27 avr 15

Les Salauds [Tindersticks]

Il y a certains films où la musique est si intégrée aux images qu’elle fait partie de la bobine. « Les Salauds » bénéficie d’une telle bande son, magique, envoutante, hypnotisante qu’il est difficile de faire une distinction entre les images et le son.

Claire Denis a ses habitudes, ses fétiches. Tindersticks, groupe de rock indépendant de Nottingham, fait partie intégrante du giron de la réalisatrice. Stuart Staples et son groupe ne sont donc pas à leur coup d’essai puisqu’ils ont déjà enveloppé de leur sonorité, plusieurs films de Claire Denis, « Trouble Every Day », « 35 Rhums » et « White Material », entre autres. Des films que j’apprécie particulièrement.

lire plus…

22 avr 15

Snow Queen [Michael Cunningham]

« Une neige scintillante et cristalline s’est mise à tomber, assez fine pour être pratiquement invisible, à l’exception des nimbus orangés que répandent les réverbères, petits films qui apparaissent, un par bloc, légers tourbillons d’étincelles dorées, un effet spécial, une illusion projetée dans les halos de lumière encapuchonnés. »

Années 2000, un gars court torse nu dans Central Park. Il est 5h du mat’, New-York s’éveille. La neige tombe en gros flocons, un nuage de vapeur sort de sa bouche à la recherche d’un second souffle. Barrett est bien, il n’a pas froid et se ressource à sa manière. Une pause. Il observe le ciel et y découvre une lueur spéciale. « Une pâle lueur aigue-marine, diaphane, un fragment de voile, à la hauteur des étoiles…» Qu’est-ce… Un appel de Dieu, un clin d’œil de sa mère. Et pourquoi lui ? Il n’a pas ces réponses, mais doit-il se poser ces questions ? Juste avant de s’arrêter et de regarder le ciel étoilé il reçoit un texto de 5 lignes lui annonçant que son mec le larguait aussi brutalement qu’est venue cette lueur dans le ciel.

L’âme en peine, il rejoint son frère Tyler, chanteur-compositeur loser et drogué quoi qu’il en dise, qui sacrifie sa vie pour prendre soin de Beth, sa femme atteinte d’un cancer en phase terminale. Autour de ce trio gravitent quelques marginaux dans ce New-York ère Bush Jr. Un vieux canapé, un appartement minable qui sent plus les médicaments et la mort que la tarte aux pommes, une fenêtre ouverte qui laisse entrer les flocons de neige. Une ambiance pour les paumés comme je les aime.

Mais voilà…

lire plus…

19 avr 15

A Funky Thide Of Sings [Billy Cobham]

Alors que certains ne jurent que par son « Spectrum » daté 1973, il faudrait vivre avec son temps et voir plus loin, même si cela reste un sommet du jazz électrique. Du Jazz et du funk et quelques grands noms de cette époque-là. Keith Jarrett pour une composition, la présence des frères Brecker, Randy à la trompette et Michael au saxophone, John Scofield à la guitare ou encore Glenn Ferris au trombone. Bref, c’est du lourd, c’est du funky, c’est de la batterie.

Dès les premières notes, je sens l’ambiance, séries télés américaines, je me vois dans une Ford Torino rouge avec une bande blanche, appel de Zebra-3. Quelle ambiance, à naviguer dans les rues de Harlem avec Huggy les bons tuyaux, ou en compagnie de Shaft, hou la la… J’imagine même sur la côte Ouest, sortir le magnum .44 d’Harry Callahan et me promener en dodelinant du chef et du pied. Une course poursuite dans les rues de San Francisco, sous les réverbères avec la brume qui se lève doucement de la baie. Magiquement funky cette histoire.

A Funky Kind of Thing by Billy Cobham on Grooveshark

Un album très visuel pour rafraîchir les mémoires de cette époque seventies, avec tout un tas d’images cinématographiques qui te reviendront en mémoire. Pur plaisir, pas de grande musique, mais juste un instant de ta vie pour oublier que « Spectrum » prend la poussière chez toi. Tiens, et si je me faisais « Spectrum », maintenant. Tu me suis ?

« A Funky Thide Of Sings » [1975], funky town, funky monkey.

16 avr 15

Suspiria [Dario Argento]

Qu’est-ce que je vous sers ? Une coupe de sang, vieille sorcière ?

Je crois bien qu’il s’agit là de ma première escapade dans le cinéma de Argento. Et pour ce fait, j’ai mis mon costume bavarois à bretelles. Un pichet de bière, une colossale choucroute et j’atterris à Fribourg. Une pluie torrentielle, le tonnerre et la foudre qui s’abattent sur le tarmac. Hey, taxi ! L’institut des jeunes danseuses, s’il vous plait. Un bâtiment baroque d’un rouge si flashy qu’il me donnerait le tournis. Tout ce rouge, ce rouge, ce rouge. Tiens, si je prenais un verre de rouge (Attention, cette chronique fait du placement de produit). Pas le temps de me sécher les cheveux qu’ils commencent déjà à friser, qu’une musique angoissante signe mon entrée. Une première scène d’anthologie, brute et brutale. Les portes qui claquent, les lumières qui clignotent, les vitres qui explosent, et le corps qui tombe. Empalée par le verre, pendue par le lustre. J’ai les cheveux défrisés. L’hémoglobine qui coule. Mais attention, pas n’importe laquelle. Du sang d’un rouge tout aussi flashy que la peinture de l’Institut.

lire plus…

13 avr 15

L’enfer en Bouteille [Suehiro Maruo]

Après une longue attente, le temps de boire trois bouteilles de bière, et je me mets à feuilleter ces quatre nouvelles japonaises, version manga. Parce que l’enfer se renferme dans ces trois bouteilles de bière. Une Kirin ?

Mais avant, connais-tu l’ero guro ? Bien sûr, puisque tu me suis depuis des années, et que je t’ai déjà présenté une œuvre du maître en la matière, Edogawa Ranpo. Mais comme tu as trois bouteilles derrière toi, je te rafraichis la mémoire. L’ero guro est un mouvement artistique japonais qui mélange l’érotisme et le grotesque. De façon plus claire, du sexe et des relations macabres. Et en matière de manga, le maître incontesté n’est autre que Suehiro Maruo.

« … et dans une étreinte ardente, nous allons mourir en nous jetant dans l’abîme profond. »

Je t’aurais bien filé une bière pour faire passer ces histoires, mais y’a le frangin et sa sœur qui les ont toutes sifflées pour les envoyer à la mer. Espérer que quelqu’un les ramassera et les sauvera de ce paradis des Enfers. Ils sont deux naufragés sur une île déserte. Le frère et la sœur, 11 ans et 7 ans. Ils construisent des cabanes dans les arbres comme l’aurait fait Huckleberry Finn, pêchent, mangent des papayes et autres fruits exotiques… Un paradis. Mais ce temps de bonheur n’a qu’un temps, celui de l’adolescence où les corps se forment, les pulsions se déchainent et l’envie de baiser se fait fortement ressentir entre ces deux âmes plus si pures perdues dans la lubricité de cette île sauvage. La température s’élève, la sueur dégouline, les yeux s’injectent de sang, et cette furieuse envie de mélanger leurs deux corps allongés sur des feuilles de bananiers. J’ai l’imagination qui frétille, l’enfer en bouteille sur une île. A croire qu’ils n’ont jamais regardé Lost.

lire plus…

10 avr 15

Slag Tanz [Magma]

Seuls les clochers des Mondes

Ont tinté, ont tinté, ont tinté, ont tinté

Ont tinté, les clochers des Mondes

Ont tinté les clochers…

Les clochers des Mondes

Ont tinté………… Seuls

Seuls… en… ma… nuit……

Nuit profonde, nuit sans étoile, je découvre le nouveau Magma, cru 2015 de la bande à Christian Vander. Toujours cette saveur indéfinissable d’une musique exclusivement nocturne, je n’écoute Magma qu’au coucher du soleil pour en apprécier sa luminescence, essence spirituelle du noir, comme cette pochette si classique à leur identité.

Ame blessée

S’élève… s’élève… là…

lire plus…

8 avr 15

Hamaguri [Aki Shimazaki]

Le poids des secrets 2/5

« Dans le bois, Yukiko me parle du discours du commandant de son usine. Elle dit :

- Pourquoi doit-on perdre la vie si facilement ? Il nous dit : « Il faut se battre jusqu’à la mort. Ne pas revenir vivant. C’est honteux d’être fait prisonnier. Cela déshonore non seulement le soldat mais aussi sa famille et toute la parenté. » On considère la famille d’un soldat comme otage. Pauvres soldats ! Le pire, c’est qu’ils croient en une telle idéologie stupide créée par le gouvernement pour gagner la guerre.

Je réponds :

- Oui, vraiment. On est paralysé par le lavage de cerveau de la nation, comme dit ton père. »

Je retrouve ainsi Yukio et Yukiko dans ce second volet d’Aki Shimazaki. Deux enfants de Tokyo qui se promettent fidélité et amour à l’âge de six ans et qui scellent leur histoire au sein d’une coquille vide de palourde (hamaguri).

J’en découvre un peu plus sur ce jeune garçon tokyoïte et sa mère célibataire qui est venu s’exiler à Nagasaki. Sous un nouveau regard, je croise les chemins de ces deux enfants, grandissant, séparés avant de se retrouver sans savoir qui ils sont l’un pour l’autre, et de se retrouver à nouveau séparer sans comprendre les profondes raisons.

lire plus…

6 avr 15

John Wick [David Leitch]

Surtout ne vas pas dire à John Wick que c’était juste un putain de chien de bâtard. Ce chien, c’était le dernier cadeau de sa femme avant de mourir. Comme si pour survivre, elle sentait qu’il lui fallait une âme à s’occuper et à aimer, en plus de sa voiture. Alors lorsqu’un soir, on lui tire sa caisse et on massacre à coup de batte de base-ball son clebs, John reprend du service.

Ancien tueur à gage, le dos aux multiples tatouages, et l’air aussi taciturne qu’un bison devant un verre vide, John ressort ses crocs, gilet par balle et gros calibre. Son passé le rattrape et voilà que commence une folle nuit de vengeance.

En peu de temps, un mort, un second, puis un troisième. Désolé, mais au bout du cinquantième mon esprit s’est vidé et j’ai perdu toute notion du nombre. Et n’y vois pas un quelconque cynisme ou ironie de ma part, parce que le nombre de trépassés dépasse allègrement la cinquantaine. Pendant 90 minutes – le film durant 97 minutes, les successions de meurtres se succèdent d’une image à l’autre, du sang, des flingues et des balles qui volent et giclent dans tous les sens.

lire plus…

2 avr 15

Des Nœuds d’acier [Sandrine Collette]

Je reprends conscience par à-coups.

Pourquoi je ne l’ai pas vu venir ? 19 mois de taule, la libération. Retour à l’air libre, mais pollué. J’exulte de joie, même si je n’ai plus rien à faire. J‘ai appris au cours de ces derniers mois à m’endurcir, à me forger un caractère, à accentuer ma solitude. 19 mois pour avoir tabassé mon frangin qui a baisé ma femme. Résultat, il est un légume en chaise roulante et moi, je suis libre…

La souffrance est telle que je n’essaie même pas d’ouvrir les yeux. C’est comme si quelqu’un continuait à me cogner la tête méthodiquement, violemment. Les nausées me donnent l’impression de tanguer et je crois que je vais vomir.

Pourquoi s’enfuir ? Changer la batterie et démarrer la BM. Rouler à tombeau ouvert, les petites routes de campagne. Et puis il y a ce gite à l’écart de la civilisation, genre de vieille ferme à peine réaménagée. La vieille a l’air gentille, même si elle pue la vieille. Elle me propose des sandwichs et une gourde remplie de cidre lorsque je pars en promenade. Elle est au petit soin pour moi. Elle ne doit pas souvent avoir de la visite, surtout des gens qui viennent de la capitale pour s’enterrer quelques temps de ce coin perdu, ce bout de terre paumé. J’ai acheté plusieurs cartes IGN détaillées du coin, justement pour m’évader, respirer le bon air de la campagne, cet air de solitude et de bien-être. Je crapahute du matin au soir.

lire plus…

31 mar 15

Réflexions [Hélène Grimaud]

C’est dans le silence que je réflexionne le mieux. Et la nuit. La musique a une saveur particulière dans la profondeur de l’obscurité de mon salon. Un verre à la main, bien sur, pour aromatiser la pièce de doux effluves. Là, j’écoute, sereinement, l’esprit libre et vagabondant entre les étoiles au rythme des touches de piano. Celles d’Hélène Grimaud. Je t’accorde sa médiatisation qui cache sûrement d’autres talents dans un anonymat tout aussi obscur que mon salon. Mais laisse-moi donc fantasmer sur ses mains, son cou, ses cheveux, son sourire… et son doigté au détriment d’autres virtuoses des touches blanches et noires. J’imagine ses doigts caresser mon corps au même rythme que sur son piano… et bousculer mon âme.

Ce soir, réflexions autour de 3 compositeurs. Robert Schumann, Clara Schumann et Johannes Brahms. Permets alors que je me serve 3 verres pour 3 impressions variées.

lire plus…