30 oct 14

Bad Luck Ain’t No Crime [Blackberry Smoke]

Une paire de santiags, un stetson râpé et la chemise à carreaux, manches relevées juste au dessus du coude pour laisser entrevoir le biceps saillant habitué à mouliner le lasso. Tatouages sur l’avant-bras, une sirène, un cœur et un serpent qui se fondent et se confondent dans une harmonie d’ellipses noires. Une pinte de bière. Deux pintes de bière, et deux shots de rye bien râpeux. Le gosier écorché, la soirée démarre bien. Une musique venue du Sud. Ce sud profond nommé Géorgie. Un verre de Coca ? Plutôt mourir dans le caniveau, même si le coca est le sang du Seigneur d’Atlanta.

Blackberry Smoke et leur premier album, “Bad Luck Ain’t No Crime”. Du bon cru, mélange de southern rock, de bluegrass et de heavy-blues avec un petit esprit country pour respirer l’âme blanche des culs-terreux du coin. En digne successeur de Blackfoot ou Lynyrd Skynyrd, ils maitrisent bien leurs guitares et leurs mélodies. Tantôt roots, tantôt ballade romantique pour pécho les nanas du coin, celles avec un chemisier trop étroit, et cette nostalgie des années 70 qui me tient particulièrement à cœur dans la musique.

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15 oct 14

Il était une fois dans l’ouest [Sergio Leone]

Les gueules burinées par le soleil du désert, le regard qui tue et les colts qui déchargent. Bienvenue dans l’Ouest, sauvage et mythique. Celui des hommes, des virils, des sadiques et de la vengeance. Celui des bisons tout aussi virils que mythiques.  Il était une fois dans l’ouest conte l’histoire d’un harmonica qui pousse la chansonnette avant que les flingues se la jouent durs, et d’une voie de chemin de fer avançant vers le vide sidéral pour traverser le désert jusqu’à l’autre bout du monde, au-delà de l’ouest. Il était une fois n’est pas un conte de fée, et pourtant… Une fée comme C.C. dans mon ranch, ça me ferait rêver, voir fantasmer, voir…

El « Harmonica », des lèvres dans une gare perdue de l’ouest américain. Le bon.

Franck, tueur à gage, l’œil perçant et le calibre prêt à sortir de son étui distingué. La brute.

Cheyenne, hors-la-loi notoire qui se voit accuser d’un crime qu’il n’a pas « commis ». Le truand.

El « Buffalo », lèvres charnues et œil obscur, l’âme patibulaire, le regard porté sur les décolletés ou sur les bières. Le bison.

Serait-ce un remake du bon, de la brute et du truand. Presque. Des acteurs différents mais l’ouest sauvage toujours au rendez-vous. L’humanité ne fait pas la fière. Avec des types comme eux, la violence est à portée de colt. Toujours prête à défendre la veuve et l’orphelin. Tiens en parlant de veuve, il faut parler plus de prostituée. Enfin d’une ancienne pute car la belle Jill s’est reconvertie en sublime épouse de saloon. D’ailleurs, elle arrive par le prochain train, mais n’aura jamais le temps de voir son fermier de mari, assassiné sauvagement avec ses trois enfants, pour un lopin de terre qui ne vaut presque rien. Du moins, tant que le train ne sifflera pas trois fois en arrivant à la gare.

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13 oct 14

Un Froid d’enfer [Joe R. Lansdale]

D’une certaine façon je le comprends parfaitement ce Bill. Un bon gars, dans le genre brave et humain, même s’il n’apparait pas très futé. Et puis, il ne va pas rester assis sur la terrasse de sa cabane toute la vie, et ce n’est pas sa pauvre mère en phase de liquéfaction dans des sacs poubelles qui pourra dire le contraire. Cette chienne qui a une signature improbable et qui empêche même son pauvre fiston de toucher les chèques de pension à sa place.

Alors, oui, je le comprends, du moins j’envisage avec lui les meilleures possibilités pour tirer sa vie vers le haut. Et s’il veut braquer le magasin de pétards en face de lui, je suis prêt à le soutenir dans cette initiative. Surtout lorsqu’il s’entoure de deux gars du cru, encore moins finauds que lui, mais là c’est la mentalité de l’East Texas qui le veut, et que le simple braquage d’un magasin de pétard à la veille du 4 juillet, d’une facilité aussi déconcertante que le plan échafaudé, ne se déroule pas de la manière voulue.

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11 oct 14

Le Live : Song to the Siren

Je l’imagine plonger dans cette eau, mélange de bleu et de vert, maillot de bain turquoise, corps bronzé, des jambes interminables s’élançant dans les flots. Elle nage, s’envole, s’enfouit entre les vagues, le corps couvert d’écume blanche immaculée. Albatros et dauphins qui dansent autour d’elle. Le soleil qui s’endort sur son corps et plonge dans l’horizon azuré, teintant d’un orange rosé ses courbes charmeuses au milieu de mère océane. La sirène, ma sirène qui hante mes nuits et mes rêves. Et celle de Tim…

Six cordes entrent sur scène, une voix s’élève par dessus les flots de bière éventée. Il est là, seul dans ce pub, le regard mélancolique et l’âme plongé dans son verre de bière. Il l’attend pour pouvoir la prendre dans ses bras, prêt à déposer sa guitare aux pieds de cette muse océane. Cette femme aux longues jambes, au corps de sirène. Il est prêt à larguer les amarres pour la rejoindre, au milieu des eaux, là où coule la bière, là où voguent les marins en perdition. Là où Tim Buckley lui déclare ce désir de la retrouver.

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10 oct 14

L’Arbre à Bouteilles [Joe R. Lansdale]

« Je suis le seul Noir des forces de police du coin, et ils ne sont pas venus me chercher, j’vous assure. Chaque fois que Calhoun Jr. m’aperçoit, il a des aigreurs d’estomac et il débande. Un nègre avec un flingue à côté de son cul, ça le rend nerveux. Ça lui fait rêver de cagoules blanches et de croix en flammes. Pire, je suis un vieux nègre urbain, un bamboula du béton et des néons. Et pour couronner le tout, je bosse là depuis près de dix ans et je suis pas monté en grade. Et attendez la meilleur – je suis un bon flic. »

Je me réveille ce matin à Laborde, Texas. Pour ceux qui ne savent pas où se situe Laborde, tu dessines un point sur la carte côté Est, et voilà tu y es : le trou du cul du Texas. Un soleil qui inonde ma chemise de sueur, des putains de moustiques qui foncent dare-dare sur mon cou comme des kamikazes à bord de leurs zéros, Hap et Léonard. Un mot sur ces deux-là : Hap Collins, blanc et démocrate. Leonard Pine, noir et pédé. Oncle Chester mort laisse à son neveu Leonard, quelques dollars et une vieille baraque. C’est là que les ennuis commencent, ou que l’aventure prend son essor sous le soleil plombant d’une terre balayée par un vent chaud et une haine brûlante.

Quelle belle résidence de paumé avec vue sur la crack-house voisine où la drogue et les mineurs circulent en toute impunité. Ne vas pas dire aux flics qu’ils ne font rien, ils seraient capables de te coffrer pour trouble à l’ordre public. Alors pendant que tu retapes tapisseries et planchers, gardes un œil toujours ouverts sur ces noirs et drogués. Envie d’une cagoule blanche ? Humour de mauvais goût, mais ici, certaines traditions blanches perdurent encore dans les esprits. Ce qui explique que si t’as pas la bonne couleur dans le bon quartier, tu ne feras pas long feu. Shot shot bang bang kiss kiss.

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7 oct 14

Journey To Love [Stanley Clarke]

La basse électrique claquante. Groove, funky. Stanley Clarke et ce second album, voyage en majeur, journey to love.

La guitare électrique cinglante d’un Jeff Beck assurant le solo sur justement le titre éponyme.

L’orgue de George Duke, la batterie de Lenny White, le piano de Chick Corea et la guitare acoustique de Mahavishnu John McLaughlin.

Que du beau monde. Tous présent pour l’ère du jazz et du rock.

Bientôt quarante ans. Et ces disques s’écoutent toujours avec autant de plaisir. Certes, la musicalité exprime fortement ces années soixante-dix, mais puisque l’album est toujours kiffant, pourquoi ne pas le mettre ce soir sur la platine. Tu peux lui enlever cette fine couche de poussière, augmenter légèrement le volume, appuyer sur les basses et faire danser tes cheveux mélancoliquement sur ce vieux trip d’une lointaine époque.

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5 oct 14

La Perle [John Steinbeck]

J’ouvre le frigo. Plus une seule bière au frais. La vodka même pas au congélo. Et même plus une goutte de bourbon dans la bouteille. La dèche ! La pauvreté. Ô Misère, misèReeeee. Autant vivre dans une hutte en branches sous le soleil de Mexico. Ô Mexico, mexIcooooooo !. Au milieu de simples pécheurs. Seigneur, priez pour mon âme et pour ma soif. Je retrouve Kino, et sa ravissante femme Juana, des seins qui pendent et des hanches solides. Kino mon nouvel grand ami depuis toujours. Depuis surtout que la rumeur fit de lui un autre homme, du genre extrêmement riche. Le genre de richesse qui peut acheter un costume, amener le respect et posséder le pouvoir.

« Une ville ressemble à un animal. Elle possède un système nerveux, une tête, des épaules et des pieds. Chaque ville diffère se toutes les autres : il n’y en a pas deux semblables. Et une ville a des émotions d’ensemble. La façon dont une nouvelle s’y répand est un mystère bien difficile à éclaircir. On dirait qu’elle voyage plus vite que les gamins ne sont capables de courir pour l’annoncer, plus vite que les langues des femmes ne la propagent par-dessus les haies. »

Ce bruit a accouru jusqu’à mon oreille à demi-endormie si bien que j’ai quitté le caniveau dans lequel je m’étais affalé et la raison certaine pour laquelle ma bouteille de bourbon était désespérément vide. Traverser les montagnes, le désert de cactus, la mer.

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3 oct 14

GRIS-gris [Dr. John]

The Night Tripper…

Ils m’appellent Dr John, le voyageur de la nuit. Un sachet de mojo à la main, revenant d’un voyage dans le bayou, je suis le dernier des hommes gris-gris.

Album culte de Dr John. Son premier. Son meilleur peut-être. 46 ans et à peine une ride, ce Dr John vieillit aussi bien qu’un grand cru ou qu’une belle femme. Plus qu’une musique, il te prend par son ambiance. Les yeux dans le bayou, l’âme dans le blues. Il démarre par ce Gumbo Ya Ya, blues si lancinant qu’il en devient psychédélique, si incantatoire que tu vois le sang giclé des poulets, que les plumes volent au-dessus de ta tête, et que tu te retrouves hypnotisé comme une hallucinante séance de vaudou. Hou Hou.

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29 sept 14

Transatlantic [Colum McCann]

Acte 1, scène 1.

1919.

Le ciel, les nuages et la mer. La grande traversée, la première en son genre. Défier le vent, défier l’horizon et les lois de l’apesanteur. Frôler les cieux ou les cormorans. Atterrir dans la tourbe irlandaise après avoir franchi dans les airs l’immensité atlantique. A jamais les premiers. L’aventure grandiose, l’exploit incommensurable et la passion de deux hommes relayée par tout un peuple, les mêmes gens d’un bout à l’autre de l’Atlantique.

« Trois mille pieds au-dessus de l’océan. Ne plus rêver de stabilité, le nuage est un enfer. Ni haut ni bas. Deux mille cinq cents pieds. Deux mille. Le vent, la pluie leur balancent des claques au visage. La carlingue frémit. La boussole s’affole. Le Vimy se balance. Leurs corps violemment collés aux sièges. Toujours ni ciel ni mer : rien à voir que la grisaille, des briques de grisaille. Brown scrute à gauche, à droite, au-dessus, en dessous. Il n’y a plus de centre, de bord, et ne parlons pas d’horizon. Bon sang. Enfin, quand même, quelque chose, quelque part ? Tiens bien les commandes, mon Jackie.

Mille pieds, neuf cents quatre-vingt-sept. Les épaules plaquées contre les dossiers. Le sang qui voltige dans la tête. Le cou est soudain lourd. On monte ? Descend ? Et ça tourne. Ils ne verront peut-etre pas l’eau avant de s’abîmer. Desserrer les ceintures. C’est foutu. Foutu, Teddy. Malgré la pression, Brown se détache de son siège, ramasse le carnet de vol qu’il fourre dans son blouson. Alcock l’aperçoit du coin de l’œil. Conserver chaque détail. On saura donc ce qui c’est passé : quel soulagement…

L’aiguille continue de décliner. Six cents, cinq cents, quatre. Pas une larme, pas un souffle, les nuages qui hurlent. Ils n’ont plus de corps. Alcock tient la vrille dans le mur de blancheur.

La lumière mute, le mur change de couleur, il faut plus d’une seconde pour s’en apercevoir. Une lueur bleue. Cent mètres. Un drôle de bleu, qui tourbillonne, on est sortis ? Jack, Jack, ça y est ! Bleu en bas, gris en haut. Braque, mais braque, putain ! »

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26 sept 14

Le Bon, la Brute et le Truand [Sergio Leone]

« Le monde se divise en deux catégories, mon ami : ceux qui ont la corde au cou et ceux qui la leur coupent. »

Attention, là, j’ai conscience de toucher au sacré, si bien que mes mots ne seront que fades face à un tel monument cinématographique. Parce que le western se divise en deux catégories : Il Buono, il Brutto, il Cattivo et les autres. Après, certains préfèreront les films de Ford avec Wayne. Mon univers version toile poussièreuse du septième art « Il était une fois dans l’Ouest » se braque davantage vers Leone et Eastwood. Ah le beau Clint, ah le bon samaritain. Une âme ce gars-là, sensible et humain. Bref, je ne te dévoilerai rien en te disant qu’il s’agit forcément du Bon. De toute façon, un type mal rasé qui a un regard aussi intense en mâchouillant un mégot de cigare pendant 178 minutes  ne peut pas être un méchant tueur sanguinaire.

Mais revenons au générique. Dès les premières secondes, j’ai le sourire béat devant les images et les premières notes de musique. Ennio Morricone qui donne beaucoup au film, au même titre que les yeux clairs de Clint ou les plans serrés de Sergio. Et dire que je souris bêtement face à ces morts, ce sang, et ces coups de feu incessants mais précis, tant je jubile devant ma télévision. Ouch, Blondin a failli rater la corde au cou de Tuco. Il y a des films qui marquent la vie d’un adolescent boutonneux. Celui-là en fait donc partie.

« Le monde se divise en deux catégories : ceux qui passent par la porte et ceux qui passent par la fenêtre. »

Le B. B. & T. est donc le troisième volet de sa trilogie sur l’Ouest américain. Des scènes truculentes, des scènes absurdes, des scènes cultes. Trois héros aussi immoraux les uns que les autres et aussi vicieux, mais avec des gueules d’ange, de sadique ou de benêt (à vous de déterminer les rôles d’Eli Wallach, de Clint Eastwood et de Lee Van Cleef. Non, je ne donnerai pas d’indice sur who is who).

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