14 mai 12

Blurry Blue Mountain [Giant Sand]

La voix grave et sexy. Howe Gelb continue de contempler du haut de sa guitare l’immensité de son ranch. Un endroit paisible où broutent bisons, vaches et taureaux lorsque le soleil de l’Arizona se couche jusqu’à la lointaine ligne d’ombre de l’horizon. Cela fait 30 albums que cela dure. Pas moins, peut-être même plus. Entouré de quelques gars du coin et du cru, son groupe le « Giant Sand » distille sa musique chaude et sereine comme à la fin d’un western où le cow-boy solitaire reprend son cheval, retrouvant ainsi sa vie de loner et de looser, dans un monde sauvage et de plus en plus décalé avec sa philosophie. « Blurry Blue Mountain » est le genre d’album à ne pas faire de bruit, respect de la nature et des grands espaces oblige, respect des Divinités locales qui se retrouvent dans chaque grain de poussière ou piquant de cactus. Et lorsque Howe est inspiré par Thelonious…

lire plus…

13 mai 12

Interlude Bestial

le Bison vu par le Chat.

une histoire dessinée et  signée

Philippe Geluck

12 mai 12

Servir le Peuple [Yan Lianke]

8 septembre 1944, devant le comité central du PC. Le grand camarade Mao Zedong prononça une allocution, devenue célèbre depuis, sur le thème « Servir le peuple », le leitmotiv de la révolution culturelle. Je résume, je fais court, j’extrapole : les chinois sont un grand peuple et s’ils sont aussi grand, c’est parce qu’ensemble, ils avancent, ensemble ils s’entraident, ensemble ils se soutiennent. Ensemble, ils vivent et s’effacent pour servir les autres, servir le peuple. C’est sur ce précepte que la Chine pourra s’élever, grandir et devenir puissante, que la Chine pourra construire des jouets en plastique pour 12.5 centimes de € ou des tee-shirts à l’effigie du maître spirituel (Camarade Mao, pas camarade Dalaï-Lama) pour 0.5 $. Depuis, ce texte est devenu aussi sacré que les sutras des moines bouddhistes exilés sur les sommets enneigés de l’Himalaya. Il s’affiche sous les bustes du camarade Mao, Il s’affiche sur les murs de chaque édifice public, des casernes, des restaurants ou des maisons de plaisir.

Wu Dawang est cuisiné dans l’armée. C’est par sa motivation et son implication dans la devise « Servir le peuple » que Wu grimpera grades et échelons sociaux de la grandeur chinoise. Tellement zélé, il s’aventurera sans retenue dans les propositions indécentes de Liu Lian – la femme du colonel ! Baiser la femme du colonel étant bien évidemment une application très stricte de « servir le peuple ». Je ne peux même pas en vouloir à camarade Wu, Tante Liu étant si belle, si jeune, même nue ! « Même nue, elle gardait la pureté et la noblesse d’un Bouddha. » Franchement, ça donne envie ! D’autant plus que Grande Sœur Liu a un appétit féroce et insatiable. Pauvre Wu !

lire plus…

10 mai 12

un Privé à Babylone [Richard Brautigan]

« Ma cliente savourait une bière.
La boire lui procurait un plaisir infini. Elle ne buvait pas comme on aurait pu s’y attendre. Elle n’avait rien d’une dame dans sa façon de boire sa bière. Elle buvait de la bière comme un docker le jour de paye. »

C. Card aurait pu faire un bon flic. Il aurait pu devenir un excellent inspecteur s’il avait réussi son examen d’entrée. Seulement en plein milieu de l’épreuve, il s’est mis à rêver de Babylone. Et lorsque son esprit s’éprend de Babylone, il peut y rester des heures dans ce paradis. Alors C. Card est devenu détective, « un privé à Babylone ». La réussite n’est plus vraiment au rendez-vous, plus de bureau, plus de secrétaire, plus de voiture, et même plus le moindre sou pour se payer quelques balles pour charger son revolver vide. La misère et la déchéance d’un privé qui rêve trop. Parce que la vie est belle, dans ses rêves : une magnifique secrétaire, belle et intelligente, amoureuse de lui ; il est le plus beau, le plus fort, le maître de Babylone. Mais le rêve fini, la chute brutale dans la réalité est encore plus dure.

lire plus…

9 mai 12

L’élite de Brooklyn [Antoine Fuqua]

Première scène : Richard Gere se réveille tout en sueur – tee-shirt trempé et gouttes de sueur qui perlent entre les rides de son front – pris dans ses démons nocturnes. Il se sert un bon verre d’Irish Whiskey et en boit une rasade conséquente. Ce film démarre sur de bonnes bases !

Aux regards de sa filmographie, Antoine Fuqua pourrait passer totalement inaperçu par chez moi. Quelques titres : Training Day, Les larmes du soleil, le Roi Arthur, Shooter tireur d’élite… Pas vraiment de quoi m’entraîner dans une salle obscure…

La dernière fois que j’avais été voir Richard Gere au cinéma, cela remonte à des décennies (les années 90), entraîné (enchaîné même ?) de force pour aller voir « Sang chaud pour meurtre de Sang-Froid ». Pas vraiment une grande réussite, mais j’avais l’esprit faible et faillible. Pour m’amadouer, on avait du me dire que le beau mâle partageait l’affiche avec Kim Basinger ou alors on m’avait proposé une bière. Chacun ses failles et ses faiblesses…

Deux années se sont écoulées depuis la sortie en salle de « L’élite de Brooklyn » où Richard Gere partage la vedette avec Don Cheadle et Ethan Hawke. Je me souviens n’y avoir laissé aucun regret. Ce film m’avait emballé, une véritable réussite, un polar noir, sobre et sombre… Deux ans après, le film passe un nouveau test : le visionnage sur canapé, petit salon, ambiance plus illuminée qu’une salle obscure, pas de son surround THX et amplifié, pas d’odeur de pop-corn ni de sonneries de portables intempestives.

Verdict : un polar noir, sobre et sombre. Nouvelle réussite, par conséquent.

lire plus…

8 mai 12

des images de Matthieu Ricard à Brantôme

De la venue de Matthieu Ricard à Brantôme, célèbre Venise du Périgord, je retiendrai ces affiches qui insufflèrent un brin de spiritualité dans les ruelles étroites de la cité. Les canards étaient bien évidemment présents pour assister à la conférence de l’ambassadeur du bouddhisme en France. Le bison, quand à lui, est retourné quelques jours avant, dans sa prairie polluée, pour s’atteler à des tâches beaucoup moins spirituelles.

« Obtenir du beurre à partir du lait n’est possible que parce que le lait contient déjà de la crème, mais personne n’a jamais fait du beurre en barattant de l’eau. L’orpailleur cherche l’or parmi les minéraux et non parmi les copeaux de bois. De même, s’efforcer d’atteindre le pur et parfait Éveil n’a de sens que parce que la nature est déjà présente en chaque être. Sans cette nature, tout effort serait futile. »

Jamgön Kongtrul Lodrö Thayé (1813-1899) – Extrait des « Chemins Spirituels » de Matthieu Ricard.

Et si les chemins spirituels débutaient dans le Périgord, au milieu des réserves à bisons, des canards verts sur des canoés jaunes. Et si les chemins spirituels débutaient au coin de votre rue…

7 mai 12

Jernigan [David Gates]

Simplement parce que j’avais lu dans le temps (autre vie, autre époque) une chronique fort intéressante et poten-tiellement énigmatique (d’un gars qui en connait un rayon sur la vie et la mythologie du dahu, le genre de cowboy aux yeux bleus à avoir une chemise à carreaux, à boire de la Bud au bord de la piscine en refaisant le monde et sa musique) sur un autre de ses romans… Les Merveilles du Monde Invisible… Alors, à mon tour, je découvre cet auteur américain – qui enseigna aussi bien à Missoula, Montana qu’à Manhattan, New York et même plus au Nord dans le Vermont – pour y découvrir le destin d’un pauvre type, d’une vie bancale au quotidien parfaitement banal ; le destin, la vie, le quotidien de « Jernigan », mon paumé du jour.

« Nous avons regardé la fin de Star Trek (c’était l’épisode où Kirk se dissocie en deux êtres distincts, un bon et un mauvais, et s’ aperçoit que sans la partie maléfique de sa personne il est devenu trop indécis pour commander le vaisseau Enterprise) et nous somme allés nous coucher. Martha s’est endormie, un bras en travers de ma poitrine. J’ai écarté son bras et je suis resté allongé là, l’esprit agité de pensées confuses. A cause de ce foutu café, et du reste aussi, bien entendu. Comment j’allais faire pour gagner ma vie, combien j’avais foiré mon rôle de père, s’il fallait que je me dépêtre du guêpier dans lequel je m’étais fourré avec Martha… »

L’histoire n’est pas nouvelle, surtout dans la littérature américaine contemporaine. Ce n’est pas le premier roman sur ce sujet, mais ce fut le premier de David Gates. La trame n’est guère surprenante et d’anonymes héros américains au bord de la déchéance foisonnent les rayons de ma bibliothèque. Simplement, j’adore ce genre de personnage, j’aime m’identifier à eux, j’ai l’impression qu’ils font partie de ma vie. Je suis aussi un grand paumé dans l’âme.

lire plus…

6 mai 12

Bucktown [Pam Grier]

Elle est belle, elle est noire, elle porte un uniforme d’hôtesse de l’air et file sur un long plan séquence le long d’un tapis roulant pour l’embarquement. Putain, c’ qu’elle est belle cette nana. Pam Grier, version Quentin Tarantino, dans le rôle de Jackie Brown. Bizarrement, je me souviens surtout de cette séquence du tapis roulant…  et de son uniforme… et de ses formes… et de mes fantasmes…

Je remonte le temps en arrière, et me plonge dans les seventies et sa musique… noire. 1975, l’âge d’or de la soul et de la Blaxploitation. Je redécouvre Pam Grier, toujours aussi belle, toujours aussi noire, le corps plus jeune et les formes toujours aussi fantasmagoriques. Elle a troqué son uniforme d’hôtesse de l’air contre de la lingerie en dentelle noire. Je crois que je n’y perds pas au change. L’œil lubrique, je mate. D’ailleurs, c’est la raison principale (unique ?) qui m’a poussé à revivre ces années d’une Amérique où les blancs sont les méchants et les corrompus, où les noirs sont les bons samaritains. Enfin pas tous, car qu’ils soient blancs ou noirs, dès qu’il est question de pouvoir et d’argent, l’être humain s’affranchit des couleurs pour devenir manipulateur, corrompu et avide.

lire plus…

4 mai 12

Rendez-vous d’amour dans un pays en guerre [Luis Sepúlveda]

Allez, Compadre ! Viens à la taverne et je te paierai un verre compadre. Mezcal ou Cognac au choix, compadre. Viens, ne me fais pas faux bond, une nouvelle fois et je te raconterai une trentaine de petites histoires, des nouvelles d’Amérique su Sud, compadre, avec des gars comme toi, des compatriotes exilés à Hambourg ou en Suède qui rêvent de revoir la mer, qui se souviennent de ces odeurs de la pampa, des bruits du train qui emmènent des prisonniers bien au-delà de la pampa.

« On nous envoie au nord, compadre. J’ai entendu un bidasse  qui le disait quand ils nous ont amenés aux chiottes. Tu es déjà allé dans le nord ? Dur le climat là-bas, compadre. Le jour, le caregallo souffle si fort qu’il te fait éclater la peau du visage, les gens ont tous l’air d’avoir la cirrhose. La nuit, c’est un froid qui te transperce jusqu’à l’os, et le matin, toujours la camanchaca, une rosée glacée que seuls les gens de la pampa supportent. »

Allez Compadre, accepte cette invitation et je te parlerai de l’amitié et de l’amour ; de tape dans le dos, de silence et de tous ces rendez-vous manqués qui construisent des êtres solitaires et aigris. Oui compadre, souviens-toi de ce gout infect de café noir, un gout aussi infect que le baiser d’une nana qu’on n’aime plus. Compadre, j’ai un disque de Florent Pagny à la maison…

lire plus…

3 mai 12

My Favorite Things [John Coltrane]

Il est tranquillement assis en train de contempler l’immobilité du soir. Il joue à deviner les reflets de l’eau sur la fenêtre, les éclats de lumière qui filtrent à travers les plantes, il regarde parfois la pendule sans la moindre intention de connaître l’heure exacte parce que tout simplement ça lui est égal.

Rien de plus immobile que le soir avec sa routine mortelle de rideaux tirés aux fenêtres, de lueurs moribondes qui éclairent des intérieurs assoupis, de grilles qui répriment tout désir de sortir acheter des cigarettes, de rues aux lumières blafardes qui projettent des obélisques sur le pavé. Le soir colle à la fumée de la cigarette, prend une teinte bleue si fine qu’elle se déchire quand il se souvient qu’il vient de lire un article sur la mort de Thelonious Monk, et il lui semble stupide de s’être laissé surprendre en pleine rue par l’annonce du décès d’un homme qu’il n’a jamais connu et dont il a toujours été séparé par une telle distance que se mettre maintenant à la calculer, peut-être en consultant l’Encyclopédie ne servirait qu’à renforcer ces ombres immobiles et cette odeur d’urine.

Il sait qu’il a une cassette du quartet de Thelonious Monk quelque part et il sait aussi que John Coltrane est au saxophone soprano, et qu’il y a si longtemps qu’il a écouté My favorite things pour la première fois que ce n’est pas la peine de faire appel aux calendrier su souvenir.

Il se met à chercher à quatre pattes, à ôter la poussière des cassettes, à lire paresseusement les inscriptions en couleur, en notant la fuite des années sur les mots à moitié effacés, et il finit par trouver.

My favorite things et Thelonious Monk mort récemment à l’autre bout du monde, peut-être dans une odeur de cigarettes semblable à celle qui envahit cette pièce où le soir s’est arrêté et pèse de tout son poids. Au saxophone soprano le tempo sensuel de John Coltrane.

Il débouche une bouteille de vin et se prépare à rendre un hommage posthume à ce mort dont le cri monte des pages du journal. Il introduit la cassette dans l’appareil pour attendre les premières notes, […]

lire plus…