L’accomplissement de l’amour [Eva Almassy]

Par le Bison le 12 octobre 2015

Catégorie : 4 étoiles, Europe

Béatrice, Béa, Bee. La belle abeille. Seule dans sa ruche ni ouvrière ni reine, la monotonie d’un couple où Angel ne la touche plus depuis des années. Les toiles d’araignée se tissent dans son triangle du plaisir qui a encore ce besoin de se sentir vivre, aimer et caresser. Pourquoi Angel ne la regarde plus ?

Alors, maintenant, il y a internet. Créer un profil sur un site de rencontre, croiser le regard de Vanessa, Vaness, Van qui lui demande si elle est bi. Mais derrière ce pseudo ne se cache pas forcément une amie, une rencontre, mais juste un pervers ou un vieux. Et puis il y a cet inconnu. Marié, des enfants. La donne change. Ou pas. Une attente, une rencontre, des échanges. Des billets de train. L’amour sur un quai de gare. Cette première rencontre, je sens que je vais apprécier l’histoire, un scénario simple d’adultère mais si derrière ce geste d’amour ou de désespoir, une renaissance surviendra peut-être. Je me fais déjà le film, on se fait tous un film dans la tête.

« Que sait-il d’elle, cet inconnu ? Mais rien. Et elle, de lui ? Même moins. Qui es-tu toi pour me rendre malade de désir ? De quel droit ? Ils avaient à peu de chose près le même âge, un homme, une femme, ce grand jeu vieux jeu. Deux sexes égalent du sexe. La nue tension minimum. Il est à bord du TGV, ce soir, dès cet après-midi, dès tout de suite, il faudra se jeter l’un sur l’autre, lui jeter à la figure son amour, l’en gifler, lui frapper la poitrine, mon poing est le contrepoids de ton cœur pourri, tu aurais dû te choisir une femme plus jeune, plus belle que moi, plus rieuse. »

Le jour J a sonné au réveil de Béa, ce matin. Se préparer devant le miroir de la salle de bain, se lisser les cheveux, se parfumer le triangle oublié, se faire belle – miroir, ô mon beau miroir – quelle robe, quel string, quelle couleur de rouge à lèvres ? Démarrer la voiture et aller le chercher à la gare, aller à sa rencontre et lui proposer un sourire sur un quai de gare où le vent s’engouffre, faisant voler sa longue crinière brune. Un CD dans la voiture, surtout éviter les bouchons, tourner en rond pour trouver une place de parking et se refaire à nouveau le film, de ces échanges nocturnes, de ces envies réciproques, ces désirs de deux corps laissés à l’abandon depuis trop longtemps. L’amour et sa fièvre.

« Si peu dormi la nuit dernière, la dernière nuit d’avant la nuit. Comme un animal sauvage, un fauve qui va vers le point d’eau, elle s’est levée cinq, six, sept fois, a regardé s’il y avait oui ou non une élettre dans sa boîte. Souvent l’inconnu ne dormait pas lui non plus, insomnies synchrones, regards blancs de leurs écrans et petits mots de part et d’autre, des une ligne, trois lignes vite expédiées, des sincères et réciproques « bonne nuit », souhaités à l’envi et démentis, charriés par les petites heures qui confluent à l’aurore. On a rien à se dire et on se le dit quand même, et vous, et vous, et toi, « mon aimée », à demain, oui, à demain, sauf cette dernière nuit. Une lionne famélique tournait en rond sous la lune, au sommeil chaloupé, sans la moindre goutte de mot pour désaltérer sa profonde gorge de fauve. »

Une nuit à l’hôtel, plaisir intense de capter la chaleur de l’autre, de s’enivrer de son parfum, de suer de plaisir dans des draps maculés de son suc vaginal mélangé au sperme de l’inconnu. Pas de coq pour réveiller ces deux âmes, mais un réveil dans la réalité. Je sens un désarroi chez Beeeee. Elle ne bourdonne plus ce matin, perdue qu’elle est dans cet acte adultérin comme si elle regrettait son geste alors qu’entre Angel et elle il ne se passait plus grand-chose, surtout sous les draps. D’ailleurs ce revirement a profondément agacé une Cristina sûre d’elle-même, certainement aussi rebelle et passionnée que l’héroïne en guêpière. Et cet inconnu qui restera encore un inconnu à la fin de la dernière page. Ou pas. Il suffirait d’un regard, d’un baiser, d’un sourire…

« Il pleuvait lorsqu’ils arrivèrent devant l’hôtel. Elle serrait le parapluie à deux mains, il écarta le manche de devant son visage, sa bouche, il l’embrassa, ta langue est ronde et la mienne pointue, songea Béatrice, docile et désirante maintenant. Ou ce fut peut-être sa salive qui « songea », et les minuscules muscles horripilateurs de la peau qui font dresser les poils sur le corps dans les grosses frayeurs. Est-ce qu’on fuit l’ours parce qu’on a peur, ou bien a-t-on peur de l’ours parce qu’on le fuit ? »

Je découvre ainsi  la plume d’Eva Almassy, que je ne connaissais pas avant d’ouvrir les pages de cette histoire intense de passion, de désir et d’adultère. Une jolie écriture, tantôt poétique, parfois directe qui balance les vérités comme une pluie battante venant fouetter le visage de deux êtres pudiques sur un quai illuminé de gare. Un homme ébloui par le sourire d’une femme, une femme attiré par le silence d’un homme.

« Il y a vingt ans, complètement éblouie par Angel, elle voulait capter dans ses doigts le rayon solaire de son urine, sentir comme c’est chaud, avant ou après l’amour, horloge d’eau, émission de fièvre. »

« l’Accomplissement de l’Amour », a love supreme comme dirait le Trane.

Challenge Lire sous la Contrainte – Session 23, d’un livre à l’autre.

18 commentaires
  1. 14 octobre 2015 , 7 h 11 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Rahhhhh Tu m’as donné envie de le relire grave !

    J’ai adoré ce livre,
    J’ai adoré cette Bee,
    J’adoooooore ton billet rahhh tu m’énerves !
    Oui Béatrice m’a agacé ouhhhhh qu’elle m’a énervé de faire un pas en avant un autre en arrière …

    Mais JODER quelle belle écriture et quelle belle rencontre avec l’auteur …

    A Love Supreme comme dirait Trane :D

    Merci Bibison ;-)

    Bon si je finissais mon café je suis à la bouuuuuuuuuuurre ^^

    • 14 octobre 2015 , 7 h 17 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

       » Les toiles d’araignée se tissent dans son triangle du plaisir qui a encore ce besoin de se sentir vivre… »

      Trop beau….

      Et tu as besoin de m’énerver comme ça de bon matin ?????

      Bon à nous deux! va falloir que je me remette à l’écriture… enfin à mon petit stylo et à mon inspiration ^^

      ;-)

      Je suis vraiment à la bouuuuuuurre :)

    • 14 octobre 2015 , 13 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Rahhhhh Tu m’as donné envie de le relire grave !

      Je l’ai toujours, je peux te le renvoyer :)

      Et tu as besoin de m’énerver comme ça de bon matin ?????

      Arrête donc le café le matin, tu seras moins énervée :)

      Je suis vraiment à la bouuuuuuurre

      Arrête donc de fantasmer sur les inconnus en prenant ton café le matin :)

    • 15 octobre 2015 , 17 h 23 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Dit il un café à la main ;-)

      lollll

    • 15 octobre 2015 , 17 h 35 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et tu ferais les tartines qui va avec le café ? Nue, bien entendu. C’est comme ça que le café est meilleur. Du moins, c’est comme ça que j’aime mon café :)

  2. 14 octobre 2015 , 20 h 32 min - manU prend la parole ( permalien )

    « Un homme ébloui par le sourire d’une femme, une femme attiré par le silence d’un homme. »

    Un homme ébloui par le silence d’une femme, c’est plus rare… :D

    • 14 octobre 2015 , 21 h 59 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      EXCELLENTissime, j’adore !! :D

    • 15 octobre 2015 , 15 h 38 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      Pfffffffffffffffffffffffff!!!!!! :P

    • 15 octobre 2015 , 17 h 24 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Re Pfffffftttttttttttttttttttttttttttttttttt

      ;-)

    • 15 octobre 2015 , 17 h 33 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Elles ne peuvent même pas s’arrêter de jacasser avec leur Pffffffttttttt. C’est dire la profonde vérité de la grenouille charentaise ! :D

  3. 15 octobre 2015 , 4 h 43 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    « Les toiles d’araignée se tissent dans son triangle du plaisir qui a encore ce besoin de se sentir vivre, aimer et caresser »

    « se parfumer le triangle oublié »

    « de suer de plaisir dans des draps maculés de son suc vaginal »

    Nul doute que c’est un Tabarnak de beau roman sensuel :D

    • 15 octobre 2015 , 8 h 59 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      un roman tabarnakien avec plein de sensualité comme les bisons l’apprécient. Un beau roman touchant et agaçant comme diraient certaines…

  4. 15 octobre 2015 , 7 h 40 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Tu en parles merveilleusement bien. je suis conquise. A priori je ne serais pas allée vers ce roman.

    • 15 octobre 2015 , 9 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      A priori, moi non plus, je ne serais pas allé seul vers ce roman, et pourtant…

  5. 15 octobre 2015 , 21 h 50 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Ce livre m’est tout à fait inconnu. Je ne connais pas plus l’auteur.
    Merci pour ta participation à mon challenge et ta fidélité.
    Rendez-vous dimanche pour la nouvelle contrainte (en rapport avec ton pseudo!)

    • 15 octobre 2015 , 21 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je compte bien poursuivre mes lectures sous contraintes et tortures et même si parfois j’en prends tant de plaisir comme ce fut le cas avec cet accomplissement de l’amour.

  6. 17 octobre 2015 , 12 h 40 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    Cette maison d’édition publie des romans uniques en leur genre, je prends note :)

    • 18 octobre 2015 , 10 h 25 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Celui-là est court, simple mais avec une magnifique écriture.

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