31 mar 15

Réflexions [Hélène Grimaud]

C’est dans le silence que je réflexionne le mieux. Et la nuit. La musique a une saveur particulière dans la profondeur de l’obscurité de mon salon. Un verre à la main, bien sur, pour aromatiser la pièce de doux effluves. Là, j’écoute, sereinement, l’esprit libre et vagabondant entre les étoiles au rythme des touches de piano. Celles d’Hélène Grimaud. Je t’accorde sa médiatisation qui cache sûrement d’autres talents dans un anonymat tout aussi obscur que mon salon. Mais laisse-moi donc fantasmer sur ses mains, son cou, ses cheveux, son sourire… et son doigté au détriment d’autres virtuoses des touches blanches et noires. J’imagine ses doigts caresser mon corps au même rythme que sur son piano… et bousculer mon âme.

Ce soir, réflexions autour de 3 compositeurs. Robert Schumann, Clara Schumann et Johannes Brahms. Permets alors que je me serve 3 verres pour 3 impressions variées.

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29 mar 15

J’irai cracher sur vos tombes [Boris Vian]

Trouver les mots justes pour satisfaire ta curiosité, celle d’OSER ouvrir les pages de ce roman de 1946 :

un bourbon ?

un blues?

une sodomie ?

Je connais des adeptes aux trois propositions mais je ne suis pas là pour dénoncer les bonnes mœurs de notre époque. Je rajouterai un bon bouquin depuis plus d’un demi-siècle.

Bukton ressemble à un petit coin de paradis où on baise et on s’ivrogne sur cette musique de l’âme, sur cette cadence de blues. Une bourgade paisible pour une vie qui sent bon le printemps et l’insouciance. Une petite cité de l’Amérique dans un temps où avoir du sang noir qui coule dans les veines n’est pas très bien vu.

« - Qu’est-ce qu’on vous sert ? demanda-t-il.

- Deux bourbons, commanda Hansen en m’interrogeant du regard.

J’acquiesçai.

Le garçon nous les donna dans deux grands verres, avec de la glace et des pailles.

- Je le prends toujours comme ça, expliqua Hansen. Ne vous croyez pas forcé…

- Ça va, dis-je.

Si vous n’avez jamais bu de bourbon glacé avec une paille, vous ne pouvez pas savoir l’effet que cela produit. C’est comme un jet de feu qui vous arrive sur le palais. Du feu doux, c’est terrible.

- Fameux ! approuvai-je.

Mes yeux tombèrent sur ma figure dans la glace. J’avais l’air complètement sonné. »

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27 mar 15

Mommy [Xavier Dolan] Tabarnak !

Tabarnak, affichez-moi ces putains de sous-titres, je ne comprends pas encore cette nouvelle langue qu’est le québécois. D’ailleurs, je me demande si, entre-eux, ils se comprennent réellement. Un mot sur trois arrive à chatoyer mes oreilles, alors quand ce moment est Tabarnak, c’est avec sourire et jubilation que je ressens la fierté québécoise.

Xavier Dolan, je l’adore, ce gamin hyperactif qui depuis 10 ans ou presque tourne, fait de la promo, tourne, fait de la promo, tourne, sans même s’arrêter. Pour mon plus grand bonheur, je dois l’avouer. Ce petit génie biberonné à la Blanche de Chambly qui ne cesse de m’émouvoir et de me remuer les tripes.

Je te fais le speech rapidement parce que de toute façon, je me fous un peu de l’histoire. Savoir qu’elle a été réalisée par Dolan me suffit amplement. Moi, je suis fidèle aux réalisateurs et non pas aux histoires d’un soir.

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25 mar 15

Le Combat Ordinaire [Manu Larcenet]

C’est l’histoire
d’un photographe fatigué,
d’une fille patiente,
d’horreurs banales
et d’un chat pénible.

Je crois que ce quatrième de couverture a tout raconté de ce premier volume. Tout est dit, tout est à lire. Le chat, une vraie teigne, méchant et irritant, un vrai sauvage, au doux prénom d’Adolf. Faut dire qu’en y regardant de plus près, il a un petit air de ressemblance, la moustache en moins.

Les horreurs banales, celles d’une guerre d’Algérie avec ses tortures et ses impunités. Mais les hommes ont le droit de changer ou pas ? Reste qu’il est pardonnable d’avoir gardé la rage en soi devant les mensonges et les exactions.

Une fille patiente. Belle comme une institutrice des campagnes. Elle est amoureuse, elle est conciliante. Mais putain, ce qu’elle met la pression à ce type quand elle parle d’appart et de bébé. Alors qu’elle croit juste en l’avenir.

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23 mar 15

Hot Rats [Frank Zappa]

Le soleil s’estompe à l’horizon pour une nouvelle nuit de beuverie et de débauche. Les portes du ranch restes grandes ouvertes et à toute heure pour accueillir les âmes perdues et tous les jeunes soixante-huitards de l’époque, ces drogués au LSD, ces sauvages qui s’éclatent en jouant un rock’n’roll cool, ces cheveux longs à la barbichette hirsute. Une invitation informelle pour Frank Zappa qui ramène enfin sa fraise et sa guitare par ici. Sans les Mothers of Invention. Ouf, cela fera moins de bouteilles de rye à sortir de la cave. Avec Captain Beefheart en personne. Ouch, va falloir que je revoie le stock de bouteilles à la hausse.

Willie the Pimp by Frank Zappa on Grooveshark

Avec « Willie The Pimp », c’est Captain en personne qui vient me parler de Willie le proxénète. Grand morceau, beau métier, proxénète. Une ambiance cinglante et une guitare virtuose qui égaie de son entrain les grandes plaines de poussière. Zappa, on y vient pas comme ça. Il faut prendre son temps, avoir la patience qu’il daigne pénétrer ton cœur. Il ne s’apprivoise pas, trop sauvage, mais il s’insinue lentement dans les interstices de ton âme avant de pouvoir te charmer et te conquérir. Parce qu’avec une telle succession de solos, la guitare te lessive le crane. Et ça fait du bien – pour faire court sur mon ressenti.

Hey mec, tu peux laisser en paix ta guitare trente secondes que je repose mes esgourdes ?

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21 mar 15

La Réserve [Russell Banks]

Oui, je sais, l’excuse est facile : sortir une vieille chronique d’outre-tombe, juste pour se servir un nouveau verre de whisky. 16 ans d’âge, au cœur du Speyside, Aberlour et une eau si pure. Et en plus, je suis conscient que ce roman n’est pas un indispensable de l’auteur, un incontournable. Sauf que moi, j’avais soif, le gosier en feu, et surtout que j’avais bien apprécié cette plongée dans le Nord de l’Amérique, dans une nature luxuriante où passions et amours se conjuguent comme sur une musique de Led Zeppelin. Le Zeppelin, le véritable héros de ce roman.

Hier, Russell Banks m’avait emporté dans la belle région des Adirondacks au début du mouvement anti-esclavagisme A lire absolument cet inoubliable « pourfendeur de nuages » !, quelques années avant la guerre de Sécession. Avec « La Réserve », le milieu reste le même et ces majestueuses montagnes deviennent le théâtre non plus d’une sauvagerie contre l’esclavage mais d’une « bluette glamoureuse » entre une petite fille gâtée et un artiste peintre en vogue dans les années 30.

Avant de m’atteler à cette lecture, j’avais entendu (et lu) beaucoup de critiques pas franchement des plus enthousiastes. Déception et ennui sont les qualificatifs qui ressortaient le plus souvent des impressions sur son dernier roman. Pourtant, je fis fi de ces propos, voulant me forger ma propre opinion sur le sujet, en grand adorateur de Russell Banks que je suis. Et comme souvent avec l’auteur, je ne suis que rarement déçu par son écriture et son histoire. Je ne m’aventurerais pas à le comparer à ses précédentes œuvres (le parfum à l’eau de rose n’a que peu de caractéristiques communes avec l’odeur de la marijuana de ses trips jamaïcains ou de la sueur noire de ses esclaves), cela n’apporterait qu’un très faible intérêt ; mais avant tout, avec Russell Banks, il y a surtout un univers particulier, une ambiance dans laquelle je plonge allègrement (dans ce cas précis, je devrais écrire dans laquelle je plane).

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18 mar 15

Pourfendeur de Nuages [Russell Banks]

En faisant partager ma lecture sur son dernier recueil de nouvelles, « un membre permanent de la famille », j’ai eu l’intime conviction de t’avoir déjà parlé de cet auteur qui à sa manière, en quelques romans, m’a bouleversé, ému, passionné. Et puis, voilà que je me rends compte que je n’avais pas pris la peine de reprendre de vieux billets laissés au vent de certains blogs ou forums. Le temps de me servir un verre, de retrouver ces traces de moi et de l’auteur, et de me replonger dans son univers avec 2 romans marquants. Ce soir, je te donne rendez-vous avec le « Pourfendeur de Nuages ». S’il faut en lire un, celui-là me parait indispensable. Inimaginable même de passer à côté.

« Chasseur d’esclaves, a dit Père, je t’envoie tout droit en enfer. »

Russell Banks m’entraîne dans les années 1830-1850 à la découverte d’une famille d’agriculteurs installés dans une contrée sauvage, tout à fait admirable, exemplaire même : la famille américaine idéale de cultivateurs chrétiens. Cela pourrait être n’importe quelle famille des coins perdus d’une Amérique profonde, une famille de pionniers simplement à la recherche de bonnes terres pour élever son bétail, pour vivre de ses récoltes mais surtout survivre aux conditions difficiles de tout pionnier de cette époque. Mais (parce que sans « mais », la vie de cette famille pourrait me sembler fade et sans intérêt), cette famille est dirigée par un grand chef de clan, un homme au caractère très autoritaire, à la rigueur exigeante, extrêmement pieu et un orateur passionné qui vit uniquement selon les critères de la Bible et du Seigneur. Cet homme : John Brown, plus connu sous son nom de « guerre » John Osawatomie Brown.

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17 mar 15

Le Live : Summertime in England – Ballerina

Tu vas trouver que je manque, une nouvelle fois, cruellement d’imagination. Effectivement pour la St Patrick, je ne suis capable de ressortir de sa tombe que le Rory Gallagher ou de partager une pinte avec ce bon vieux Van Morrison. A croire que les irlandais ne fréquentent pas souvent ma taverne. Je te l’accorde. En plus, je ne suis pas vraiment fan des Pogues – plus par méconnaissance. Alors ce soir, comme d’habitude, je partage mon verre et mon âme avec Van pour le double live de la St Patrick. Je te sers un verre. Tullamore Dew ou Guinness. Au choix.

Une fois n’est pas coutume, je n’irai pas chercher l’artillerie lourde, genre stratoscatère éphémère. Non, ce soir, je te propose juste une ballade onirico-irlandaise. Prendre le temps de savourer son verre, sentir la chaleur nous envahir, les gouttes de sueur perler ton si doux visage. Il est bon de se laisser aller par ce sentiment irrationnel de bonheur qu’une chanson ou une musique peut nous apporter. Il est temps de fermer les yeux, une dernière gorgée avant. Le liquide s’écoute lentement à l’intérieur de ton corps, réchauffant chaque interstice de ton âme. Perçois les instants magiques d’un été en Angleterre. Puissance aromatique que le parfum de ton cou qui vient chatouiller mes narines, que les effluves de ton souffle viennent flirter avec mes oreilles, me demandant toujours si je suis en plein rêve tant la scène me parait trop idyllique, ne méritant pas ce flot de bonheur m’envahir quand la voix de Van s’élève de la taverne.

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15 mar 15

Un Membre Permanent de la Famille [Russell Banks]

Cela fait longtemps que je ne m’étais pas plongé de nouveau dans la littérature de Russell Banks. Pourtant, il m’a bousculé à plusieurs reprises. Sacrément même, par moments. Et ce dernier opus ne déroge pas à la règle, avec cette envie subite, la dernière page tournée, de replonger dans un autre de ses romans.

« Un membre permanent de la famille », son dernier recueil de nouvelles.

Des nouvelles parfaitement ciselées qui me transportent de la neige des Adirondacks, à la mi-saison de Caroline du Nord, jusqu’au soleil de la Floride. A l’instar des oiseaux de neige, ces retraités du Nord qui passe leur hiver en Floride. Comme Russell Banks lui-même. Une migration au fil des saisons, mais un même univers. Celui de la solitude. Des pères isolés, des femmes célibataires, des couples divorcées…

« Il se dirigea vers une longue table transformée en bar et demanda une bière à la jolie gamine qui s’en occupait.

‘ Bien sûr, Harold, dit-elle. Mais vous pouvez prendre ce que vous voulez. Ils ont de l’alcool. Même du lait de poule avec du bourbon.’

Il lui répondit qu’une simple Pabst ferait l’affaire. Cette jeune fille travaillait comme serveuse à temps partiel au Baxter, et il aurait bien voulu se souvenir de son nom, mais il ne savait pas comment lui demander sans avoir l’air de la draguer. Elle avait un rosier avec des épines tatoué sur le bras, et ce tatouage disparaissait sous la manche de son tee-shirt noir pour réapparaître avec un bourgeon sur un coté de son cou, juste sous l’oreille. Elle apprécierait sans doute sa pelleteuse s’il la lui montrait un jour. »

L’Amérique de la middle class. Il faut peu de mots à l’auteur pour placer la situation, et d’entrée, pour chaque nouvelle, je suis dans la place. Je vois parfaitement ce père de famille, retraité, deux fils officiers de police, un autre gardien de prison, et lui qui braque des banques pour survivre. Je sens la détresse de cette femme, mère et noire, économisant depuis des années, voulant acheter une voiture d’occasion, se retrouvant enfermer dans ce parc automobile et prisonnier d’un pitbull à l’air hostile. Je perçois le chagrin de cette famille qui se décompose et dont le chien, ce membre permanent de la famille, oscille d’un camp à l’autre.

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12 mar 15

Des Nouilles aux Haricots Noirs [Lee Hae-Jun]

Regarde la beauté de ce fleuve Han qui traverse si majestueusement la mégalopole Séoul avant de se jeter dans la mer Jaune et de séparer le pays en deux. Une lumière presque magique, des néons qui illuminent toute la nuit les ponts qui traversent grandement ce fleuve. Et puis un soir, pauvre monsieur Kim, accablé par les dettes, se jette dans le fleuve, espérant mettre ainsi fin à son déshonneur.

Il se réveille. Aie. Mauvais pont, sombre karma. Même pas capable de réussir son suicide. Un loser. Les pieds dans le sable, il regarde la rive, hébété et hagard. Il a juste échoué sur une petite île déserte, la vue des hauts buildings coréens à une centaine de mètres à peine. Moment improbable que la détresse de cette homme incapable de retrouver la civilisation et qui fou de rage, après la batterie à plat de son portable, déchire ses nombreuses cartes de crédits que tout cadre dynamique doit avoir dans notre société de consommation.

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