cri (en espérant que l’image passera) :

    L'amygdalite de Tarzan

    • 12 novembre 2015 , 22 h 34 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pour la feuille de bananier, moi, je veux des photos parce que je suis comme l’autre apôtre, je ne crois que ce que je vois

      Aie la foi, petite belette. Tout est dans la foi.

      et moi aussi je veux mettre mes doigts dedans !

      là, tu anticipes sur mon job… N’aie pas peur, petite belette. Tu as la foi maintenant.

  8. 13 novembre 2015 , 0 h 37 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Si tu veux mon avis, Tarzan devrait se réjouir avec son amygdalite, c’est pas mal mieux que d’attraper des morpions dans la jungle pas si vierge d’une amazonienne… Hostie d’tabarnak, ça doit donner envie à Tarzan d’aller brouter par là!

    Trois étoiles pour une hostie de démangeaison. À ce prix là vaut mieux que ce soit épistolaire… Calvaire ^^

    • 13 novembre 2015 , 9 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Heureusement que la forêt amazonienne est en déperdition, cela ne favorise pas la prolifération de sa faune sauvage. Et le bison peut brouter en paix.

  9. 13 novembre 2015 , 21 h 47 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Un bien drôle de titre qui ne m’attirerait pas sur un étal de libraire !
    Bon weekend.

    • 13 novembre 2015 , 22 h 24 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le titre est surprenant, mais la maison d’édition ont fait de l’Amérique du Sud leur renommée.

  10. 14 novembre 2015 , 14 h 01 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Zut, j’ai la foi mais j’ai aussi les foies… t’es sûr que je peux pas juste voir un peu ?? :lol:

    • 14 novembre 2015 , 14 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Attention, l’abus de geuze donne mal au foie. A boire avec modération. Avec cette fermentation spontanée, faut avoir la foi pour croire en une bonne bière ;-)

  11. 15 novembre 2015 , 18 h 46 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    J’aime pô la Gueuze… mais j’ai quelques bières en provenance des caves des monastères, abbayes… ma foi, merde à mon foie, une fois !

    • 15 novembre 2015 , 20 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je suis pas non plus gueuze. Cela dit, un week-end à Bruxelles et forcément j’irai faire un tour à La Mort Subite et boire un lambic ou une faro… Et plus d’une fois, fuck à mon foie, foi de bison !

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