Sicario [Denis Villeneuve]

Par le Bison le 5 novembre 2015

Tabarnak, n’ayant plus de bières de Chambly dans mon frigo, je prends les commandes de mon pick-up, la musique de Céline Dion à fond dans la caisse, et suis la longue courbe du soleil. Jusqu’à ce que la poussière du Texas recouvre le capot. El paso. Denis Villeneuve, habitué à mon salon, s’installe et me demande si je n’ai pas une bouteille de mezcal. Peine perdue, je l’ai finie hier. Viens, allons en acheter une, de l’autre côté. Tu me vois passer la frontière pour Ciudad Juarez ? Une ville où l’on dégaine plus rapidement son flingue que je ne peux décapsuler ma binouze. C’est que je tiens un peu encore à la vie. Il me propose bien Benicio del Toro, en office de garde du corps. Une gueule à faire peur, une gueule à pas broncher son flingue, une gueule écorchée à avoir la rage et la bave. Le gars, j’ignore encore sa motivation, mais je sais une chose c’est que la vengeance est un plat qui se mange froid et que je me ferais bien un chili brûlant.

Et puis il y a ce brun un brin ténébreux, Josh Brolin en gougounes, agent de la CIA dont j’ignore aussi ses profondes motivations. Il est du genre juste à vouloir tout faire péter, ou juste couper une tête du réseau tentaculaire à ces cartels de la drogue dont la violence n’a d’équivalence que mon envie à décapsuler les bières pour faire passer ce gout de poussière dans ma gorge. Et ce parfum de mort, une odeur tenace de puanteur qui remonte en nausée. Le film m’installe d’entrée dans la région de Phoenix. Je survole la région, magnifique avec la lumière de ce soleil brûlant plombant la terre d’un ocre ressemblant à une poussière d’or, le FBI déploie les grands moyens, investit une maison isolée. Première scène qui dévoile dans les cloisons de la maison, des dizaines de cadavres emballés dans des sacs plastiques. Y’a de quoi gerber mon chili, et je ne prends même pas la peine d’accuser les piments rouges.

Le soleil se couche dans les ténèbres, envie de faire exploser cette baraque. Mais pour contrecarrer la violence inouï de cette entrée en matière, j’ai besoin d’une ligne… et d’un moment de tendresse en compagnie d’une petite douceur, Emily Blunt qui n’a pas dû changer de tee-shirt et de soutien-gorge depuis au moins une semaine. Côté glamour, elle peut mieux faire, mais elle me décapsule une bière, plus vite que ma dextérité à dégrafer les porte-jarretelles d’une pute mexicaine. Petite femme frêle dans un monde de violence qui semble la dépasser. La poussière de Juarez n’est pas faite pour son cul, cela se sent – et je ne fais pas référence à son hygiène corporelle qui laisse à désirer, la sueur à ce goût acre qui pique la langue mais son goût salé donne envie d’y retourner – mais elle insiste. Elle monte dans le 4×4 noir et blindé, entouré par une horde de policiers plus ou moins véreux, et s’enfile entre les files du poste frontière. Juarez et ses cadavres mutilés et pendus sous les ponts à la vue du peuple et des représailles. Juarez, ville frontalière formidable bidonville où la violence fornique à tout moment au mépris de Dieu et de ses morts.

Tu ne crois pas qu’il faut être un peu fêlé pour avoir envie de passer la frontière ou aimer se faire fouiller de manière inamicale au poste frontière. Une fouille au corps, un désossement en règle, pour vérifier que tu ne passes en fraude ni drogue, ni clandestins, ni vers à mezcal. On est loin de Trois-Rivières, ville frontière du réalisateur tabarnaquois.

Là où le légal et l’illégal se confondent, l’aperçu de Dasola.

« Sicario » [2015], et la violence des cartels dans une bouteille de mezcal.

17 commentaires
  1. 6 novembre 2015 , 2 h 24 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    J’ai adoré ce film! C’est cru, c’est violent, les méthodes employées sont peu orthodoxes, mais avec le sujet traité, on n’peut pas s’attendre non plus à autre chose sans avoir le sentiment de trahir la réalité. Aux postes frontaliers avec le Mexique ils entendent pas à rire et ils ont pas un grand sens de l’humour! Mets-en, on est loin de Trois-Rivières en Tabarnak!!! ptdrrrrrrrr Dire qu’ils sont des centaines de milliers de membres dans les cartels mexicains de la drogue à vouloir contrôler le marché local. J’suis ressortie de ce film en me posant des questions morales, politiques, philosophiques aussi et un grand besoin d’une binouze pour faire passer tout ça…

    C’est dommage qu’Émily Blunt soit présentée à travers un personnage vulnérable et naïf que j’n’ai pas trouvé pas à sa hauteur. Ça m’a frustré quand même!

    Tabarnak t’as plus de Chambly dans ton frigo??? Où s’en va le monde… Sors ta bouteille de mezcal et bouffes le scorpion, ce sera toujours au moins ça de pris…

    Josh Brolin en « gougounes »!!! mdrrrrrrrrrrrr

    Je vois que ce film t’a inspiré un hostie de bon billet! Calisse!!!

    • 6 novembre 2015 , 9 h 24 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’ai adoré ce film! C’est cru, c’est violent…

      Pareillement, mais je module quand même avec une légère préférence pour Prisoners ou Incendies…

      on est loin de Trois-Rivières en Tabarnak!!!

      le Rio Grande, c’est pas le Saint-Laurent :)

      Sors ta bouteille de mezcal et bouffes le scorpion

      ça va venir !

    • 6 novembre 2015 , 14 h 03 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      J’ai préféré aussi Incendies et Prisoners…
      Alors c’est venu pour le scorpion? :D

    • 6 novembre 2015 , 15 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il est encore au fond de la bouteille, mais tant qu’il reste un peu de mezcal, il ne va pas s’enfuir…

  2. 6 novembre 2015 , 9 h 56 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    ça canarde un peu trop à mon goût et surtout avec un tel film je vais passer mon temps à sursauter !

    • 6 novembre 2015 , 14 h 59 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pas plus que dans un flash info… malheureusement…

  3. 6 novembre 2015 , 21 h 56 min - manU prend la parole ( permalien )

    Ah ben ça dépote c’t »histoire nom de diou !!! :D

    • 6 novembre 2015 , 22 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      c’est pas pour les fillettes en gougounes !

    • 7 novembre 2015 , 20 h 38 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      Ptdrrrrrrrrrrr :D

  4. 7 novembre 2015 , 13 h 33 min - Sido de Errancesimmobiles prend la parole ( permalien )

    Je ne suis pas une fillette et ai apprécié vraiment ce film avec quelques bémols que je n’avais pas sur Prisonners. Mais qu’est-ce que j’aime ta chronique !!! Tu me fais rire et j’aime comme tu joues avec les mots et les idées

    • 7 novembre 2015 , 14 h 34 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Faire rire les filles, c’est mon créneau… en attendant plus :)
      Prisonners ne souffre effectivement d’aucun bémol, et son thème plus fort et presque insoutenable.

  5. 8 novembre 2015 , 20 h 56 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    « …mais elle me décapsule une bière, plus vite que ma dextérité à dégrafer les porte-jarretelles… »

    ben alors Bibi ! Va falloir s’entraîner un peu dis donc !

    En revanche ton billet …. tu dégaines classe !

    ;-)

    • 8 novembre 2015 , 22 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tous ces gadgets à la James Bond, ça me dépasse un peu. Même si cela est fort agréable à regarder, et encore plus bandant, mes doigts tremblent à l’idée de les dégrafer. N’est pas James Bond qui veut, my name is Buffalo, James Buffalo.

  6. 9 novembre 2015 , 13 h 52 min - phil prend la parole ( permalien )

    Pas vu, mais à voir la BA et après lecture de ton billet et des avis, franchement ca me plait.
    J’aime cette violence qui sort, l’exutoire et si on en ressort avec des questions philo c’est mieux que de sortir sa bite et son couteau euhhh son flingue !!!

    • 9 novembre 2015 , 15 h 41 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Heu… sortir sa bite a du bon aussi… surtout si une pute mexicaine te ramène une bouteille de mezcal en plus.

  7. 14 novembre 2015 , 16 h 14 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonjour le Bison, merci pour le lien et bravo pour ce billet digne d’une série noire. Bonne après-midi (malgré les tragiques événements survenus par si loin de chez moi).

    • 14 novembre 2015 , 19 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et bravo pour ce billet digne d’une série noire.

      merci, et… on devrait en faire un film :-)

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