28 juin 16

Volkswagen Blues [Jacques Poulin]

« - Le bison, dit la fille en s’animant, fournissait aux Indiens tout ce dont ils avaient besoin. C’est pour ça que l’extermination des bisons signifiait la disparition des Indiens qui vivaient dans les Plaines. »

En route pour la Gaspésie, dans mon Volkswagen jaune avec des fleurs multicolores une tendance pour l’époque hippie, peace and love, je croise cette grande métisse, mi blanche, mi indienne, des jambes longues, immensément longues même, son petit chat noir qui gambade à ses pieds. Tu me connais, je ne peux résister à l’appel du chaton, et son miaulement si déchirant ; alors, forcément, je m’arrête, la prends en stop avec sa petite touffe de poil…

Le hasard des rencontres qui bouleversent une vie. Sur les traces de son frère, perdu de vue depuis une quinzaine d’années, Jack trop occupé à écrire ses livres. Romancier en panne d’inspiration. La « fille », la grande sauterelle, j’imagine déjà ses jambes et son short, bien mini et bien moulant. La température monte subitement, même à Gaspé. Je m’arrête à la bibliothèque, un faible pour les bibliothécaires à lunettes, pour emprunter quelques livres, en savoir plus sur le Québec, ses origines et surtout sur ses premiers habitants, sur ses Indiens.

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25 juin 16

Easter [Patti Smith]

« La femme dégage une sensualité qui attire comme un aimant. Les yeux baissés, les lèvres de sa grande bouche dessinant une moue experte, mais sans la moindre coquetterie. Ses mains se baladent pour accrocher une pince dans ses cheveux, noirs, qui lui tombent à moitié sur le visage, sauvages. Elle porte un tee-shirt beige qui souligne naturellement ses tétons, sans le moindre érotisme. Et à l’aisselle, une touffe de poils rougeâtres. Un coup de feu libertaire, féministe. C’est Patti Smith, sur Easter. »

Carlos ZanonJ’ai été Johnny Thunders.

Alors, là, Patti, je crois que ça va pas trop le faire. Les poils sous les bras, c’est [peut-être] punk mais c’est pas vraiment mon kif. Il y a des limites à la civilisation humaine. Et la différence entre le monde animal et le monde féminin, c’est justement le fait que tu t’épiles sous les bras et que tu te rases la chatte. La forêt amazonienne, c’est sympa, on s’y sent libre, l’esprit moite et humide, mais on a du mal à respirer quand les lianes rentrent dans le nez. Non, sur ce coup-là, Patti, je suis plutôt petite prairie champêtre chaude (mais humide), une végétation peu fournie, le minimum pour ne pas être en zone aride, c’est qu’après il fait soif, et mon verre est vite vide.

Ton troisième album, Patti, le grand succès même. Du genre commercial grâce au boss. Une composition Smith/Springsteen qui s’est élevée au sommet des charts au détriment de fans en doc Martens. Patti tu touches le succès, t’es moins punk, tu peux garder les cheveux dans le vent, virer ta pince, friser tes cheveux comme un jour de pluie, mais prends le temps de t’épiler ces poils anti-glamour. Oui, je fais une fixation sur tes aisselles. Je ne pourrais pas lécher cette sueur post-coïtale au milieu de ce buisson même ardent. Parce qu’après tout, je ne suis pas qu’un homme à majeur, j’ai aussi une langue prête à frétiller de plaisir… Attends, j’enlève juste le poil qui m’est resté collé sur la langue…

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20 juin 16

J’ai été Johnny Thunders [Carlos Zanon]

Les lumières s’éteignent sur la scène, le corps en sueur, les convulsions me reprennent. Je tremble, j’ai froid, je suis en nage. Seul dans le noir. Ou presque. Le public crie, hurle, éructe. Une hargne se déchaine, à moins que cela soit de la haine. Mes mains restent crispées sur la guitare. Le courant m’a abandonné, mais putain, que c’était bon, j’ai été Johnny Thunders pendant 5 minutes. Ma gloire à moi. Avant la descente en enfer. La drogue, le caniveau, la taule. Les souvenirs se déchainent dans ma tête, ce rock entêtant qui vrille dans ma tête, la seringue que je me plante dans le bras, cette sud-américaine que j’ai toujours eu envie de baiser, lignes de coke après lignes de coke. Tout juste si j’arrive encore à bander. J’ai l’impression d’être fini, comme au bord d’un précipice avec l’envie de fermer les yeux et de me laisser glisser au fond. Je vole. Plouf. J’atterris dans l’eau. Noire et froide. Je coule, m’enfonce dans cette nuit noire, dans cette eau noire. De plus en plus noire. Je n’arrive plus à respirer, je suffoque, j’ouvre les yeux. Je suis bien. Je suis un poisson. Je nage au milieu d’autres poissons et je vois cette sirène catalane. De longues jambes qui nagent devant moi. Viens me dit-elle, viens. Mais je n’arrive pas à la rattraper. Après tout, je ne suis qu’un poisson.

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16 juin 16

New-York Dolls

1er titre, une intro qui envoie, fort. Le ton est donné. Les décibels stridulent comme des cigales énervées. Direction New-York City, pour un morceau de pur rock, du nerveux qui en veut, au décor warhollien. Des poupées travesties sur une scène rock. Entre punk et Glam. Rock for ever.

Et Johnny Thunders à la guitare. Il est dans la loge, il caresse sa guitare, une groupie à ses genoux. Le rock, il n’y a que ça de vrai dans la vie. Avec le bourbon et le sexe, bien entendu.

« Et ce junky, c’est Thunders, merde. Une légende. C’est lui, bordel de Dieu. Voilà pourquoi aujourd’hui et rien qu’aujourd’hui, après avoir pissé, Mr Frankie se lavera les mains. En signe de respect.

Carlos ZanonJ’ai été Johnny Thunders

Le respect, mec, y’a que ça de vrai. Et le rimmel aussi. Il coule, le visage en sueur, les cordes vibrent, le bourbon coule. Une seringue encore plantée dans le bras, la groupie entre ses cuisses. J’ai toujours rêvé d’être un rocker. Pour ses excès, pour son plaisir, pour cette foule en délire, le peuple transcendé par une bande de filles, des poupées travesties en punk, des punks travestis au rimmel. Johnny, une légende, merde. Je ne peux passer à côté. New-York Dolls, une petite révolution dans son genre. Trans-genre, même. Beaucoup de bruit, une guitare nerveuse et des voix écorchées. Sans oublier un accoutrement. Le rock est une histoire de femmes, c’est bien connu.

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13 juin 16

La Petite-Fille de Menno [Roy Parvin]

« - Je vous conseille un whisky à l’eau avec des glaçons, dit-il. Rien de tel quand on est dans un train.

Lindsay éprouvait la morsure de l’alcool au fond de la gorge, sensation pas du tout déplaisante. Ils restèrent ainsi à siroter leur verre tandis que le train filait à travers la prairie noyée dans les ténèbres. »

Lindsay, divorcée, la quarantaine. Whit, brillant écrivain mais piètre mari, l’a abandonné il y a quelques années pour une autre femme dont elle ignore tout jusqu’à son nom. Il est décédé, maintenant. Et la vie de Lindsay est toujours au point mort. Trouver un prétexte, rendre visite à ses parents qui habitent la côte Est, New-York. Trop rapide de prendre l’avion, même à la fin des années 50. Le train s’impose. Plusieurs trains même. De belles locomotives à vapeur encore rutilante et les paysages qui défilent.

L’Idaho, le Montana, le Wyoming… et puis… quelques minutes d’arrêt. Une tempête de neige, un blizzard à cacher la grandeur des Bighorns. Des rencontres dans le train, autour d’un café ou mieux d’un whisky qui brûle la gorge mais qui enivre de sa chaleur provocante comme une douce sensation de mystère. Le train n’ira pas plus loin. Attendre que la tempête se calme, que la voie soit déneigée, que la fièvre tombe. Fièvre des grands espaces, fièvre humide d’une peur indicible.

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11 juin 16

X-Files : Aux frontières du réel [Chris Carter]

L’évènement 2016, et je sais que tu ne me contrediras pas, est le retour au premier plan du plus beau couple glamour au sein du FBI (non, je ne parle pas de Clarice Starling et d’Hannibal Lecter), j’ai nommé les agents Fox Mulder et Dana Scully. Quatorze ans après, les deux enquêteurs reprennent du service pour une dixième saison. Et ils ont bien vieilli. Mais j’y reviendrai.

Tu te souviens de ces premiers épisodes que tu regardais frénétiquement au milieu des années 90 sans te douter que cette série allait te changer la vie, te marquer à vie. Ces vendredi soirs passés dans ta piaule, volets fermés, portes closes, à clef bien entendu. Peur d’être enlevé toi aussi par des gens d’ailleurs, des extra-terrestres au regard lubrique voulant faire des expériences sexuelles sur ton corps (je te rappelle que j’étais ado à cette époque, et que toute expérience finie en fantasme sexuel dans mon esprit). Mais j’y reviendrai.

Pourquoi rouvrir les « affaires non classées » après tant d’années écoulées. Dès le début de cette nouvelle saison, on retrouve les ingrédients qui firent le bonheur de cette première rencontre. L’un est croyant, l’autre sceptique, je te laisse deviner les rôles. Fox n’a pas changé, l’air légèrement plus cynique et désabusé qu’auparavant. Certainement que son rôle dans l’excellent « Californication » a déteint sur le personnage. Dana est encore plus belle qu’aux premiers jours. L’âge mure lui convient à merveille. Et elle se fait de plus en plus sexy, surtout quand elle laisse ouvert les boutons de son chemisier. Autre époque, autres mœurs, elle n’hésite plus à mettre des décolletés plongeant (probablement pour distraire les extra-terrestres de leur véritable mission). Certainement que son rôle dans l’excellent « The Fall » a déteint sur le personnage. Et puis à force de voir David Duchovny baiser et forniquer des gamines même pas majeures dans cette autre série californienne lui a donné envie de prendre son pied avec de jeunes bleus, aux fesses bien sculptées.

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9 juin 16

Alaska [Melinda Moustakis]

« Le reflet de l’île s’étire à la surface de la rivière, tremblote sur l’eau. Rivière, viens-tu ou vas-tu ? La Kenai, un flux laiteux mêlé de rubans verts et bruns, est enragée, est au repos. »

Prends ta mini-jupe en poil de castor, je t’emmène dans le Grand Nord. Là où tout est gelé, même le majeur, là où cohabitent ours, phoques et hommes bourrus et bourrés, la barbe hirsute, l’ermite chevelu. Oui, je m’y vois déjà, retour à l’état sauvage, pas de frigo pour mettre les bières au frais. J’ai mis ma tuque (tu veux tâter mon pompon ?), je te donne la pelle, y’a de la neige à pelleter.

Quelques bières, de la neige, une baleine qui s’échoue, des autochtones violents, des vents violents, des eaux violentes, et une nuit qui n’en finit jamais ou un jour qui ne s’achève pas. La beauté sauvage devant la fenêtre de mon igloo, ou de ma cabane en rondin. Tiens, un vol de lagopèdes à queue blanche… et une baleine bleue échouée… C’est beau une banquise la nuit.

- Dieu tient davantage de la baleine que de l’homme, dit-elle.

Là, le sang s’échoue sur le rivage et fait fondre la glace. Mes pieds nus sont teintés et léchés de rouge. La neige froide. Le sang chaud jaillissant du ventre de la baleine. Ils l’ont dépecée et lui ont tranché un lambeau de chair avec des tronçonneuses. Une baleine hors de l’océan est une montagne, un horizon, une courbe de ciel différente. »

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4 juin 16

Le Peintre d’éventail [Hubert Haddad]

Atôra, un petit coin de campagne au nord-est de l’île Honshu, Japon.

Un vieux moine aveugle.

La quiétude d’un jardin zen, les saisons qui avancent se font éternelles.

Un peintre qui transpose son art et celui du jardin sur des éventails.

Des haïkus contemplatifs.

Même une ancienne courtisane, maitresse des lieux.

Les seins d’une jeune femme qui se bercent comme le lys au vent.

Oui, ce roman a tout pour me plaire, tout pour attirer au moins mon attention.

« Le premier éventail, juste au-dessus de la lampe, représentait un vol de grues cendrées au couchant sur fond d’eaux miroitantes, couleur de pluie dans la lumière rosées, la pointe des ailes et les pattes noires, le bec effilé. On distinguait même la peau écarlate du crâne de chacune d’elles, en formation au-dessus des prairies de joncs. Tracés pareillement à l’encre, ces quelques mots :

Bientôt en cendre

Dans cette brume d’un soir

Vol de grues cendrées. »

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3 juin 16

Tout en Haut du Monde [Rémi Chayé]

Difficile de commencer ma chronique par l’aspect négatif de ce film d’animation. De Rémi Chayé, je ne connaissais rien, je suis donc en pleine découverte, sans apriori, sans attente, l’esprit neuf empli d’espoir comme un de ces explorateurs qui veulent aller sur la lune ou encore plus loin, au pôle nord, tout en haut du monde. Le graphisme ne me correspond pas, les visages dont l’expressivité se réduisent à l’ouverture des yeux, le trait de forme géométrique, les arrêtes saillantes, ce n’est pourtant plus la période cubisme… La fluidité n’est pas au niveau des superproductions Pixar au Dreamworks, mais c’est aussi une question de coût et d’ordinateurs. Bon, OK, je suis un peu sévère, surtout que je n’avais pas fait le plein de vodka avant de recevoir cette offre de diffusion privilégiée.

Après ces malheureuses considérations esthétiques qui malheureusement risquent de rebouter les grands enfants (le mien en particulier qui n’a pas voulu s’y pencher simplement par esprit obtus envers ces traits), je me plonge dans l’histoire. Je sors ma tuque (ah non, là-bas, c’est une chapka), mes moufles et le fond de ma bouteille de vodka. Saint-Pétersbourg, 1882. Sacha est une jeune fille de l’aristocratie russe. Mais de princesse, elle n’en a que le sang car son esprit est plus fasciné par une vie d’aventures que de bals et de valses. Son grand-père, Oloukine, célèbre explorateur du Grand Nord est porté disparu. Le Davaï, majestueux trois mats, n’est pas revenu de sa conquête du Pôle Nord. Sasha s’enfuit pour vivre cette grande aventure, et tenter de retrouver son grand-père.

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31 mai 16

No End [Keith Jarrett]

Keith Jarrett est la référence du label ECM. L’état de grâce même conféré par une pureté propre à cette maison de disque. Sauf pour ce « No End » qui a été enregistré dans le propre home-studio du pianiste, loin des silences et de la réverbération acoustique du studio allemand. Keith Jarrett enregistrant son piano dans une grange, c’est un peu comme si moi je chantais nu dans ma salle de bain. Cela crée une autre atmosphère, un sentiment différent de liberté, une aura de mystère et d’étrangeté.

Du Keith en solo, j’avais pris une certaine habitude, mais le voir renouer avec d’autres instruments que son Fender ou son Steinway, cela apporte un vent de fraîcheur. Fraîcheur toute relative puisque si le disque est sorti en 2013, l’enregistrement lui date bien de 1986. Multi-instrumentiste, Keith tâte ici du piano, des percussions, de la basse, des tablas, de la batterie et de la guitare électrique, une Gibson rouge rutilante.

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