27 août 15

le Dernier Tango à Paris [Bernardo Bertolucci]

Croiser une inconnue et l’envie de lui faire l’amour. Une passion fulgurante qui se passe de nom et de prénom. D’ailleurs surtout pas de nom pour rester dans l’anonymat, et garder le mystère d’une telle rencontre. Qu’elle se prénomme Maria ou Paloma, dans cet appartement vidé au vieux parquet grinçant. Tel un fantasme omniprésent, je déambule dans les rues de Paris, post soixante-huitard. Un saxo dans la tête, le brûlant Gato Barbieri à l’alto, où je chaloupe d’une nonchalance feinte. J’ai rendez-vous dans une heure pour visiter un vieil appartement, sixième étage, escalier délabré, avec vue sur la Tour Eiffel ou Montmartre, peu importe je ne regarde jamais par la fenêtre, sauf si une voisine fait son yoga, ou une adepte du naturisme prend son petit déjeuner nue en trempant sa tartine de pain à la farine d’épeautre, beurrée et confiturée « melon des Charentes et badiane ». Tiens, à ce propos, je m’arrête au Monoprix du coin de la rue pour acheter une plaquette de beurre. Cela peut toujours servir, une plaquette de beurre, et pas que pour beurrer des biscottes.

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23 août 15

Factotum [Charles Bukowski]

« J’arrivai à la pension. J’suis monté à ma chambre. J’ai ouvert la porte, allumé la lumière. Mrs Downing avait mis le courrier sous la porte. Il y avait une grande enveloppe de chez Gladmore. J’lai ramassée. Elle était lourde de manuscrits refusés. J’me suis assis et j’ai ouvert l’enveloppe.

Cher M. Chinaski :
Nous vous renvoyons ces quatre nouvelles, mais nous gardons MON AME GORGEE DE BIERE EST PLUS TRISTE QUE TOUS LES SAPINS DE NOËL CREVES DU MONDE. Nous surveillons votre travail depuis longtemps et sommes très heureux d’accepter cette nouvelle.
Sincèrement.
Clay Gladmore. »

Cher M. Chinaski. Ce type a une âme. En plus d’être un sacré poète. Il erre, comme un paumé, dans les rues de L.A. ou de la Nouvelle-Orleans à la recherche d’un putain de job ou d’un bar ouvert. Avec la volonté d’un gars qui veut réussir dans la vie, il trouve forcément, la porte du bar et déjà les néons derrière le comptoir s’illuminent comme une invitation divine à venir s’abreuver de la spiritualité des lieux et de la bibine du coin. Pour peu qu’une putain lui fasse de l’œil ou écarte ses grosses cuisses pour l’éblouir encore plus, et ce paumé littéraire s’enferme dans ce monde de fumée, de lumière artificielle et d’odeur de vomis.

Cher M. Chinaski. Et lorsque que par ô miracle un gars soit con soit magnanime décide de lui donner sa chance, Hank n’hésite pas à s’éreinter à la tâche. Il est comme ça, entier et juste, prêt à faire n’importe quel boulot de merde, parce que de toute façon, dans cette Amérique-là, il n’y a que des boulots de merde pour des gens comme lui qui ne valent guère plus qu’un gros étron de yorkshire. Et ce boulot, si mal payé soit-il, deviendra le fer de lance de sa vie jusqu’au premier bar ouvert que sa route croisera pour peu qu’un hippodrome ne traverse pas son champ de vision avant.

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7 août 15

Someone you love [Pernille Fischer Christensen]

Après de nombreuses années passées sur la célèbre côte musicale de L.A., le non moins célèbre chanteur Thomas Jacob, Mikael Persbrandt, retourne au pays, son Danemark natal pour enregistrer son prochain album. Un retour au source pour trouver un autre son. Des retrouvailles avec sa fille, une belle blonde danoise Birgitte Hjort Sørensen – que les addicts de séries danoises auront aisément reconnue – en froid depuis des années et son petit-fils qu’il ne connaissait pas.

Thomas est du genre vieux rocker solitaire, une voix rauque de blues et d’alcool, qui respire la mélancolie, la tristesse et l’envie surtout de rester seul dans son monde. Que les rapports sont difficiles après ces années d’ignorance et de mépris. Mais lorsque le vieux loup solitaire se trouve contraint et forcé de s’occuper de son petit-fils, c’est tout son monde qui s’écroule. Une guitare, ça te change un monde. Gratter quelques accords permet de rompre la glace, et lorsqu’il s’agit de placer ses doigts sur une corde, le vieux montre ses seules connaissances en matière de rapport humain. Quand l’amour d’un grand-père se transforme une aventure mélancolique.

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29 juil 15

En même temps, toute la terre et tout le ciel [Ruth Ozeki]

Comme une bouteille à la mer.

Une boite à bento échoue sur les rivages de Colombie Britannique. A l’intérieur un journal intime écrit en japonais qui appartenait à une jeune adolescente japonaise. En vieil obsédé que je suis, je l’imagine déjà dans sa tenue de lycéenne, jupe au-dessus du genou et longues chaussettes blanches.

« Donc, si vous êtes du genre à aimer les trucs bien dégueulasses, je vous le demande, fermez ce livre et passez-le à quelqu’un d’autre, votre femme ou un collègue. Vous vous épargnerez un mauvais moment. »

Autant dire que je referme de suite ce bouquin et que je refile le journal intime de Nao à ma voisine Ruth, d’autant plus que mon niveau de japonais connait ses limites.

Mais avant, je m’assois, la respiration posée. Posture de zazen pour laisser défiler les mots de Nao, laisser s’envoler les images de Ruth. Pour laisser m’imprégner de cette double atmosphère mi-japonaise mi-canadienne, la tristesse des êtres, la quête spirituelle des autres. Pour sentir le parfum irradié du Japon post-Fukushima qui s’entremêle à celui des pins et d’iode de la Colombie Britannique. Tabarnak – fallait bien qu‘il sorte, celui-là !

Et pour ressentir les émotions de ce témoignage.

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27 juil 15

La Rage au Ventre [Antoine Fuqua]

L’œil du tigre pénètre sur le ring, les lumières qui flashent, la foule qui beugle, mélange d’insultes et d’encouragements frénétiques. Les coups pleuvent, uppercut, jab, crochet. La sueur dégouline au rythme des gouttes de sang sortant de l’arcade ou de la bouche. Ça sent la virilité masculine, la bonne sueur et les grandes émotions.

Billy Hope, l’espoir d’un quartier, venu de la rue arrivée aux sommets du ring, champion du monde et une fastueuse villa, train de vie royale depuis que les titres s’enchainent comme les directs du gauche. Un concours de circonstance, altercation presque bénigne dans le milieu de la boxe, un coup de feu qui part. Elle s’effondre, au rythme du flot de sang se déversant de son abdomen sur le parquet. Sa femme, tabarnak cette belle Rachel McAdams, qui avait été jusque-là une aide précieuse pour Billy et sa carrière. La violence au fond de lui et les institutions judiciaires qui lui retirent la garde de sa fille. Billy Hope, le visage tuméfié par les coups, est l’archétype parfait du boxeur brisé, un magnifique perdant, saura-t-il se relever avant le dernier Knock-Out de sa vie.

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23 juil 15

Chamamé [Leonardo Oyola]

« Ils ne commencent jamais.

Ils explosent.

D’un coup.

Ils sont comme ça, mes rêves.

Je ne sais pas ce que signifie dormir sur ses deux oreilles.

Je n’arrive à fermer l’œil qu’après avoir descendu une bouteille de J&B.

Et depuis que le pasteur Noé m’a arnaqué, chaque fois que je ferme les yeux, c’est la même chose.

Chaque fois.

Grosso modo.

Ils ne commencent jamais.

Ils explosent.

D’un coup.

Ils sont comme ça, mes rêves.

D’abord mes mains jointes.

Comme si je priais.

Ensuite je les écarte pour ouvrir le rideau de perles qui tintent.

J’entre au Mogambo.

Le dernier bouge de Misiones.

Le dernier bordel du pays avant de passer la frontière avec le Brésil.

J’entre dans un enfer, l’Enfer plutôt, et j’adore me vautrer dans ses flammes.

Me mettre le feu pendant que je cajole les doyennes.

Azucena, Samantha et Claudia.

Leur mettre le feu, ma fièvre, même les plus jeunes y ont droit.

Eli, Romina, la blonde Jessica et Monika avec un k.

Ça ne commence jamais.

Ça explose.

D’un coup.

Les « filles ».

Il commence ainsi, ce roman. Comme une explosion, comme une giclée de foutre. Dès la première page, tu sais que tu vas boire et baiser dans un univers de violence sous la moiteur argentine. Un road-movie-book à travers la pampa. Comme dans un rêve, mais d’une violence fracassante. Parce que Noé prêche au volant de son Arche. Une Arche conduite par « Perro ». Ces deux-là se sont rencontrés en taule et ont tabassé pas mal de paraguayens. Tatoués et déjantés avec une certaine idée de la spiritualité et un code de l’honneur toujours bafoué suivant les circonstances. La route est parsemée d’embuches, la vengeance sera au bout de la route avant d’atteindre la triple frontière avec le Brésil et le Paraguay, la violence se déchainera à chaque tournant.
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20 juil 15

La Végétarienne [Han Kang]

C’est l’histoire de ma femme qui a décidé de devenir végétarienne. A priori rien contre, je peux moi aussi me passer de bœufs aux hormones ou de poulets  à la dioxine. Sauf que, parce qu’il y a toujours des mais dans l’insatisfaction masculine, elle n’a plus de seins depuis qu’elle ne mange que de la verdure. Merde, quoi, un homme a toujours besoin de téter les seins de sa femme ! Le pire, c’est que les relations sexuelles ne l’intéressent même plus. Elle se sent devenir « végétale ». A force de ne se nourrir que d’eau fraiche. Mais sans amour, la vie n’est plus une vie.  Et en plus, au moindre rayon de soleil, elle se fout à poil pour capter l’énergie et faire monter la sève qu’elle a en elle. La tête en bas, les pieds en l’air. Une folle ! A faire interner d’urgence.

« Des tiges brunes et persistantes vont-elles pousser sur elle ? Des racines blanchâtres vont-elles s’élancer de ses mains pour s’ancrer dans la terre noire ? Ses jambes vont-elles se tendre vers le ciel et ses mains vers le noyau de la Terre ? Sa taille, étirée jusqu’au point de rupture, va-t-elle supporter ces forces antagonistes ? Lorsque la lumière descendant du ciel va traverser Yônghye, l’eau jaillissant de la terre fera-t-elle naître des fleurs dans son entrecuisse ? Son âme avait-elle eu la vision de tout ceci lorsqu’elle était ainsi dressée, les mains au sol ? »

Voilà donc la première histoire de ma vie – ou de ma femme qui ne mangeait plus rien du tout et qui par conséquent ne me faisait même plus à manger. Tu me diras, vu de ton œil lubrique, pas très passionnant cette histoire de folle plate comme une limande et qui en plus ne mange même plus de poisson. Elle est folle, elle est végétarienne. Point final.

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16 juil 15

Love & Mercy [Bill Pohlad]

Une chaleur torride, la peau moite, le ventre qui frétille. Un besoin se fait ressentir, dès que la température devient positive : aller voir des bikinis. Direction la Californie, ma planche de surf dans le pick-up, les blondes siliconées, un disque des Beach Boys pour me mettre dans l’ambiance. Girls, girls, girls yeah I dig the…

Ah les Beach Boys, la plage, un feu de camp qui crépite et des filles à demi-nues qui dansent autour, légèrement bourrées. Une belle vie, genre  California Dreaming. Cheveux longs et muscles bandés jouant de la gratte, une bière à mes pieds, deux yeux noirs qui me fixent, deux longues jambes qui m’encerclent, le joint tourne de lèvres en mains, la musique tourne, et si on se faisait un morceau de Sergent Peppers ? Le sable, ça gratte un peu quand ça rentre dans le maillot. Ben, enlève ton maillot, faut avoir l’esprit pragmatique et les idées claires. A Bar bar bar bar Barbar Ann. Bar bar bar bar Barbar Ann…

Brian arrive, l’un des frères Wilson, des idées qui lui remplissent la tête, des idées comme des voix qui ne le quittent plus, des cymbales, des chœurs, des trains qui passent, des chiens qui aboient, est-ce qu’on peut amener un cheval dans le studio et le faire hennir en galopant ? Il est fou ce Brian avec ces idées presque saugrenues, mais quel génie musicale. Parait-il… Habité par Dieu ou d’étranges voix. God only knows. God only knows what I’d be without you…

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13 juil 15

Réalité [Quentin Dupieux]

Les fins cinéphiles auront déjà aperçu l’absurdité des films de Quentin Dupieux. Pour preuve, « Rubber », un pneu héros de son précédent film qui prend vie et tient la dragée haute aux plus grands des acteurs. Il parait que Georges Clooney et Brad Pitt ont refusé de tourner avec ce pneu qui tourne justement trop bien tout au long du film.

Oublie maintenant les cascades de l’hévéa dans le désert californien. Revient à « La réalité »., pures fantasmagories du réalisateur. Fantasmes ou cauchemars, rêves ou illusions. Tout se mélange, tout est réel, mais tout parait sortir d’un rêve. A moins que cela soit l’inverse, le rêve qui se déverse dans la réalité quotidienne de ta vie – ou de celle de Jason (Alain Chabat), caméraman qui n’a qu’un seul rêve : pouvoir mettre en scène son premier film d’épouvante. Pragmatique, il se tourne vers une vieille connaissance, Bob Marshal (Jonathan Lambert), riche producteur partiellement déjanté. Mais Jason a l’idée de la mise en scène et le sens du cadrage : un scénario insolite – aussi béton qu’avec Toniglandyl – dans lequel les télévisions s’en prennent aux spectateurs grâce à leurs ondes. Dzzzz dzzzzz ddzzzzzz. Elles déversent leurs ondes dans le cerveau humain pour faire griller ses neurones. Carrément surréaliste. De la science-fiction qui me fout les jetons : la télé qui rend idiot. Hou que ça fait peur, effrayant même. Si un jour cela se sait, ça fera boom de l’autre côté du téléviseur. Néanmoins, Bob accepte de produire le film de Jason qu’à une seule et unique condition : trouver le cri parfait, celui qui fera date dans l’histoire du cinéma, celui qui remportera l’oscar du meilleur gémissement dans un film. Jason, qui ne dispose que de 48 heures dans sa quête du geignement ultime, commence à s’entraîner.

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9 juil 15

Le Maquilleur d’Étoiles [Joel Cano Obregón]

La Havane, 1978.

« Dès le premier instant, je reconnus le territoire. C’était le ghetto réservé aux folles, aux tantes, aux pédales, aux oies, aux juments, aux tutti-frutti, aux canards, homosexuels, pédés, enculés, volaille, volatile de bord de mer ou de trottoir… enfin, un océan de définitions interminable et impossible à embrasser dans toute son étendue comme cette nef dans laquelle évoluaient, telle une fourmilière sinistre, plus de soixante-dix versions du même : hommes qui aimaient les hommes ; que ça s’appelle homosexualité, inversion, pédérastie ou enculage. »

Quand on rentre dans une prison, il faut savoir se faire respecter si tu ne veux pas crouler sous les emmerdes, les immondices et surtout si tu ne veux pas ouvrir ton cul à toutes les pédales pendant le reste de ton incarcération. Une fois que tu as assimilé ce précepte, sers-toi en dès le premier jour. Et là commence le véritable apprentissage de la vie dans les prisons cubaines, enclos réservés aux pédés et aux tantes. La loi du plus fort ou du plus sournois. Rapide présentation à la Reine, perruque de Marylin et grosse dindonne, celle qui semble détenir le pouvoir de l’intérieur. Normal. Elle te demande de le sucer. Normal. Tu t’exécutes, lentement, avec la langue, et clac, avec les dents, tu lui bouffes sa bite de chienne.

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