6 fév 16

Credo [Hélène Grimaud]

C’est toujours avec un certain frémissement que j’entame l’écoute de ce disque. Ce premier morceau de John Corigliano me plonge dans des états impensables où je décline toute responsabilité sur ma libido. Avec Arvo Pärt, la belle Hélène joue dans le contemporain entre une sonate et une fantaisie de Beethoven.

D’une douceur farouche, les notes espiègles s’envolent, légères et profondément intimes. Entends-tu le souffle de mon cœur battre tant cette musique est douce. Hélène frôle les touches blanches et noires de son piano, elle a un tel pouvoir sur moi, une telle emprise qu’il m’est presque impossible de rester dans la réalité de notre triste monde quand je l’écoute jouer de son majeur et de son index. Enfin, elle doit avoir plus de souplesse et de doigté que moi, jouant de ses cinq doigts quand moi je me contente d’un majeur à qui veut bien le sucer avant d’être attaqué par l’arthrose.

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4 fév 16

Seventeen [Kenzaburo Oé]

Bonjour, aujourd’hui j’ai 17 ans. C’est mon anniversaire et tout le monde s’en fout royalement. Personne ne se souvient de cette date, pourtant 17 ans cela devrait compter, même pour mes parents. Mais bon tant pis, je ne vais pas chialer sur mon sort. Tiens, et si j’allais me branler dans la salle de bain en pensant à ma sœur.

« Je suis allé fermer à clé la porte de la salle de bains. On dirait que j’ai une érection chronique ; j’aime ça, parce que j’ai le sentiment que la force envahit tout mon corps et j’aime aussi regarder ma queue qui bande. Je me suis rassis : de nouveau, je me suis savonné jusque dans les moindres coins et je me suis branlé. C’est la première fois depuis que j’ai dix-sept ans. Avant, je croyais que la masturbation, c’était mauvais pour la santé. Mais, j’ai feuilleté dans une librairie un livre de sexologie qui expliquait que seule la culpabilité accompagnant l’onanisme était néfaste, et ça m’a complètement libéré. »

Il n’est jamais trop tard, ni trop tôt, comme il n’y a pas d’âge pour se branler. Des années de pratique qui se transforment en années d’expériences. De l’adolescence à la découverte de son corps, en passant par l’âge adulte, le plaisir solitaire fait partie de ma vie. Et de toi à moi qu’il est bon de se masturber et de voir les étoiles scintiller au moment d’éjaculer tout son potentiel.

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2 fév 16

Complicated Game [James McMurtry]

J’aurais pu commencer par te parler de Larry McMurtry, écrivain qui fait les beaux jours des éditions Gallmeister notamment avec ses romans « Lonesome Dove » ou « La Dernière Séance ». J’aurais pu effectivement, sauf que ce soir je n’ai pas envie de lire, d’autant plus que je ne connais pas encore l’auteur. Non, ce soir, j’ai chaussé mes santiags, suis monté dans mon vieux pick-up et direction le Texas, sa poussière et son Americana, à la rencontre du fiston, James.

Les journées à Lonesome Dove étaient embrumées par la chaleur et d’une sécheresse de craie que le whiskey atténuait partiellement. L’alcool répandait en Augustus une agréable sensation de brouillard mouillé, aussi fraîche et brumeuse que l’aube sur les collines du Tennessee.

Lonesome Dove – Larry McMurtry.

Je roule, des heures durant, la fenêtre ouverte, pas de clim’, le vent chaud s’engouffre, la poussière me pique les yeux. Les miles défilent comme autant de courant d’air dans ma vie. Une route droite, sans grand intérêt, comme mes moments de vie. La fatigue, le soleil qui se couche, un dinner au bord de la highway. Quelques Harley garées devant et beaucoup de vieux pick-up amassés sur le parking, le lieu de rendez-vous des bouseux à 50 miles à la ronde. Les chapeaux texans volent et s’époussettent, tant la poussière semble s’incruster comme un morpion sur la chatte d’une serveuse.

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31 jan 16

Little Bird [Craig Johnson]

Et me voilà une nouvelle fois accoudé au bout de ce zinc. Le verre est vide, évaporation naturelle de mes instants de solitude avant que la serveuse me fasse glisser une nouvelle bouteille. Le sourire enjôleur, elle devance souvent mes attentes sans un mot de ma part. Le silence s’est installé dans cette fin d’après-midi, le ciel lourd et noir chargé de nuages aussi sombres que ne laissent augurer mes pensées. Walt, à l’autre bout du comptoir. Il y a passé sa matinée et ce qui fut en ma compagnie silencieuse son après-midi. Un corps a été retrouvé. Mes rêves se sont envolés sur cette impression que la violence est partout même dans les grandes espaces ou les petites contrées. Comté d’Absaroka, aussi grand que ton trou du cul, c’est dire le peu de monde qui y passe. Et même s’il est situé dans le Wyoming, là ou paressent autant d’écrivains que de vaches ne paissent.

« - A quoi tu penses ?

- Je pense à ressortir cette bouteille de bourbon. »

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28 jan 16

Mr. Hands [Herbie Hancock]

Cinq années après l’excellent « Man Child » se sont écoulées. Je retourne à San Francisco, berceau du jazz Funk à la mode Herbie et au groove Hancock. Entre-temps d’autres albums ou méfaits – appelle-les comme tu veux, « Secret » par exemple est loin de faire l’unanimité. Comme en 1975, le gourou du clavier s’entoure de grosses pointures. Alphonse Mouzon et Tony Williams sont à la batterie. Ron Carter et Jaco Pastorius se partagent la basse. Rien que ça ! Tout de suite, j’acquiers toute ton attention, toi aux yeux qui pétillent dès que les bassistes entrent en scène.

L’ambiance tourne le dos aux années 70, les sonorités sont toujours aussi colorées, les pantalons peut-être un peu moins éléphantesques. Je sais je fais mon grincheux mais j’aimais bien ces frusques qui se perdirent dans les années 80 comme un peu la musique. Alors, je ne comparerais pas les différents albums d’Herbie à des époques si différentes. Le gars continue d’explorer sa musique, toujours plus teintée d’électronique, gardant un esprit pour l’essentiel groove et funky. L’accent est mis sur ses mains, sa dextérité à enchainer les rythmes et à inventer sa musique loin des conventions originelles du jazz. Il s’en éloigne terriblement le bougre, mais sa musique marque son époque, et ma foi, ses années 80, j’y étais en plein dedans.

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26 jan 16

De Passage [Paco Ignacio Taibo II]

Tu l’as vu ?

Qui ?

San Vicente ! Il est de passage.

De passage où ?

Au Mexique.

Et qu’est-ce que ce gars de Giron irait faire si loin de son port d’attache ?

« Il discutait autour d’une bouteille de rhum havanero extradry placée sur une table de nuit au milieu du salon désert. »

L’envie de me servir un verre, avant d’aller plus loin. Sentir ce goût sucré sur les lèvres et cette chaleur mexicaine m’envahir. Et puis San Vicente de passage mérite bien que l’on ouvre une de ces bouteilles avant qu’elles ne prennent trop la poussière de cactus. San Vicente, un gamin, tout juste sorti des mamelles portuaires, débarque en 1921 au Mexique. Un regard, pas plus, lui fait comprendre qu’il a un rôle à jouer. Celui d’organiser la rébellion ouvrière.

« Moi je suis anarchiste syndicaliste. Tu ne t’en étais pas rendu compte depuis le temps qu’on se fréquente ? Moi j’aime le chorizo et je suis végétarien, comme toute la classe ouvrière espagnole, dit San Vicente, moitié sérieusement, moitié pour rire. »

Pendant 3 années, Paco Ignacio Taibo II suit sa trace, réinvente son histoire, la rend plus romanesque, comme un mélange de fiction et de réalité, comme un mélange de rhum et de coca. Ah non, le Cuba libre c’est l’île à côté. D’ailleurs, San Vicente n’y aurait pas déjà fait escale. C’est d’ailleurs ce que semble penser le FBI d’Edgar J. Hoover.

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24 jan 16

Le Prodige [Edward Zwick]

« Si je lui retire les pièces, il joue dans sa tête. »

Impressionnant ce don qu’on les joueurs d’échecs a imaginé toutes les cases de l’échiquier, toutes les pièces, des pions au roi, se mouvant dans l’espace tridimensionnel de la mémoire. Je les admire, comme le fait de prévoir plusieurs coups à l’avance, les siens et ceux de son adversaire du jour. Dans la tête, cela doit bouillonner grave, à en perdre le sommeil, à en devenir fou.

Jour et nuit, penser échecs, vivre échecs. Même dans l’intimité, je suis sûr que leur esprit essaie de se faire la reine en trois coups.

La fin des années 50 marque le début de l’anticommunisme ; le jeune Bobby Fischer, pas encore quinze ans, deviendra alors le plus jeune champion d’échecs des Etats-Unis. Mais battre ses compatriotes n’a rien d’un exploit. Non, le kid de Brooklyn veut se mesurer aux plus grands, les Russes. Et le plus grand de l’époque s’appelle Ray Donovan, alias Liev Schreiber, alias Boris Spassky.

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21 jan 16

Les Assassins [R.J. Ellory]

« La vérité, c’est qu’il y a quelque chose comme 18000 meurtres commis chaque année aux Etats unis. Ce qui nous fait 1500 par mois, soit environ 400 par semaine, 57 par jour, 1 tous les 25 minutes et demi. Et seuls 200 par an sont l’œuvre de tueurs en série… »

Et si on se faisait un p’tit polar, histoire de frémir sous la couette et de te sentir m’envelopper de toute ta chaleur, tremblante de peur et de désir pour mon corps en pleine lecture noire ?

Bing. Tu as entendu ce bruit dans la cuisine ? Laisse-moi finir ce chapitre, cela devient intéressant, il y a le Marteau de Dieu qui va encore frapper, le sang va encore gicler de partout. Bing. Ne m’en dis pas plus, tu vas me foutre les jetons, je ne pourrai plus m’endormir et si je ne dors pas, j’aurais envie de te faire l’amour… Tu sais combien de litres de sang peuvent gicler dans une cuisine si tu te fais atomiser le crane par un marteau en acier inoxydable ? Et si tu allais me chercher une bière à la cuisine ? Ah non, j’ai eu les jambes coupées dès que mon esprit a vu cette image d’hémoglobine coulant et dégoulinant sur mon cou, sur mes seins, entre mes cuisses… Arrêtes tu m’excites grave là. Les jambes coupées ? Tiens je me demande s’il y a un tueur à la scie. Il doit bien exister un tel assassin ? La scie de Dieu, ce patronyme fait de toi un tueur mythique, au même titre que Ted Bundy ou le fameux Zodiac. Je vais t’en donner moi des assassins, des bons serial-killers américains comme dans les séries américaines

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19 jan 16

Man Child [Herbie Hancock]

Ferme les yeux et laisse-toi envahir par le rythme endiablé du Fender Rhodes de Herbie Hancock. Et surtout sens les vibrations de ses compagnons de dédale avec sa flopée cuivrée et référencée, Ernie Watts, Bennie Maupin, Wayne Shorter, et même l’apparition de Stevie Wonder à l’harmonica. Du lourd, du noir et du funk. Ce premier titre « Hang up your hangs up » enflamme de sa fraicheur datée et de son groove au beat entraînant. Les yeux clos toujours, et tu plonges dans les rues de San Francisco en 1975. Course poursuite dans une Ford Torino rouge avec une bande blanche, la magie opère, les cols de chemise évasés et l’imprimé à fleur. Déhanchement garanti pour remuer ton popotin de 25 ans ou 45 piges.

Quatre titres qui se bousculent dans ta tête, qui s’enchainent sur les trottoirs de la vie, et de la ville, entrecoupés par deux petites ballades pour respirer le grand air, et regarder la brume s’élever au-dessus du Golden Gate. Tiens, je me verrais bien assis sur les docks de la baie, à attendre le soleil se coucher, loin au-delà de l’horizon, les porte-containers qui défilent, le jour qui s’estompe, le noir qui m’emplit avant de m’engouffrer dans une boite de jazz qui propose du funk à la mode seventies, aux commandes la moustache d’Herbie, et une serveuse, grand sourire forte poitrine beau cul, qui se déhanche sur la zik du diable et dépose sur ma table de son grand plateau un pichet de bière pour tenir la soirée.

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17 jan 16

Vite, trop Vite [Phoebe Gloeckner]

Mardi 27 avril

Miam Miam. Je me demande s’il a une grosse bite mmmmmm.

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Quel pauvre gland ce Monroe. Mais il a une belle queue.

En version originale, cela donnerait : journal intime d’une adolescente. Je te l’accorde, le titre ne serait pas très vendeur, trop compartimenté pour une large diffusion. A moins d’avoir la bave dégoulinante, l’œil salace et d’être un gros pervers. […] Attends, attends – laisse-moi quelques secondes – je suis en pleine réflexion et en grande conversation avec ma conscience pour vérifier si je fais partie de cette catégorie. […] La bave, oui ; l’œil je l’ai, surtout le droit ; gros je le suis. Alors…

Avant de rentrer plus en détail dans l’histoire intime de Minnie Goetze, je salue d’abord la forme de ce ‘roman’, parsemé de planches de dessins N&B pour illustrer les moments forts de la vie de cette adolescente, des passages en version BD, un graphisme soigné et détaillé. L’objet est beau, un ‘roman’ façon œuvre d’art, une réussite sur le plan ‘roman graphique’.

« On est rentrées chez moi et on a écouté Ch-Ch-Ch-Ch-Ch-Ch-Ch-Ch-Ch-Changes au moins cent fois, et c’est officiel, on aime Bowie encore plus qu’avant. On a regardé pendant des heures les pochettes de ses disques pour essayer de déterminer s’il était mignon ou pas, mais elles étaient trop petites, ou alors il avait trop de maquillage pour qu’on soit sûres de notre jugement. Sur l’album David Live, il y a une photo où il porte un costume bleu, et Kimmie m’a dit : « Regarde-moi ! », juste avant le passage préféré dans la chanson, la première fois qu’il dit : « Ch-Ch-Ch… », et là, juste au moment où il le dit, la voilà qui commence à lécher la photo au niveau de son entrejambe. « Vas-y, essaie, qu’elle me dit, lèche-lui la bite à travers son fric… allez, essaie ! On a vraiment l’impression qu’il y a quelque chose dessous ! »
J’ai essayé, et c’est vrai – si tu fermes les yeux et que tu lèches au bon endroit, tu sens une toute petite queue, qui fait un centimètre de long, dure comme de la pierre. Ah ah ! »

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