19 août 14

Pourpre Profond [Mayra Montero]

Je crois que je suis tombé amoureux…

« Cette fille était avant tout dotée d’une fougue toute particulière. J’avais cru deviner en elle d’exceptionnelles aptitudes féminines – lorsque je dis féminine c’est plus fort que moi : je pense à une suceuse experte – et, ce qui est encore plus important, j’avais cru deviner la pointe de ses seins et j’avais immédiatement senti une espèce de picotement juste au-dessus de mon sternum : chez moi, c’est le signe que je ne vais pas tarder à tomber amoureux. »

Autant le dire d’emblée, j’ai raté ma vocation. En fait, je crois que j’aurai dû être critique de musique classique. Cela m’a aurait certainement ouvert de nouvelles perspectives. Et même si la perception de cette musique est encore une sensation étrangère, le fait de croiser des violoncellistes, des pianistes, des joueuses de pipo et même des chefs d’orchestres m’aurait particulièrement intéressé. Surtout de pouvoir les interviewer seul à seule, dans leur chambre d’hôtel, le soir après une répétition…

« Au début mon rôle avait été plutôt passif. Je m’étais contenté de me coucher sur le dos et elle avait pris mes cuisses entre ses bras, y avait enfoncé la tête et avait entrepris de me fignoler une fellation sur un rythme plutôt irrégulier : par moments frénétique et à d’autres extrêmement lent et doux, presque enfantin. Je ne vais pas nier que j’avais eu extrêmement peur lorsque je l’avais vue se mettre d’emblée à sucer mon sexe, puis à l’enfiler d’un seul coup et tout entier au fond de la gorge. J’ai lu des choses à propos de femmes un peu dérangées qui, prises tout à coup d’un certain délire, ne se gênent pas pour y planter les dents sans crier gare. »

Et là…

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16 août 14

Run Run Run : Session I

Short bleu, tee-shirt orange, mini-chaussettes blanches, je chausse mes nouvelles Brooks Pure Flow 2 à 80€ la paire, prix conseillé fin de série, pointure 46.5. Le soleil, la casquette, des oreillettes dans les oreilles, les jambes déroulent tranquillement le bitume, le mollet galbé, les abdominaux saillant sous le tee-shirt (tu permets que je rêve un peu cinq minutes avant de suer). Sortie classique en musique sans classique et avec Haruki Murakami comme compagnon de route.

Le rythme est donné, les kilomètres avalés. Séance d’entrainement, entre dix et quinze bornes. Une musique pour marquer la cadence. Chacun son rythme, chacun ses choix de prédilection. Honneur à la littérature, Murakami s’entrainant au marathon et qui avale quotidiennement (à Hawaï, facile de trouver le temps de courir tous les jours sous la pluie ou le soleil ; ce n’est même plus un entrainement, cela devient un plaisir, surtout avec les hawaïennes autour) ses dix kilomètres avec…

« Hier, pendant mon entraînement, j’ai écouté Beggars Banquet, des Rolling Stones. Le chœur funky qui répète « Hou hou » dans Sympathy for the Devil s’accorde parfaitement avec la course. Le jour précédent, j’avais choisi Reptile, d’Eric Clapton. Décidément rien à redire à ces deux compositions. Des musiques qui me vont droit au cœur, dont je ne me lasse jamais. En particulier, Reptile. Je l’ai écouté un nombre incalculable de fois. A mon sens, rien ne vaut Reptile, quand je foule tranquillement la piste, le matin. Un rythme toujours sûr, une mélodie tout à fait naturelle, ni trop appuyée, ni trop fabriquée. Mon esprit est paisiblement entraîné dans la musique et mes pieds se meuvent en cadence. »

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond

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15 août 14

Avant d’aller dormir [S.J. Watson]

Christine a 47 ans, et chaque matin, la même histoire : elle se réveille avec un inconnu dans son lit. Il dit s’appeler Ben, il dit être son mari depuis plus de vingt ans. Mais elle ne se souvient de rien. Une sorte d’amnésie qui lui a effacé de sa mémoire ces vingt dernières années. Difficile à vivre, de s’imaginer encore une adolescente alors que dans la glace elle ne perçoit que rides et tâches de vieillesse (et je ne parle pas des seins qui tombent et l’auteur nous épargne la description de ses fesses). Ses seuls souvenirs remontent à son enfance. Elle ne connait pas Ben, elle ne connait plus aucune de ses copines et chaque jour devient un recommencement de sa vie. Mais bon, sur ce point, elle a l’avantage de ne même pas s’en rendre compte. Des silences et des interrogations.

« L’image est floue, d’abord, imprécise, puis elle vacille un instant et, soudain, devient parfaitement nette avec une intensité presque accablante. Mon mari et moi nous arrachant mutuellement nos vêtements. Ben me tenant, ses baisers devenant de plus en plus pressants, de plus en plus profonds.[…] Quand nous avons fini de faire l’amour, nous sommes restés au lit le plus longtemps possible, les jambes emmêlées, ma tête posée sur sa poitrine, sa main me caressant les cheveux, sa semence en train de sécher sur mon ventre. Nous ne parlions pas. Le bonheur nous enveloppait comme un nuage. »

Le téléphone sonne, un certain docteur Nash, spécialiste neurologique, qui l’appelle sur un second portable caché au fond de son sac à main.

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4 août 14

Tangente vers l’est [Maylis de Kerangal]

Le billet en poche, la vodka en poche. Monte dans le train. Prends place dans le compartiment. Destination, l’autre bout du monde. Des appelés, crânes rasés, épaules tatouées, pantalons camouflées. Aliocha fait partie de ces jeunes militaires que l’on envoie dans cette partie du globe. Pour où d’ailleurs ? Ici ou là, ce serait pareil. Ici ou là, qu’est-ce que ça peut changer dans sa vie ? Parce qu’au-delà d’une certaine frontière, la zone devient floue, presque irréelle.

Et puis, il y a Hélène qui est montée dans ce train également. Que fait cette française à la gare de Krasnoïarsk ? Elle fuit, à n’en pas douter. Sa vie, son homme. Peu importe… Elle embarque à bord du transsibérien. Direction, la Sibérie ! Putain, la Sibérie ! Aux grands désespoirs de tous ces appelés. Cette terre désolée, cette terre de goulag, cette terre parsemée de rennes et de cadavres.

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30 juil 14

Land of the Sun [Charlie Haden]

Tierra del Sol.

Ferme les yeux, écoute le silence et les vagues qui se fracassent doucement sur le long de cette plage de sable fin. Le soleil se couche sur cette vue paradisiaque et plonge dans l’infinie océane. Le talon planté dans le sable, les doigts de pieds en éventail, le cul posé sur une chaise longue, lunettes de soleil et parasol. Des cocotiers derrière et puis cette serveuse qui t’apporte un « Sex on the Beach » avec également son petit parasol de papier flottant dans le verre.

Tu perçois cette douce musique de cocktail, Charlie Haden à la contrebasse et Gonzalo Rubalcaba au piano. Une guitare hispanique, quelques trompettes mariachis autour pour compléter ce tableau sorti de mon imagination caribéennes.

Esta Tarde Vi Llover

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27 juil 14

Sa Femme [Emmanuèle Bernheim]

« Elle ne parvenait pas à se souvenir si, la veille, il lui avait dit : « A demain. » Elle se rappelait juste qu’ils étaient si étroitement mêlés qu’elle n’avait soudain plus su si c’était sa propre peau qu’elle caressait ou bien celle de Thomas. »

Troisième court roman d’Emmanuèle Bernheim sur lequel je m’épanche. Sur « Sa femme » , je m’allonge et me colle lorsqu’un sentiment de passion fulgurante me prend. Comme une rencontre avec une inconnue, comme cette jeune médecin, Claire. Bonjour, belle inconnue, je m’appelle Thomas.

Thomas, lui est conducteur de travaux ou un truc du genre. Un chantier dans la rue de Claire. Des regards se croisent s’échangent comme un coup de foudre provoqué par une décharge électrique entre les synapses sentimentales de deux êtres. De ce courant alternatif naitra une passion, celle de se retrouver dans un bar, boire un café trois sucres. Celle de s’allonger dans un lit de faire l’amour sans dire un mot. Celle de se quitter au bout d’une heure et demie, pour se retrouver le lendemain. Et le surlendemain. Pas le samedi, ni le dimanche. Thomas ne travaille pas, le chantier reste fermé. Claire, elle, garde les pochettes brillantes des préservatifs, les sucres non consommés, note chaque rendez-vous sur son agenda, une marque avec l’inscription T.

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23 juil 14

The Big Gundown [John Zorn]

Saxophoniste et compositeur, chef d’orchestre et musicien déjanté, d’une discographie impressionnante, John Zorn excelle dans tous ses albums. D’ailleurs la musique de Zorn est bien au-delà de la « musique ». Elle est « concept », elle est expérimentale, elle est surtout totalement inattendue. Et cet album ne dérogera pas à cette constatation. Il te paraîtra dérangeant, flippant, trippant, voir même bandant. Parce que John ne fait guère dans la simplicité ou le conformisme. Tu adores ou tu détestes – et là tu vas détester pour mieux te déchainer.

Naviguant entre le jazz furieux, le rock hurlant ou la musique de film déchirante, Zorn livre un vibrant hommage au maitre de la musique spaghetti des westerns de Sergio Leone, Ennio Morricone. Mais là où tu t’attends à suivre une musique linéaire pour planer au milieu des grandes plaines poussiéreuses, tu découvriras une relecture totalement déjantée de ces hymnes que chacun aura sifflés au moins une fois dans sa vie et qui semble être rentrés dans l’harmonie collective de notre subconscient. Dépoussiérer la musique de Morricone pour la restructurer à la Zorn. « Big » programme !

JohN ZorN plaYs the muSic oF EnniO MorriconE

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21 juil 14

Les Seigneurs [Richard Price]

Sur le terrain de jeu, Richie Gennaro, dix-sept ans, seigneur de la guerre des Vagabonds, était entouré de ses homologues des Rays, des Pharaons et des Bourreaux. Alliés susceptibles. Conversation tendue. À l’ordre du jour…
— Faut arrêter les négros.
— Tu crois que les Boules à Z de Fordham se mettraient avec nous ?
— Si on les a avec nous, c’est réglé.
— Oublie pas les Wong. Ils connaissent le judo les bridés.
— C’est pas avec des prises de judo que tu peux lutter contre ça !
— Hé, range ce truc ! Putain tu veux qu’on se fasse tous agrafer ?
— Et les mecs de Lester Avenue ?
— Nan, c’est des tueurs, ces gars-là.
— Justement. Ils te tuent aussi bien un bamboula.
— Paraît que les bombardiers se sont mis avec les Extras parce que Clinton Stitch a un cousin chez eux.
— Les bronzés, ils ont toujours des cousins partout, t’as remarqué ?
— Les Bombardiers… merde… on est mal.

Bronx, New York. 1962…

La guerre est déclarée. Dans la rue. Celle des bandes et des gangs. Des gamins qui se la jouent blousons de cuir et couteaux. Les plus vieux – du genre 17 ans – aux plus jeunes – à peine 13 ans. Des soirées faites de boums, de graffitis et de bières achetées avec des cartes d’identité volés ou des « grands frères ». Il y a « nous », les gentils, et « eux », les pourris.

Je te fais un bref débriefing des forces en présence, au cas où tu t’aventures sur cette terre hostile surtout si tu n’as pas la bonne couleur dans le bon quartier.

Donc parmi les « NOUS », les bandes en présence :

  • Vagabonds (rital), force de frappe : 27
  • Pharaons (rital) : 28
  • Rays (irlandais) : 42
  • Bourreaux (polac) : 30
  • Boules à Z (mélangé) : 40
  • Lester Av. (très rital) : 50

Face à « NOUS », les sauvages, « EUX » :

  • Extras (négro) : 50
  • Cavaliers (négro) : 30
  • Bombardiers (négro) : 36
  • Mau-Mau (négro) : 40
  • Wong (bridé) : 27

Premier roman de Richard Price paru en 1974. Depuis, l’auteur s’est fait un nom, auteur à succès, scénariste à succès. Il me plonge dans l’univers de la rue et du Bronx en particulier, avec des histoires de bandes, de drague et de bitures. Tout ce que j’aime.

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19 juil 14

Le Live : Je dis aiMe

Je dis aiMe, et je le sèMe sur Ma planète. Un live du saMedi soir qui aurait pu avoir lieu un jeudi soir. Disons le 17 juillet 2014 pour les Maniacos de la précision. Je Me brise au Whisky-Glace Mais je courtise avec classe. Pas de salle de concert, juste un bol d’air près de la Maison du Maire de la ville. Un air chaud et torride, la teMpérature griMpe. Quelques heures avant Minuit, le soleil se reflète dans les lunettes pour le Moins bizarre d’un gars encore plus chelou. Machistador, je suis un Missionaire de la drague je l’avoue. Festival Live 2014, au Milieu du parvis, des cannettes de Heineken, des bouteilles de Heineken, des cannettes de Desperado, des bouteilles de Desperado. Je sais j’suis un vieux con, cas désespéré pour le Moins désespérant, Mais la situation M’exaspère, alors que des grandes poubelles sont disposées tout autour coMMe des lieux stratégiques inutilisés. Oui ça énerve le vieux con qui est en Moi !

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14 juil 14

L’arbre d’or [John Vaillant]

Vie et mort d’un géant canadien. Le Géant Vert. Un épicéa majestueux dressé au milieu des cieux dans la province de la Colombie-Britanique. Je ne suis pas au fait de l’administration canadienne alors la Colombie-Britannique me paraissait bien loin. Tout à l’Ouest. Encore plus à l’ouest de Chambly. Plus à l’Ouest et on atterrit à l’Est. C’est dire… l’extrême ! Que faut-il savoir donc de cette province si lointaine où l’on ne parle même pas français. En fait rien. Il suffit juste de découvrir John Vaillant et de se laisser porter par la lumière de ce pays.

John Vaillant est avant tout écrivain pour le National Geographic et le New Yorker. Sa plume s’en ressent dès les premiers instants où la lumière illumine cet arbre, l’arbre d’or. Car le héros de son histoire n’est ni un homme, ni un auteur, mais bien un arbre, l’épicéa de Sitka avec ses épines de pin dorées qui s’illuminent avec les rayons du soleil comme si cet arbre était recouvert entièrement d’or. Un arbre et une région, cette Colombie-Britannique entourée de forêts primaires, d’une richesse inouïe et insondable. Enfin, ça c’était avant. Avant l’arrivée de l’homme, avant l’arrivée des tronçonneuses, des bulldozers et de tous ces outils de destruction massive.

« La tronçonneuse et ses auxiliaires mécaniques – le bulldozer, la débusqueuse et les camions autochargeurs – ont réussi à réduire les grands arbres du Nord-Ouest à l’état de simples objets qu’un homme de taille et de condition physique moyennes pouvait abattre, débiter, charger et transporter sans grand effort. Aujourd’hui un arbre de trois mètres de diamètre peut être abattu en dix minutes à peine et débité en une demi-heure. Ensuite, il ne faut pas beaucoup plus de temps à un débardeur à pince – sorte de grosse tenaille montée sur un tracteur – pour soulever les grumes de plusieurs tonnes et les charger sur  un camion. En théorie donc, un arbre de deux cents tonnes qui a grandi à l’abri des regards pendant un millier d’année et qui a résisté aux bourrasques, aux incendies, aux inondations et aux tremblements de terre peut être abattu, débité et expédié à la scierie en moins d’une heure et par trois hommes seulement. En 1930, toute l’opération aurait nécessité douze hommes et une journée entière de travail. En 1890, plusieurs semaines, et en 1790 des mois – à supposer qu’on ait pu abattre un tel arbre à l’époque. »

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