29 jan 15

La guerre d’hiver [Philip Teir]

La guerre d’Hiver oppose la Finlande à l’URSS de novembre 1939 à mars 1940, se soldant par la perte d’une partie de ses territoires, malgré la résistance des Finlandais menés par le général Mannerheim. Après ce petit aparté historique qui n’a d’intérêt que pour comprendre qu’il faut sortir la bouteille d’aquavit pour se réchauffer le cœur, à défaut une bière scandinave, Bryggerigaarden Kælder Bryg. Des plaines enneigées, un froid mordant, la chapka sur la tête et les moufles à portée de mains pour un hiver à Helsinki. Max s’apprête à fêter ses 60 ans. Un mariage avec Kattriina qui s’est usé lentement et deux grandes filles, Helen mariée sans être véritablement heureuse et Eva étudiante en art encore rêveuse du grand amour.

« En arrivant dehors avec Amanda, Max fut frappé de voir le monde entier transformé. Le soleil brillait, d’une clarté irréelle, d’une clarté qui lui donnait presque le vertige, un paysage sobre, finlandais, qui semblait s’adresser directement à lui et lui dire quelque chose comme : secoue-toi, ressaisis-toi, c’est aujourd’hui le premier jour du reste de ta vie. ! »

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27 jan 15

Lettre à Momo [Hiroyuki Okiura]

Momo, jeune fille de 11 ans, dans un état profond de tristesse. Quelques mois plus tôt, son père océanographe disparait en pleine mer, lui laissant une lettre inachevée avec ces seuls mots : « Chère Momo… ». Ce jour-là, une dispute entre le père et la fille, et ces derniers mots et regards épris de colère qui a de quoi perturber la jeune fille, se sentant profondément coupable de cette disparition.

Une île à la campagne, loin de la ferveur tokyoïte pour tenter de se reconstruire, d’oublier le chagrin et de prendre un nouveau départ. Avec sa mère souvent absente pour son travail, elle va rapidement se sentir seule et abandonnée. Mais elle se rendra compte que dans cette maison vide, elle n’est pas si seule puisque des yôkaïs semblent la suivre, y vivre et faire quelques tours sournois. Tu te demandes peut-être ce qu’est un yôkaï ? Non… Je vois, tu es un habitué du saké chaud et les yôkaïs sont habituels chez toi après la troisième fiole de saké…

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25 jan 15

Les Gardiens du Louvre [Jirô Taniguchi]

Quelle foule… T’ai-je déjà dit que j’ai une allergie chronique pour les rassemblements humains. Et tu veux m’emmener voir La Joconde au musée du Louvre. Ce minuscule tableau derrière des dizaines et des centaines de personnes, touristes chinoises, touristes japonaises et mafieuses russes. Si encore il y avait de belles et divines brunes en mini-jupes à mater. Mais avec ce froid si glacial qu’on se croirait au Québec, elles doivent être emmitouflées dans leur zibeline avec un gros bonnet de laine (et pompon en poil de yack) à pouffer de rire… Bref, le musée du Louvre, je n’y ai pas encore mis les sabots. A moins que…

Une fièvre terrible… Du genre hallucinatoire. Les gouttes de sueur qui perlent du front, la température qui frôle celle du soleil dans un concert à Pompéi. Un célèbre mangaka, venu visiter la capitale, et qui apparemment a mangé un peu trop de sushis avariés – ou bu trop de saké chaud avant d’atterrir sur Paris. Il réussit tout de même à se mettre debout, à affronter la foule, et grâce à son billet coupe-file, il parvient jusqu’à la porte surveillée par cinq militaires armés comme en temps de guerre (mais nous devons être en guerre contre l’arrogance humaine). Je me faufile derrière lui. A moi, les chefs d’œuvres de De Vinci et de Van Gogh… …. ….

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22 jan 15

The Endless River [Pink Floyd]

Prendre une pagaie.

Mettre le canoë à l’eau.

Gilet de sauvetage, bières de secours.

Se laisser porter par les flots.

La brume épaisse, pas d’horizon.

Lentement.

Comme la vie est un long fleuve tranquille.

Regarder son pied et se dire quel pied.

Combien d’années que tu n’as pas pris ton pied avec la bande à Gilmour.

Cela devait remonter à la bande à Waters. C’est dire…

Autant dire même une éternité,

Le temps que la comète fasse le tour de la voie lactée ou maltée.

Mais tu seras d’avis que cela vaut parfois le coup,

Non pas d’explorer la voie maltée

Mais d’attendre, une ardente patience même.

Tu seras d’avis également que mon avis n’a au final si peu d’importance,

Car il est d’avis public – voir de notoriété –

Qu’un Pink Floyd garde toute son importance

Auprès d’une petite légion d’irréductibles

Romains, Gaulois ou Autres

Sans distinction de sexe et de bières.

Je dis ça en voguant parce qu’il se trouve que certains de ces irrémédiables fans

Préfèrent un verre de Suze à un verre de bière,

Même pour écouter « The Endless River »

Le grand retour du groupe au nom de flamants roses.

Pagaie, pagaie,

La brume s’est dissipée,

L’eau est plate, pas un remoud.

Tu vogues toujours droit devant,

Vers cet horizon infini

Où le ciel, tout au bout, se mélange à la rivière.

Tu te demandes si un jour tu reverras la fin,

Arriveras à la source ou à l’embouchure,

Et poseras ton canoë sur le rivage.

Boire à même une noix de coco,

Avant de t’allonger nu sur le fond sablonneux.

Pagaie, pagaie,

La musique te porte,

Grandiose, majestueuse,

Solennelle.

Elle t’emporte dans les souvenirs grandiloquents

De « Shine on Your Crazy Diamond ».

Elle t’embarque à la frontière du rêve et de la somnolence,

Te faisant presque toucher l’illusion éphémère de « Ummagumma »,

Guitare omniprésente et saxophone occasionnel donne des airs

De « Dark Side of the Moon »,

Tandis que tu aurais presque envie de remiser juste un soir

Ton « Animals » au placard,

Mais juste un soir.

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19 jan 15

Souvenirs d’un pas grand-chose [Charles Bukowski]

« Souvenirs d’un pas grand-chose ». Le pas grand-chose, cela aurait pu tout à fait être moi. Pour cette raison peut-être que je m’y suis senti bien dans ce nouveau Bukowski, aussi bien que dans un caleçon porté cinq jours de suite. Parce qu’en fait de pas grand-chose, il n’en est pas vraiment question puisqu’il s’agit du grand Hank Chinaski alias Charles Henri Bukowski ou tout autre pseudo qui lui convienne. Bref, d’un type bien, au cœur tendre, d’un gars émouvant qui se raconte, au moment de l’enfance et de l’adolescence.

Débuts des années trente, la Grande Dépression et la misère. Une époque idéale pour bien galérer dans la vie. Avec, en plus, un paternel au chômage mais qui fait semblant d’aller travailler à la même heure tous les matins, juste pour ne pas montrer à ses voisins la merde qu’il est. Car il en est bien une, de grosse merde. Du genre à haïr pendant au moins neuf vies. Après tout, on n’est pas obligé d’apprécier les séances de fouet au ceinturon dans la salle de bains. Quel gros con, ce vieux. Qu’est-ce qu’il m’a fait chier jusqu’au jour où il a compris que je pouvais lui en mettre une et l’allonger d’un crochet du gauche à lui faire défiler les étoiles dans sa tronche.

« Seul, je me regardais souvent dans la glace en me demandant jusqu’où pouvait aller la laideur. Je me regardais la gueule sans arriver à y croire et puis je me retournais pour examiner tous les furoncles que j’avais dans le dos. J’en restais horrifié ! Pas étonnant que les gens me dévisagent ! Pas étonnant du tout qu’ils me jettent des trucs peu aimables à la figure ! On était très loin de l’acné juvénile. Non, moi, ce que j’avais, c’était des furoncles enflammés, qui n’arrêtaient pas de me faire mal et qui étaient bourrés de pus. »

Mais l’école n’est pas la panacée non plus.

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15 jan 15

Highway Rider [Brad Mehldau]

Brad Mehldau ne s’apprivoise pas facilement. Il me faut plusieurs écoutes avant de m’imprégner de ses mélodies. Sont-elles  si complexes ou étranges qu’elles nécessitent du temps ? Ce Highway Rider est dans cette même ligne de conduite. Après quelques écoutes au cours de ces dernières années, ce n’est qu’aujourd’hui que je n’ai pris la pleine mesure de ces mélodies jazzistiques. Un Brad Mehldau, légèrement plus accompagné que son trio habituel avec Larry Grenadier à la contrebasse et Jeff Ballard à la batterie, puisqu’il est rejoint par Joshua Redman au ténor et soprano et Matt Chamberlain pour une seconde batterie plus lourde et percutante. Il faut avoir l’âge ou le bon tempo pour apprécier Brad Mehldau. Il faut prendre le temps, avoir l’envie aussi de se sentir enveloppé de ce profond soupire de plaisir que procurent ses mélodies. Imaginer un désir musical, comme enlever la robe d’une jolie femme pendant que le piano susurre ses aubades et découvrir la beauté cachée dessous, ces sous-vêtements blancs tout aussi désirables. Voilà ce que m’inspire Brad sur cet album. Pureté et volupté.

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12 jan 15

11 Minutes [Paulo Coelho]

« L’homme ne bougea pas. Au début, elle lut une certaine timidité dans ses yeux, mais cela ne dura guère. Il la regardait, et, en imagination, il la caressait avec sa langue, ils faisaient l’amour, transpiraient, s’embrassaient, mêlaient tendresse et violence, criaient et gémissaient ensemble.

Mais en réalité ils ne disaient rien, ni l’un ni l’autre ne bougeaient, ce qui renforçait son excitation, parce qu’elle aussi était libre de penser ce qu’elle voulait. Elle le priait de la caresser doucement, elle écartait les jambes, se masturbait devant lui, prononçait indifféremment des mots romantiques ou vulgaires, elle avait plusieurs orgasmes, réveillait les voisins, ses cris alertaient le monde entier. »

Extrait du journal du Bison :

Sans but, je me promenais dans la rue de Berne. Un soleil digne d’une fin de printemps illuminait encore la ruelle genevoise. Les parasols des bars étaient encore ouverts. Quelques touristes prenant une coupe de champagne ou un Lagavulin 16 ans d’âge tout en offrant une coupe de jus de fruits frais à quelques dames – à peine plus âgées que mon Lagavulin -, brésilienne, slovaque, nigérienne. Poupée blonde de l’Est, poupée noire de l’Afrique, poupée dansante d’un Brésil samba. Il fait déjà bon à cette période autour du lac de Genève. Les congrès continuent leur routine avant le début des vacances, l’animation sera plus chaude dans les travers de la ville.

Je l’ai vu, âme solitaire attablée au Copacabana. Un sourire à m’en exploser le cœur. Avais-je assez de billets dans ma poche pour m’offrir ce sourire et ce cul ? Mes pas s’approchent de sa table, comme si une attraction magnétique attirait irrémédiablement mon corps vers le sien. D’un regard, elle m’envouta, Maria, belle fille d’une lointaine province éloignée de Rio. Maria, jeune fille frêle et innocente, qui a fait le choix de louer son corps pendant une année pour s’offrir un parfum Kenzo, un restaurant de crustacés, une ferme au Brésil. Hypnotisé par son regard et par son sourire, je l’écoute en silence me parler de sa vie, de son métier, des choix à faire, de ses choix. Qu’en est-il des miens ? J’ai l’impression de n’avoir jamais fait de choix dans ma vie, de me laisser porter par elle. J’ai le sentiment de ne pas vivre.

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9 jan 15

Carrie au Bal du Diable [Brian De Palma]

Cela commence par une scène sous la douche. De jeunes lycéennes nues se douchant et se baladant dans les vestiaires après leur cours de gym. Cette odeur de sueur, de shampoing et d’une jeunesse insouciante et délurée. Et parmi ces jeunes filles nues, Carrie, celle qui est à part, celle qui n’a pas de camarade, celle qui est le souffre-douleur de la classe. Il en faut une, ce sera Sissy Spacek. Je passe rapidement sur le fait que ces jeunes filles ont toutes plus de vingt-cinq ans et qu’elles sont censées en avoir dix de moins… (Mais certaines femmes ont l’art de repousser le temps à en paraitre facilement dix de moins).

Une douche et les humeurs de l’adolescence. Premiers saignements et humiliation. Cruautés des ados envers les plus faibles. Comme si cela ne suffisait pas la mère de Carrie est du genre religieuse extrémiste. Brimades et prières. Un placard avec un Jésus crucifié. Carrie enfermée à l’intérieur. Pénitences, prières. Alors que Carrie voudrait juste vivre comme les autres filles de son âge. Mais elle a eu le tort de naître « fille », l’ultime péché selon sa mère qui mériterait bien des séances de flagellations pour expier cette faute impardonnable.

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6 jan 15

Satan Lake [Joanne et Gerry Dryansky]

« Dans un bar, à l’extrémité miteuse de la ville, de l’autre côté d’Allen Park où a eu lieu le dernier meurtre, Will laisse un message avant de raccrocher le taxiphone. Toute la nuit, au volant, il a sillonné les rues, comme si quelque chose pouvait éventuellement lui apparaître, qui ait un rapport avec le crime – exercice, bien entendu, totalement insensé. Il a beaucoup conduit ces derniers temps, sans but véritable, le halo rouge du néon de Randy’s Hideaway, qui brille sous la pluie, lui a vaguement fait penser à un refuge. Le voici donc accoudé au bar, ce qui ne l’avance pas plus que de rouler sans but. Tout vient du fait qu’il n’arrive pas à rentrer chez lui, maintenant qu’elle n’est plus là. […] »

État de New-York, un été de 1984. J’y croise cette gamine, treize ans, fille de parents divorcés. Angie, une musique des Stones dans la tête. Un père qui veut refaire sa vie auprès d’une jeunette bien roulée et une mère alcoolique et totalement nymphomane. Un été qui va changer le cours de sa vie, surtout lorsque du coté de Satan Lake – pourquoi ce surnom, une croyance hippie encore – sévit un dangereux serial killer. Points communs de cette succession meurtrière : la déviance morale des victimes. Mais bon, avec ce seul critère, la liste des suspects tout comme celle des victimes potentielles risquent d’être sacrément longues. Et nul doute que c’est accoudé au comptoir de ce bar que je trouverais l’inspiration.

«  […] Il fait signe au barman de lui donner un deuxième Canadian Club, avec une bière. […] »

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4 jan 15

The Ghost of Tom Joad [Bruce Springsteen]

La nuit obscure et sombre. Un lampadaire, halo faiblard de lumière qui  voile d’une nappe ocre sale la chambre. Seul dans cette chambre. Le silence à peine étouffé par le reste de neige qui enveloppe la rue, une couche plus noire que blanche. J’allume la platine, glisse un disque. Bruce Springsteen ce soir. Le fantôme de Tom Joad. Je me sers un verre de bourbon. Maker’s Mark du Kentucky. De quoi réchauffer l’âme et la chambre. Je ferme le bouquin de Steinbeck, les raisins de la colère. La crise de 1929 succède à celle d’aujourd’hui. Et de demain. Oublie Tom Joad. Ouvre un autre bouquin, autre auteur, Olivier Adam, par exemple. Une Peine Perdue. Une âme errante sur la corde raide. Comme Tom Joad. Un harmonica, une cabane en bois, et un charriot pour crapahuter de champs en plaines. La guitare sur l’épaule, le dos courbé, la peine vacillante. Une bière, même amère, même frelatée. Et un univers sombre qui s’abat sur soi. J’erre dans cette chambre comme le fantôme de Tom Joad. Bruce de sa voix éraillée apporte cette chaleur qui réchauffe l’âme humaine. Le bourbon agit aussi, sur ce même principe, envelopper le corps d’une chaleur qui se diffuse lentement.

« Il allume la chaîne hi-fi. Bruce Springsteen. Se sert un whisky. Les deux font le même effet. Vont dans le même sens. C’est un peu fort, mais ça réchauffe. Pas de la grande musique. Pas du grand whisky. Des sons familiers. Un goût habituel. Qui se fondent dans la vie telle qu’elle va. Sans vous regarder de haut. Sans prétendre à quoi que ce soit. Comme un type qui vous serre dans ses bras quand ça va mal et vous tape dans le dos avant de vous offrir une bière. »

Olivier AdamPeine Perdue.

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