11 sept 14

I’ll Never Get Out of This World Alive [Steve Earle]

Sors tes santiags et ton Stetson. Prends ta gratte et ta chemise à carreaux. Soirée Country inspirée par Hank Williams et chantée par Steve Earle. Une méditation sur la mort mystérieuse de Hank mise en musique par un autre cow-boy (et mise en littérature aussi sous le même titre, je ne quitterai pas ce monde en vie, encore et toujours du noir).

Tandis que la comtesse me fait découvrir le fiston folkeux dans un voyage autour d’une galette noire, direction Yuma, Arizona, je repasse boire une bière avec le vieux, pour cet album à la teinte très country enregistré entre Nashville te L.A.

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9 sept 14

L’été où il faillit mourir [Jim Harrison]

Je me suis levé ce matin, la gueule en bois, la bouche poussiéreuse. Après avoir craché quelques fragments de poumon, chaussé mes santiags et mis mon caleçon, dans cet ordre, je pars me faire du café. Les yeux dans le vague, ou le vide, cela dépend où pointe mon regard, je remplis la bouilloire, prends la tasse pas très nette qui était rangée dans l’évier entre les restes d’une vaisselle de trois jours, sors une petite cuillère du tiroir, ouvre le bocal à Nesca, et me rend compte qu’il est vide. Ça me donne envie de me recoucher aussitôt. Je repense à toi qui m’as quitté un peu plus tôt dans la saison. Depuis, l’envie de la vie se conjugue surtout avec saoulerie et coucherie. Le diptyque préféré des amoureux solitaires du Michigan.

Il neige dehors. Banalité d’une phrase mais qui prend tout son sens dans une contrée du Michigan. Tout de vient blanc et immobile, comme une coupure du temps. Les secondes ne s’égrènent même plus. On s’y fait à cette vie. Je m’y suis accoutumée, au contraire de ces dames souvent trop frileuses pour ce genre de lieu. Bref, je ne suis pas là pour m’étendre sur ma chienne de vie. Non, je voulais te parler d’une rencontre. Mais tout d’abord, j’enfile mon futal, démarre le pick-up direction la Wolf Tavern. L’odeur du café matinal me manque trop. Je prends un tabouret en bout de comptoir et attends que la serveuse vienne prendre ma commande. Nancy, je crois, une nouvelle de la Grande ville. Elle a du se perdre dans ce patelin ou alors son mec l’a largué sur le bord de la route. Un beau petit brin, cette fille. Ça me réchauffe déjà le cœur, et les yeux.

« Le petit badge qu’elle portait épinglé sur la poitrine lui accordait le doux prénom de Nancy et elle était sans doute du genre à prendre une douche et à changer de sous-vêtements tous les jours. »

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6 sept 14

Le Live : Death Letter

Envie de blues, je démarre la Harley. Partir, loin, dans un bouge de campagne, et s’écouter un bon blues avec une bière. Brune de préférence. Un croisement, à gauche direction Barbezieux (pour les non-charentais, Barbezieux est le lieu incontournable de cette campagne à une trentaine de kilomètres au sud de la frontière, la capitale du coin, Pons). Ce soir Daniel Guichard avec ses 18 musiciens en exclusivité 2014. A droite, direction ouest de nulle part, mais à coup sûr que, si je m’arrête on the road, j’y dégoterai une petite gargote avec un bon petit groupe de blues, et une bonne et belle petite brune. Je pose le pied à terre, remue la poussière de mes santiags en faisant attention de ne pas mettre le pied dans une bouse. Des néons qui clignotent, rouge clinquant, fond noir.

A peine la bière commandée, qu’un guitariste, cheveux longs et sales, aiguise son instrument tranchant. Mais mon regard se tourne vers la brune installée derrière sa batterie. Waouh ai-je envie, de crier, de scander, de hurler ! So sexy, la Meg ! Et quelle frappe ! Et cette tenue rouge, si excitant, ce maniement de baguette, et ce pantalon en cuir. Ça, c’est de la brune, et épicée en plus ! aux accents anglo-saxons (là, je parle de la bière).

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4 sept 14

Alhambra Love Songs [John Zorn]


Une musique toute douce, empreinte de suavité et de sensualité. Non, je ne me suis pas trompé de disque. Il s’agit bien d’un disque de John Zorn, le fou furieux du sax’, celui qui mélange joyeusement la torture d’un free-jazz avec le déchainement d’un punk tendance hardcore. Onze courtes œuvres signées Zorn mais interprétées par un trio tout en retenu et en chaleur. Rien ne surprendra l’auditeur si ce n’est de voir justement ce disque sans surprise composé par un maître aussi surprenant.

  • Piano : Rob Burger
  • Basse : Greg Cohen
  • Batterie : Ben Perowsky

Il y a des disques à aimer, d’autres à détester. Ayant collé une étiquette « disque charmant », tu ne pourras que aimer, comme un album de smooth jazz qu’on écoute en faisant l’amour ou la vaisselle. Même si ses disques à détester sont plus forts, et c’est pour cette raison qu’on les aime encore plus, ces love songs t’apporteront un sentiment de plénitude et de sérénité.

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1 sept 14

Demian [Herman Hesse]

Une éternité que ce roman me tentait, tout en me faisant peur. A tort. Dès les premières pages, j’ai été pris par l’histoire de ce jeune garçon Émile Sinclair. Comme quoi, rien ne sert de baser son histoire sur des préjugés tant que je n’y aurais pas gouté. Un peu comme les bières allemandes. Il faut tremper d’abord ses lèvres avant d’y prendre un réel plaisir. Ce bouquin, c’est pareil.

Pourquoi cette appréhension ? Justifiée ou pas… Il se trouve qu’il y a quelques années, j’avais lu une critique fort bien écrite par un ami cher, un inconditionnel du Siddhârta. « Œuvre philosophique, autour du thème de l’initiation et de la réalisation de soi ? Sûrement. Des images fortes, des moments d’une écriture riche et intense brillent dans ce livre. Pourtant, c’est avec une impression mitigée que je l’ai refermé : troublé par l’infaillible Demian, troublé par ces démonstrations récurrentes sur le signe qui identifie les élus et leur permet de s’identifier, lassé aussi par une œuvre dans laquelle la démonstration prend le pas sur la poésie. Comme un parfum de déception pour l’inconditionnel de Siddhârta que je suis. » Un grand cow-boy aux yeux bleus qui reconnaitra certainement ses mots. Ayant moi-même découvert Hesse avec son mysticisme orientale, qu’en allait-il être de ce Demian ?
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23 août 14

The Third World [Gato Barbieri]

« The Third World » marque un tournant dans la carrière de celui qu’on prénomme El Gato pour son jeu félin et aérien. Toujours ancré dans le free jazz, une inspiration souvent coltranienne, Gato redécouvre ici ses racines latines, parsemées d’airs cubains et de rythmes africains. Ce tiers monde pénètre le jazz et habite le saxophone de Gato d’une sublime manière. Je ne suis pas là pour dire qu’il s’agit ou pas de son plus grand album. Je ne suis là que pour t’apporter quelques ressentis. Et des sentiments, j’en perçois à chaque écoute de cet album.

« 1969 : Gato Barbieri rêve de changer le monde en chantant ses grondements. Et c’est le jazz qu’il révolutionne en lui inventant des hymnes ivres de soleil ensoleillés d’ivresse latine. »

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21 août 14

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond [Haruki Murakami]

Chaussé de mes running Adidas pour qui je ne ferais pas de publicité tant elles me font mal aux sabots, produit purement marketing de haute technologie, je peux commencer la lecture de ce livre de Murakami, Haruki. Un autoportrait de l’écrivain vu à travers sa passion pour la course à pied. D’ailleurs en préambule, l’auteur se demande bien à qui peut s’adresser un tel objet « littéraire ». Au fan de l’auteur, certes ? Au passionné amateur de la course à pied, sûrement ? Au buveur de bière, certainement ? Tiens, je vais m’en décapsuler une. L’envie subite après l’effort. Je ne sais pas vous mais j’ai toujours cette fatale envie de boire une bière après une course – ou après l’amour, alors que mon corps est encore bouillant de tant d’efforts.

« J’ai beau boire une grande quantité d’eau, tout de suite après, j’ai terriblement soif. Ah ! comme j’aimerais une bière bien fraîche. »

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19 août 14

Pourpre Profond [Mayra Montero]

Je crois que je suis tombé amoureux…

« Cette fille était avant tout dotée d’une fougue toute particulière. J’avais cru deviner en elle d’exceptionnelles aptitudes féminines – lorsque je dis féminine c’est plus fort que moi : je pense à une suceuse experte – et, ce qui est encore plus important, j’avais cru deviner la pointe de ses seins et j’avais immédiatement senti une espèce de picotement juste au-dessus de mon sternum : chez moi, c’est le signe que je ne vais pas tarder à tomber amoureux. »

Autant le dire d’emblée, j’ai raté ma vocation. En fait, je crois que j’aurai dû être critique de musique classique. Cela m’a aurait certainement ouvert de nouvelles perspectives. Et même si la perception de cette musique est encore une sensation étrangère, le fait de croiser des violoncellistes, des pianistes, des joueuses de pipo et même des chefs d’orchestres m’aurait particulièrement intéressé. Surtout de pouvoir les interviewer seul à seule, dans leur chambre d’hôtel, le soir après une répétition…

« Au début mon rôle avait été plutôt passif. Je m’étais contenté de me coucher sur le dos et elle avait pris mes cuisses entre ses bras, y avait enfoncé la tête et avait entrepris de me fignoler une fellation sur un rythme plutôt irrégulier : par moments frénétique et à d’autres extrêmement lent et doux, presque enfantin. Je ne vais pas nier que j’avais eu extrêmement peur lorsque je l’avais vue se mettre d’emblée à sucer mon sexe, puis à l’enfiler d’un seul coup et tout entier au fond de la gorge. J’ai lu des choses à propos de femmes un peu dérangées qui, prises tout à coup d’un certain délire, ne se gênent pas pour y planter les dents sans crier gare. »

Et là…

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16 août 14

Run Run Run : Session I

Short bleu, tee-shirt orange, mini-chaussettes blanches, je chausse mes nouvelles Brooks Pure Flow 2 à 80€ la paire, prix conseillé fin de série, pointure 46.5. Le soleil, la casquette, des oreillettes dans les oreilles, les jambes déroulent tranquillement le bitume, le mollet galbé, les abdominaux saillant sous le tee-shirt (tu permets que je rêve un peu cinq minutes avant de suer). Sortie classique en musique sans classique et avec Haruki Murakami comme compagnon de route.

Le rythme est donné, les kilomètres avalés. Séance d’entrainement, entre dix et quinze bornes. Une musique pour marquer la cadence. Chacun son rythme, chacun ses choix de prédilection. Honneur à la littérature, Murakami s’entrainant au marathon et qui avale quotidiennement (à Hawaï, facile de trouver le temps de courir tous les jours sous la pluie ou le soleil ; ce n’est même plus un entrainement, cela devient un plaisir, surtout avec les hawaïennes autour) ses dix kilomètres avec…

« Hier, pendant mon entraînement, j’ai écouté Beggars Banquet, des Rolling Stones. Le chœur funky qui répète « Hou hou » dans Sympathy for the Devil s’accorde parfaitement avec la course. Le jour précédent, j’avais choisi Reptile, d’Eric Clapton. Décidément rien à redire à ces deux compositions. Des musiques qui me vont droit au cœur, dont je ne me lasse jamais. En particulier, Reptile. Je l’ai écouté un nombre incalculable de fois. A mon sens, rien ne vaut Reptile, quand je foule tranquillement la piste, le matin. Un rythme toujours sûr, une mélodie tout à fait naturelle, ni trop appuyée, ni trop fabriquée. Mon esprit est paisiblement entraîné dans la musique et mes pieds se meuvent en cadence. »

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond

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15 août 14

Avant d’aller dormir [S.J. Watson]

Christine a 47 ans, et chaque matin, la même histoire : elle se réveille avec un inconnu dans son lit. Il dit s’appeler Ben, il dit être son mari depuis plus de vingt ans. Mais elle ne se souvient de rien. Une sorte d’amnésie qui lui a effacé de sa mémoire ces vingt dernières années. Difficile à vivre, de s’imaginer encore une adolescente alors que dans la glace elle ne perçoit que rides et tâches de vieillesse (et je ne parle pas des seins qui tombent et l’auteur nous épargne la description de ses fesses). Ses seuls souvenirs remontent à son enfance. Elle ne connait pas Ben, elle ne connait plus aucune de ses copines et chaque jour devient un recommencement de sa vie. Mais bon, sur ce point, elle a l’avantage de ne même pas s’en rendre compte. Des silences et des interrogations.

« L’image est floue, d’abord, imprécise, puis elle vacille un instant et, soudain, devient parfaitement nette avec une intensité presque accablante. Mon mari et moi nous arrachant mutuellement nos vêtements. Ben me tenant, ses baisers devenant de plus en plus pressants, de plus en plus profonds.[…] Quand nous avons fini de faire l’amour, nous sommes restés au lit le plus longtemps possible, les jambes emmêlées, ma tête posée sur sa poitrine, sa main me caressant les cheveux, sa semence en train de sécher sur mon ventre. Nous ne parlions pas. Le bonheur nous enveloppait comme un nuage. »

Le téléphone sonne, un certain docteur Nash, spécialiste neurologique, qui l’appelle sur un second portable caché au fond de son sac à main.

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