27 juin 15

La Poursuite Impitoyable [Arthur Penn]

L’ambiance est lourde, étouffante même. Une chaleur moite à mouiller les chemises même celle du shérif Calder. Quel mec, alors, du genre beau et viril, le genre de gars à acheter une plaquette de beurre sans sourciller à la vendeuse. Putain, je voudrais être ce gars, ce type respectable mais pas vraiment respecté dans cette petite ville de ploucs et de texans.

La rumeur enfle, comme la bosse dans mon pantalon, lorsque je t’imagine, belle poupée blonde des années soixante, dans le genre blonde amatrice tournant des vidéos amateurs pour l’assouplissement du périnée et libérer les chakras. Cette onde qui se distille de bars en bars, de la rue au foyer confortable de la bourgeoisie, du trottoir au bureau du shérif même. L’évasion de Bubber Reeves est sur toutes les lèvres, y compris et surtout celles de la gente féminine…

Parce que, Bubber est du genre blondinet, mais d’un beau blond qui sent le sable chaud et la sueur, avec une coiffure irréprochable même après avoir sauté sur un train, roulé dans les champs, fureté dans les casses automobiles. Le genre de type que même le cambouis fuit sa chevelure aérienne. Putain, je voudrais être ce gars, un type pas vraiment respecté dans cette ville de bouseux.

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25 juin 15

Le Bruit des Choses qui Tombent [Juan Gabriel Vásquez]

« Pourquoi l’a-t-on tué ? Je ne sais pas. Pourquoi l’a-t-on tué, Antonio ? Je ne sais pas, je ne sais pas. Antonio, pourquoi l’a-t-on tué ? Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas. Ils m’interrogeaient avec insistance et je leur fournissais toujours la même réponse, puis, très vite, il est devenu évident que cette question n’avait pas besoin de réponse : c’était plutôt une lamentation. La nuit où Ricardo Laverde avait été assassiné, seize autres crimes furent perpétrés selon divers modes opératoires dans plusieurs quartiers de la ville. Je garde en mémoire les meurtres de Neftali Gutiérrez, chauffeur de taxi battu à mort à coups de manivelle, et de Jairo Alejandro Niño, mécanicien automobile qui avait reçu neuf coups de machette sur un terrain vague, à l’ouest de Bogota. L’assassinat de Laverde était un meurtre parmi d’autres et il était presque insolent ou prétentieux de croire que nous aurions droit à une réponse. »

Pourquoi l’a-t-on tué ? Imagine la scène. Je suis dans un bar à manier la queue dans tous les sens, une bière à la main. Une deuxième même souvent. Un fidèle camarade, partenaire de billard, ce Ricardo Laverde, un brin secret et mystérieux. On se quitte en cette fin d’après-midi, le soleil déclinant, pour retrouver notre vie familiale. Une pétarade dans la rue, bruit furieux d’une moto, avant les coups de feu. Laverde abattu et moi grièvement blessé. Comme je n’ai jamais mis les pieds à Bogota, Antonio Yammara, la quarantaine, n’a jamais eu à regarder son passé, ni celui de son pays. Il le subit plus qu’il ne le suit mais cet attentat va changer sa perception de l’Histoire.

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24 juin 15

All That Jazz [Bob Fosse]

Chorégraphe, metteur en scène drogué aux amphétamines et fumeur invétéré et grand buveur, Joe Gideon mène une existence entièrement absorbée par le spectacle. Sa vie privée elle-même est un spectacle, conduite par des hallucinations aussi éphémères que féminines. Ce gars, même s’il tousse un peu, beaucoup, ne résiste rarement à ses premières danseuses qu’il aime baiser, un peu, beaucoup, à la folie même. Il est comme ça, Joe, toujours la queue qui lui commande et recommande les choix de son prochain casting.

Et puis, son hallucination n’est que Jessica Lange en nuisette transparente, son grand amour décédé. Il y a pire comme fantôme, tu en conviendras. Mais alors qu’il monte la nouvelle revue à Broadway, le barbu là-haut tente de l’interpeller avec sa lumière blanche dans la gueule, sa paralysie du bras gauche, son cœur qui flanche. Tous les signes d’un infarctus, pas très original, là-haut… Mais c’était juste un avertissement, et autour de lui, sa femme, sa fille, sa maitresse tente de le calmer, de maitriser son entrain et de freiner son addiction aux amphèts… Mais la passion est toujours déraisonnable, c’est ça qui est si bon.

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22 juin 15

Le Petit Tabarnak [Jacques Goldstyn]

Rouge de colère. L’autre jour, je racontais à Papa mon dernier exploit au ballon-balai lorsqu’il prononça TA BAR NAK en articulant lentement sur les 3 syllabes après avoir tâter du marteau sur le pouce.

« Hé ! Les gars, c’est quoi un Tabarnak ? »

Et puis, je l’ai entendu de nouveau dire ce tabarnak, le sourire et la bave aux lèvres, lorsqu’il a vu la voisine pelleter la neige devant son igloo en mini-jupe. Et il l’a même répété plusieurs fois : tabarnak, tabaranak, tabarnak…

Mais il vient d’où ce putain de gros mot que les enfants n’ont pas le droit de dire mais que mon papa le dit à tout bout de champs, dès qu’il croise un beau cul dans la rue, une paire de sein à faire frémir de jalousie les miches de la boulangère, ou un sourire envoutant au rouge à lèvre couleur cerise. Tabarnak, oh, ça oui, mon papa il le dit souvent !

Alors, je vais t’expliquer fils, me dit le curé de la paroisse, guettant tel un pédophile aguerri la moindre occasion d’entrainer dans son enceinte tamisée, les petits enfants qui trainent dans le coin. Le tabarnak est un tabernacle, ce n’est ni un gros mot, ni une saleté de nom, c’est un mot sacré ! Putain, si j’avais su ça plus tôt, je me serais mis à prier depuis bien longtemps, moi qui suis à la recherche d’une nouvelle spiritualité.

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19 juin 15

Cape Town Fringe [Dollar Brand]

Entre deux pérégrinations maritimes, je te propose cette escale à Cape Town, Afrique du Sud. Là où le soleil se couche dans la mer, tu poses ta voile et écoute ces quelques notes de piano d’Abdullah Ibrahim ex Dollar Brand. Une cigarette pour regarder la fumée s’envoler au milieu de quelques albatros majestueux. Les pieds dans l’eau, quelques pingouins venus dodeliner, que dis-je, danser même sur ce rythme d’une fougue lancinante. Ah, ce ténor, ah cet alto, ah et puis la flute. La grande classe pendant que « Dollar Brand » pianote son Steinway au bord de la piscine de ce 5 étoiles peuplée de mafieux russes et de grosses américaines en short.

Cela faisait longtemps que je cherchais Abdullah Ibrahim dans tous les recoins de sa discothèque. Je l’ai enfin trouvé avec ce mini disque ; 2 titres, Cape Town Fringe et ses 13 minutes 34 et The Pilgrim avec ses 12 minutes 45.

Oui enfin, je te tiens, tu me plais, moins d’une demi-heure, mais alors quel rythme entraînant et passionnant. Riche et émouvant, je sens ce soleil me chauffer la nuque de tous ses désirs de jambes caramélisées. Le disque est depuis introuvable mais certaines magies inavouables du net donnent accès à tant de bonheur…

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16 juin 15

Méfiez-vous des Enfants Sages [Cécile Coulon]

La jeune Lua déteste le chocolat noir. C’est son droit le plus naturel alors que moi j’aime bien le laisser fondre sur ma langue.
Une petite ville du sud des États-Unis, trop propre et trop bourgeoise pour elle où les filles sont plus du genre à avoir des gosses avant un permis de conduire. Elle s’y ennuie et pourtant depuis petite elle multiplie les petites magouilles entre camarades de classes pour agrémenter son argent de poche comme d’autres multiplient les petits pains. Un père, scientifique qui ramène du travail à la maison, travail qui ressemble à une grosse araignée toute poilue, d’ailleurs quand tu auras fini ce livre tu fouilleras attentivement ton tiroir à culottes pour vérifier que Popeye, cette grosse araignée ne s’y cache pas, d’ailleurs c’est à partir de ce moment où l’araignée s’est enfui de sa boite en carton que la petite Lua a commencé à voir le monde différemment comme si une araignée squattait son plafond, une mère pas très présente ni très aimante, Lua voit ses jours défiler seule, livrée à elle-même et bien décidée à ne pas rester sage.

« Alors Dieu, ou Jésus, je vous ai toujours confondus de toute façon, prends tes cliques et tes claques, retourne là d’où tu viens, enlève-moi cette couronne à la con et trouve-toi des fringues propres. Cherche un taf, un vrai, fais-toi à manger le soir en rentrant, regarde la télé ou fais des mots croisés, appelle tes potes de la Cène et organise un barbecue avec merguez et sauce piquante, et surtout, ne me dis plus ce qui est bien ou mal, n’essaie pas de me montrer le chemin, parce que vu tout ce que tu as fait dans ta longue vie d’Éternel, il n’y a pas de quoi être fier. Vraiment pas. »

That’s where we wanna go to get away from it all…

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14 juin 15

The Hermetic Organ [John Zorn]

Revoilà l’ami John Zorn, celui qui signe son nom d’un Z à la pointe de son saxo. Sauf que ce soir, l’ami John a perdu son sax’. Volé au détour d’une station du métro New-yorkais, violence urbaine. Il erre dans la ville, l’air penaud et tristounet, sans son instrument, quand une voix venue du ciel semble lui ordonner de prendre la première à gauche et de pénétrer dans le grand édifice.

Après tout, il est presque 23h… Qu’a-t-il d’autre à faire en ce 9 décembre 2011 ? Il tourne donc à gauche, pisse contre les briques du bâtiment, avant de regarder l’ampleur de celui-ci. La chapelle Saint Paul. John pousse les portes, personne à l’intérieur, le silence est lourd, pesant, froid même. Il s’avance juste devant l’autel, s’agenouille même, priant le gars qui sourit sur sa croix de lui retrouver son sax’ ou si la tâche est trop ardue – ce qu’il comprend très bien vu le nombre de fourgues qui crèchent dans le coin – de lui susurrer les prochains numéros gagnants de la super loterie.

Le silence reste, la lueur de quelques bougies vacillent, un courant d’air s’infiltre entre les travées des bancs de bois pourris. Frissons. Il se retourne, et découvre cet orgue du XIXe,  si grand, si majestueux. Il s’approche à petits pas, contemple cet enchevêtrement de tubes en cuivres, de touches et de pédales. Il se prosternerait devant tant l’envie le démange furieusement. Et puis…

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12 juin 15

Long Week-end [Joyce Maynard]

« M’être évadé. Vous avoir rencontrés. »

Henry, 13 ans, vit avec sa mère, seule. Adèle. Un comportement un rien obsessionnel qui ne sort pratiquement plus de chez elle, se contentant de boites de soupe en guise de repas. Une vie de recluse depuis sa séparation. Plus d’amies, plus de rapports avec les autres, même les courses sont faites par son fils. D’ailleurs, fait exceptionnel en cette veille de grand week-end avant la rentrée scolaire, les voilà mère et fils au centre commercial pour faire le plein de fourniture scolaire.

Henry, devant le présentoir des magazines. Il aimerait bien feuilleter ce dernier numéro de Play-Boy. Parce qu’honnêtement, à quoi pense un garçon de 13 ans. Aux filles et au cul, uniquement. Et à leurs nichons. Henry qui croise le regard de Frank et qui s’impose dans leur voiture avec une casquette de Red Sox vissé sur la tête, une égratignure de sang séché sur le visage.

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9 juin 15

Gold [Thomas Arslan]

Tabarnak, je selle mon vieux cheval, et je pars à l’aventure, traverse des rivières, chevauche des montagnes. Le Grand Nord, celui du Canada, vers le Klondike, cette rivière si célèbre pour sa chasse à la pépite d’or, dans l’ouest du territoire du Yukon (ces précisions sont à destination des non-initiés à la géographie des particules de Chambly et des terres canadiennes).

Au cours de l’été 1898, une jeune allemande – Nina Hoss – telle le Dr Queen, avec six autres immigrants du pays de la bière et de la choucroute, partent vers l’inconnu, avec la promesse d’or, à l’autre bout du pays. Un long périple par le Nord, du jamais tenté tellement cette contrée est restée hostile et sauvage. Un western allemand avec des allemands pour une ruée vers l’ouest, l’époque des pionniers et des chercheurs d’or.

Chevauchée jusqu’à Dawson, de long et magnifiques paysages canadiennes, de grandes plaines brûlées par le soleil et la neige, où pourraient paitre de magnifiques et virils bisons, d’immenses forêts peuplées encore d’animaux sauvages et de pièges à ours. Aie, ça fait mal !

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5 juin 15

L’honneur d’Edward Finnigan [Roslund & Hellström]

« La première décharge, deux mille volts, a fait sauter l’électrode fixée sur une de ses jambes. Le gardien chargé de lui raser les jambes avait mal fait son boulot. Alors on m’a dit de le refaire. Et je l’ai rasé avec soin. Puis je lui ai maintenu la jambe pendant qu’on lui fixait une nouvelle électrode. »

Marcusville, un bled qui pourrait s’apparenter au trou du cul de l’Ohio. Pas grand-chose là-bas en dehors de son dinner avec sa serveuse bien roulée en patins à roulettes et de sa prison, blanche et lugubre. Une prison avec le fameux couloir de la mort où attendent patiemment l’heure de leur fin quelques prisonniers solitaires.

Vingt ans après, un orchestre amateur joue sur un ferry en Suède. Quelques danseurs, vieux couples aux cheveux grisonnants. Et une bagarre qui éclate entre le chanteur voyou et un passager légèrement ivre et malotru. Coups et blessures sévères pour le mec bourré, la police suédoise s’apprête à arrêter le musicien dès son appareillage à quai.

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