23 juil 14

The Big Gundown [John Zorn]

Saxophoniste et compositeur, chef d’orchestre et musicien déjanté, d’une discographie impressionnante, John Zorn excelle dans tous ses albums. D’ailleurs la musique de Zorn est bien au-delà de la « musique ». Elle est « concept », elle est expérimentale, elle est surtout totalement inattendue. Et cet album ne dérogera pas à cette constatation. Il te paraîtra dérangeant, flippant, trippant, voir même bandant. Parce que John ne fait guère dans la simplicité ou le conformisme. Tu adores ou tu détestes – et là tu vas détester pour mieux te déchainer.

Naviguant entre le jazz furieux, le rock hurlant ou la musique de film déchirante, Zorn livre un vibrant hommage au maitre de la musique spaghetti des westerns de Sergio Leone, Ennio Morricone. Mais là où tu t’attends à suivre une musique linéaire pour planer au milieu des grandes plaines poussiéreuses, tu découvriras une relecture totalement déjantée de ces hymnes que chacun aura sifflés au moins une fois dans sa vie et qui semble être rentrés dans l’harmonie collective de notre subconscient. Dépoussiérer la musique de Morricone pour la restructurer à la Zorn. « Big » programme !

JohN ZorN plaYs the muSic oF EnniO MorriconE

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21 juil 14

Les Seigneurs [Richard Price]

Sur le terrain de jeu, Richie Gennaro, dix-sept ans, seigneur de la guerre des Vagabonds, était entouré de ses homologues des Rays, des Pharaons et des Bourreaux. Alliés susceptibles. Conversation tendue. À l’ordre du jour…
— Faut arrêter les négros.
— Tu crois que les Boules à Z de Fordham se mettraient avec nous ?
— Si on les a avec nous, c’est réglé.
— Oublie pas les Wong. Ils connaissent le judo les bridés.
— C’est pas avec des prises de judo que tu peux lutter contre ça !
— Hé, range ce truc ! Putain tu veux qu’on se fasse tous agrafer ?
— Et les mecs de Lester Avenue ?
— Nan, c’est des tueurs, ces gars-là.
— Justement. Ils te tuent aussi bien un bamboula.
— Paraît que les bombardiers se sont mis avec les Extras parce que Clinton Stitch a un cousin chez eux.
— Les bronzés, ils ont toujours des cousins partout, t’as remarqué ?
— Les Bombardiers… merde… on est mal.

Bronx, New York. 1962…

La guerre est déclarée. Dans la rue. Celle des bandes et des gangs. Des gamins qui se la jouent blousons de cuir et couteaux. Les plus vieux – du genre 17 ans – aux plus jeunes – à peine 13 ans. Des soirées faites de boums, de graffitis et de bières achetées avec des cartes d’identité volés ou des « grands frères ». Il y a « nous », les gentils, et « eux », les pourris.

Je te fais un bref débriefing des forces en présence, au cas où tu t’aventures sur cette terre hostile surtout si tu n’as pas la bonne couleur dans le bon quartier.

Donc parmi les « NOUS », les bandes en présence :

  • Vagabonds (rital), force de frappe : 27
  • Pharaons (rital) : 28
  • Rays (irlandais) : 42
  • Bourreaux (polac) : 30
  • Boules à Z (mélangé) : 40
  • Lester Av. (très rital) : 50

Face à « NOUS », les sauvages, « EUX » :

  • Extras (négro) : 50
  • Cavaliers (négro) : 30
  • Bombardiers (négro) : 36
  • Mau-Mau (négro) : 40
  • Wong (bridé) : 27

Premier roman de Richard Price paru en 1974. Depuis, l’auteur s’est fait un nom, auteur à succès, scénariste à succès. Il me plonge dans l’univers de la rue et du Bronx en particulier, avec des histoires de bandes, de drague et de bitures. Tout ce que j’aime.

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19 juil 14

Le Live : Je dis aiMe

Je dis aiMe, et je le sèMe sur Ma planète. Un live du saMedi soir qui aurait pu avoir lieu un jeudi soir. Disons le 17 juillet 2014 pour les Maniacos de la précision. Je Me brise au Whisky-Glace Mais je courtise avec classe. Pas de salle de concert, juste un bol d’air près de la Maison du Maire de la ville. Un air chaud et torride, la teMpérature griMpe. Quelques heures avant Minuit, le soleil se reflète dans les lunettes pour le Moins bizarre d’un gars encore plus chelou. Machistador, je suis un Missionaire de la drague je l’avoue. Festival Live 2014, au Milieu du parvis, des cannettes de Heineken, des bouteilles de Heineken, des cannettes de Desperado, des bouteilles de Desperado. Je sais j’suis un vieux con, cas désespéré pour le Moins désespérant, Mais la situation M’exaspère, alors que des grandes poubelles sont disposées tout autour coMMe des lieux stratégiques inutilisés. Oui ça énerve le vieux con qui est en Moi !

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14 juil 14

L’arbre d’or [John Vaillant]

Vie et mort d’un géant canadien. Le Géant Vert. Un épicéa majestueux dressé au milieu des cieux dans la province de la Colombie-Britanique. Je ne suis pas au fait de l’administration canadienne alors la Colombie-Britannique me paraissait bien loin. Tout à l’Ouest. Encore plus à l’ouest de Chambly. Plus à l’Ouest et on atterrit à l’Est. C’est dire… l’extrême ! Que faut-il savoir donc de cette province si lointaine où l’on ne parle même pas français. En fait rien. Il suffit juste de découvrir John Vaillant et de se laisser porter par la lumière de ce pays.

John Vaillant est avant tout écrivain pour le National Geographic et le New Yorker. Sa plume s’en ressent dès les premiers instants où la lumière illumine cet arbre, l’arbre d’or. Car le héros de son histoire n’est ni un homme, ni un auteur, mais bien un arbre, l’épicéa de Sitka avec ses épines de pin dorées qui s’illuminent avec les rayons du soleil comme si cet arbre était recouvert entièrement d’or. Un arbre et une région, cette Colombie-Britannique entourée de forêts primaires, d’une richesse inouïe et insondable. Enfin, ça c’était avant. Avant l’arrivée de l’homme, avant l’arrivée des tronçonneuses, des bulldozers et de tous ces outils de destruction massive.

« La tronçonneuse et ses auxiliaires mécaniques – le bulldozer, la débusqueuse et les camions autochargeurs – ont réussi à réduire les grands arbres du Nord-Ouest à l’état de simples objets qu’un homme de taille et de condition physique moyennes pouvait abattre, débiter, charger et transporter sans grand effort. Aujourd’hui un arbre de trois mètres de diamètre peut être abattu en dix minutes à peine et débité en une demi-heure. Ensuite, il ne faut pas beaucoup plus de temps à un débardeur à pince – sorte de grosse tenaille montée sur un tracteur – pour soulever les grumes de plusieurs tonnes et les charger sur  un camion. En théorie donc, un arbre de deux cents tonnes qui a grandi à l’abri des regards pendant un millier d’année et qui a résisté aux bourrasques, aux incendies, aux inondations et aux tremblements de terre peut être abattu, débité et expédié à la scierie en moins d’une heure et par trois hommes seulement. En 1930, toute l’opération aurait nécessité douze hommes et une journée entière de travail. En 1890, plusieurs semaines, et en 1790 des mois – à supposer qu’on ait pu abattre un tel arbre à l’époque. »

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10 juil 14

Grand Funk (The Red Album) [Grand Funk Railroad]

Prépare-toi à l’inoubliable. Ce soir, je t’invite à explorer les profondeurs du heavy-blues avec le grand Grand Funk Railroad et ce qui est leur second album, tout rouge, qu’entre-nous appelons The Red Album.

Ce fut un soir, une nuit étoilée. Une radio allumée. France Inter pour dénoncer. Une super émission de Laurent Lavige non reconduite en septembre. J’avais la rage, et le cœur en vrac. C’était une belle émission pour les noctambules. Musiques noires, musiques soul, musiques rock. De nombreuses découvertes, amis insomniaques. Pas de quoi faire le fier dans une « Black Liste », un peu détonnant par rapport à la couleur musicale de l’émission, mais ce soir là fut diffusé ce groupe. Choc. Une basse hautement funky, une voix chaude et rocailleuse, et une guitare électrisante. Frissons dans les draps.

Yes, I’am feel allright…

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7 juil 14

Shakespeare n’a jamais fait ça [Charles Bukowski]

« – Allez, file moi un peu de ton pinard, chérie.
- Hank, tu bois trop vite. Tu vas te rendre malade.
- Je sais. Mais juste un petit coup, chérie, pour nourrir mon âme… »

Hank commence son histoire par la fameuse scène du petit écran, celle-là même qui fit, contre son gré, sa renommée et sa réputation en France, « Apostrophes ». En deux pages, la scène est torchée. Un passage vite fait, vite oublié, il prend le train direction Nice. « Shakespeare n’a jamais fait ça » n’est donc pas un recueil de nouvelles comme Bukowski en a l’habitude et la biture. Un livre de commande sur son voyage chez ses éditeurs français et allemands. Sur commande, certes mais non dénué d’intérêt parce que Hank se livre comme il ne l’a jamais fait.

Je découvre un personnage humain, profondément attachant. Un peu dépassé par les évènements, par l’attrait surprenant que les gens semble lui porter. Il n’est pas Norman Mailer et pourtant des inconnues lui demandent des autographes. Totalement surréalistes. Et pourtant, il le mérite bien ? Norman aussi (bien que je ne l’ai jamais lu). Par contre, Hank, je commence à le connaître et apprécie tant sa prose et son verbe (non, je n’ai pas dit verge) que rien ne me surprend plus de sa part. Sauf son excès de timidité et de fragilité qu’il présente dans ce récit autobiographique.

« Comment un type qui ne s’intéresse à presque rien peut-il écrire sur quoi que ce soit ? Eh bien, j’y arrive. J’écris sur tout le reste, tout le temps : un chien errant dans la rue, une femme qui assassine son mari, les pensées et les sentiments d’un violeur à l’instant où il mord dans son hamburger ; la vie à l’usine, la vie dans les rues et dans les chambres des pauvres, des invalides et des fous, toutes ces conneries, j’écris beaucoup de conneries dans le genre… »

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5 juil 14

Le Live : Europa

Caliente !

Une Nuit Chaude. Muy Caliente même. Avec cette guitare qui frôle tes seins, et ce saxo qui caresse tes fesses. Que j’ai envie de pénétrer ton âme avec ce son d’un autre temps, d’une autre température. Assoiffé de désir, les degrés montent et je te prie de fermer les yeux pendant huit minutes et trois secondes.

Je pose délicatement ma main sur ta joue pour à peine te réveiller et je t’effleure avec de tendres caresses. Ta respiration douce et sereine me touche. Ma main descend lentement sur ton corps, qu’il est long… !!! Long avec ces jambes interminables. Je te chuchote des mots doux à l’oreille alors tu te décales et tu me fais une petite place dans ta bulle. Mon futal tombe, mon caleçon aux couleurs « maracana », mon tee-shirt et je m’allonge à côté de toi et tu m’attrapes avec tes mains et les poses sur mon ventre. J’ai envie de toi, je me tourne, nous nous faisons face, je t’embrasse avec gourmandise et notre nuit nous appartient… Caliente !

Putain, cet « Europa » est bien plus qu’une simple musique. C’est outrageusement un appel au viol. Mon corps t’appartient. Rageusement, de la tête au pied. Certains trouvent l’inspiration comme ça en une nuit, quelques mots sortis de l’esprit qui font des phrases pleines d’émotion et de sentiments troublants. A jeun en plus. Moi j’ai besoin d’une bière, La Voie Maltée, de cette musique et de cette chaleur pour puiser de l’émotion dans mes billets, pour transpercer ton âme et pour caresser les corps de brésiliennes. Pas de samba ce soir, mais un doux et profond mélange de rock et de tango. L’Argentine à l’honneur. Caliente !

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1 juil 14

Love Songs : That Look You Give That Guy

Je frappe à la porte, discrètement de peur de la réveiller, même si j’espère en mon for intérieur qu’elle ne dort pas encore. J’entends ses pas, son souffle à travers la porte. Peut-être même son cœur qui bat. Elle m’ouvre. Une grande brune aux longues jambes et au sourire éclatant. Putain, ce qu’elle est belle avec ces yeux qui pétillent aussi follement que les bulles d’un Dom Pérignon.

Une lumière éclatante, une belle robe suffisamment courte pour mettre en évidence ses longues jambes et des tas de livres autour de nous. De la poésie, Rimbaud et Verlaine, de la littérature, Bukowski et Larsson, des classiques, Hesse et Zweig. Encore plus belle entourée de ces livres. Des bougies, un verre de vin, un chien pourquoi pas au pied du lit. Je la recouvrirais bien de cette centaine de livres, juste pour pouvoir l’effeuiller un à un, et faire durer le plaisir de la dévoiler lentement le temps de faire monter ce putain de désir à son zénith.

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26 juin 14

mon Père était Berger [Robert Laxalt]

« Un vieil album aux images fanées, témoins d’un autre temps et d’une autre façon de vivre, avait fait surgir du passé les souvenirs d’un pays distant de milliers de kilomètres. Cavaliers couverts de poussière, Cadillac noires inconfortables entourées d’hommes en tenue de travail ou en costumes à faux col, bergers et leurs mules, troupeaux innombrables de moutons avec le soleil se reflétant sur les toisons. Et à l’arrière-plan, toujours, le désert gris du Nevada. »

Plus qu’un vieil album aux photographies fanées et jaunies par le temps, c’est à un véritable témoignage d’une autre époque sur lequel l’espace d’une centaine de pages je me suis retrouvé confronté. « Mon père était berger », par Robert Laxalt. Son père, donc, c’était Dominique Laxalt. Mais avant de parcourir les traces de l’ancien, petit détour sur le fiston, écrivain et journaliste. Plusieurs fois nominé au prix Pulitzer, Robert Laxalt (1923 – 2001) est entré dans le monde de la littérature avec justement ce court essai (qui à l’origine aurait dû être encore plus court, style nouvelle, si sa maison d’édition n’avait pas insisté sur le fait qu’une telle histoire méritait amplement plus de chapitres) publié en 1957 sous le titre original « Sweet Promised Land ». Il fut notamment le fondateur du département des études basques à l’université de Reno (Nevada).

« Sweet Promised Land ». Une terre promise pour de nombreux bergers basques qui au siècle dernier ont été nombreux à émigrer vers ces lointaines contrées, attirés par ces grands espaces, par la reconnaissance de leur métier, par l’argent et la richesse qui leur paraissaient si accessibles. D’ailleurs, beaucoup sont devenus riches, propriétaires d’un cheptel impressionnant, mais beaucoup sont redevenus très pauvres suite à une grave crise. Son père Dominique a vécu les deux aspects de cette nouvelle vie, post Pays Basque. Maintenant, il commence (certains diront à peine) à se faire vieux. Il apprend qu’une de ses sœurs est gravement malade. La question se pose donc : doit-il retourner au pays, un pays qu’il n’a pas revu depuis 47 ans. L’envie est belle, mais la peur aussi. Après presqu’un demi-siècle, les États-Unis, et le Nevada en particulier, est après tout, tout aussi bien son pays que la France et sa région natale, le Pays Basque. Ainsi, chaque année, son retour est mis en balance sur la table, une réflexion est menée mais de façon totalement prévisible, le départ est remis à l’année suivante. Il y a toujours trop de travail à faire ici, avec ses brebis, son troupeau à gérer et sa famille à s’occuper… Justement, sa famille va réussir à le pousser littéralement dans l’avion pour retourner au pays. Et c’est justement le rôle de Robert Laxalt d’accompagner son père dans ce qui ressemble à un retour aux sources.

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21 juin 14

Le Live : Route 66

Un moteur. Vrombissement sauvage. Le vent souffle son air aride. Je coupe le contact. Crache la poussière de la route 66. Je m’arrête dans un bouge qui ne paye pas de mine. Pourtant dès que j’ouvre les portes battantes de cet endroit, une guitare me prend les tripes. Une guitare qui sent le blues. De Chicago à L.A. Une contrebasse balance son rythme. Un piano derrière qui attend. Une nana derrière ce piano. Patiente, elle attend, elle aussi, le feu vert de la guitare pour démarrer à pianoter.

Je fais signe à la serveuse derrière son comptoir. Une pinte bien fraîche. La première doit être toujours bien fraîche pour enlever la poussière. Et puis, je l’attends, elle. Cette femme que j’avais croisé au « Chicken Ranch », assise seule sur son tabouret. Cette femme à la longue chevelure noire. Cette femme avec cette paire de jambes interminables. Elle va venir, comme une évidence. C’est son style, son genre. Une femme qui aime le blues vient forcément boire sa bière ici. Au goulot, bien sûr ! Question de principe, question de tenue et de savoir-vivre ou être.

En attendant, je commande ma deuxième bière. Un peu moins fraiche, celle-là. Un peu plus forte pour pénétrer le groove de la scène. La dame s’excite sur son piano, le rythme s’endiable. Une soirée pour aimer, une soirée pour baiser. Cette musique, ça me titille l’esprit, les doigts m’en démangent sur le comptoir du bar. Je surveille l’entrée, attend le courant d’air propice à l’ouverture de ces portes battantes. Je l’imagine les franchir, lunettes noires et sourire éclatant, un corps brûlé par le soleil, des jambes toujours aussi longues et cette petite robe que les pales du ventilateur fait voler légèrement. Rien en dessous, une évidence, je te parie la prochaine tournée de Chimay.

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